L’IA et le vocabulaire anthropomorphe

Depuis le tout début de l’IA générative et l’avènement des chatbots, justement sans doute à cause de cela, on est dans un constant anthropomorphisme. Comme on discute avec le machin, et qu’on nous balance de l’Intelligence Artificielle à tout bout de champs, ça n’aide pas. Une première étape essentielle pour remettre l’église au milieu du village serait de nommer correctement les choses, et donc de déshumaniser ces principes mécaniques ou informatiques, et hautement déshumanisants. Cela permettrait aussi de savoir de quoi on parle, et de ne pas confondre les véritables capacités qui sont promues par les techbros.

Deux scientifiques, Emily M. Bender and Nanna Inie, font des propositions très concrètes [via Louis Derrac] et ces descriptions sont en effet beaucoup plus cohérentes et précises :

artificial intelligence → probabilistic automation
hybrid intelligence → augmented human intelligence
image recognition → image labeling
speech recognition → automatic transcription
the model shows bias → the model reflects bias
model mistakes → model errors
chatbots are good at… → chatbots are good for…
hallucination → undesirable output

Cet article We Need to Talk About How We Talk About ‘AI’ va encore plus loin dans les explications et le contexte de ce sujet, il est également à consulter !

Les néodevs

Thomas a complété son article sur le développement informatique avec l’aide de l’IA générative, à partir d’une interpellation sur Bluesky. C’est passionnant car il décrit bien ce qu’est sa vie de « néodev », et ce n’est évidemment pas de demander à l’IA de pondre du code. En revanche, je trouve que ça pose toujours le sujet épineux des juniors et de leur apprentissage, et aussi de la manière dont les modèles vont pouvoir s’améliorer alors que les sources d’information sur les Internets se sont taries (mais peut-être que les dépôts et les docs wiki en ligne officiels sont suffisants…).

Les changements sont là

C’est tout de même incroyable à quelle vitesse, les métiers du dév sont déjà en mode « transformés » par l’IA générative. Thomas raconte une journée type dans sa boîte, et on peut constater comme l’IA est un outil commun, mais aussi une béquille, à la fois une balle dans le pied, et surtout un coût considérable et impossible à maîtriser. Mais voilà, on y est. Les débordements grossiers vont finir par se voir, et je pense qu’il y aura une correction de trajectoire « darwiniste » de tout cela. Mais ça va sans doute rester, et ce n’est pas une nouvelle réjouissante pour le secteur. Reflet anticipé d’ailleurs des autres secteurs en mutation avec l’IA.

Petit scarabée

Alain Korkos nous rappelle l’origine risible mais bien réelle de la série mythique des années 80 (car rediff pour moi, mais c’est plutôt même les années 70) « Kung Fu » ! C’est l’occasion de voir ces comédiens trop maquillés, à l’apparence asiatique parfois énigmatique, nous faire des démonstrations terriblement clichés de «  » »Kung Fu » » », associé à une philosophie pseudo-orientale nourrie d’un imaginaire avarié. Mais ça a marché, on a tous marché là-dedans. Hu hu hu.

J’aime son rappel du lien de la calligraphie avec les arts martiaux, tout cela m’a rappelé le Fer et la Soie bien sûr.

Dépendances, et cuisine souveraine

Louis Derrac publie de nouveau un article vraiment top mettant en valeur notre dépendance numérique, en partant de ce dernier exemple trop explicite avec Anthropic (derrière l’IA générative « Claude ») qui a sorti son dernier modèle (le fameux Mythos) avant de le fermer à tous les non américains sur demande explicite du gouvernement américain. Je souscris à absolument tout ce qu’il écrit, c’est rare merde !!! ^^

La sobriété par l’exemplarité

J’aime bien ce genre de témoignage [via Louis Derrac] qui permet d’imaginer de manière concrète ce à quoi ressemble VRAIMENT un habitat durable. Et bien sûr, ça paraît d’abord un truc drastique et inatteignable, un truc d’écolo intégriste irréaliste, mais je ne crois pas. Je pense vraiment pouvoir m’y mettre, et j’aimerais bien en tout cas tester ça. Il ne s’agit pas ensuite de faire des comparaisons, mais simplement de se dire que c’est la seule voie possible de survie.

Faire différent avec moins

Passionnante réflexion de David Larlet, via une citation de l’auteur Nicolas Langelier, concernant la lutte dans un monde en effondrement. On a tous je crois cette : « sensation que continuer à accélérer dans un monde qui se contracte revient à ajouter du bruit au bruit », et donc il s’agirait de « refuser l’excès [qui] est devenu, pour moi, une discipline plus exigeante que l’engagement spectaculaire ». Evidemment il est difficile de ne pas y voir une forme de renoncement, mais plus un renoncement à l’alimentation de la polarisation (ou de la miction dans une viole de gambe de toute façon). A voir quelles solutions alternatives on peut trouver, en commençant apparemment par « chercher la justesse plutôt que la profusion ». Cela semble bien sage dans un monde si fou.

Free puppies

Cette comparaison de la contribution, gratuite en apparence, à des projets open-source à un don de « chiot gratuit » [via Seb Sauvage] est en effet absolument irrésistible.

No, it’s not free. What you’re doing is asking me – you’ve got this cool feature, and you want me to maintain it for you, to document it for you, to test it for you, to maintain it for you for the next twenty-five years. That’s not free.
Linus Torvalds is famous for saying there’s free as in beer and free as in speech. But there’s another kind of freedom: free as in puppies. « Oh look, I’ve got a free puppy for you. » You see where this is going?
A pull request is a free puppy. And then you’ve just got a kennel full of puppies at the end of the day. And you can’t just throw them out – you’re morally obligated to take care of them for their natural life.
I don’t want any free puppies.

De la fierté

Il n’écrit pas très souvent, mais il me fait toujours bien réfléchir Ruru Pepito. Et là ses interrogations sur nos fiertés mensuelles méritent, selon moi, une lecture attentive.

La fierté par l’action. Je crois que ça ça fait sens pour moi. Parce que ça détache la fierté d’un mystère auquel on n’aura jamais la réponse: pourquoi est-on qui on est?

On s’en fout.

Parce que ça détache la fierté d’un regroupement de symboles de pratiques ou même de formes de résistances qui ne sont pas si communes que ça finalement. Parce que ça met l’enjeu ailleurs dans les mouvements de libération. Non plus dans le fait de s’outer et se dire fier d’aimer ou de baiser ou d’être quoique ce soit, mais dans le ras le fion généralisé dans nos communautés de vivre dans l’humiliation constante. Pas seulement parce qu’on nous traite de pédé mais parce qu’on vit dans un système profondément injuste. Pendant que certains se pavanent à l’assemblée nationale en costard cravate et en prônant l’amour universel, d’autres se retrouvent exclus de la société pour des questions de papier. C’est ça l’humiliation constante. Je peux pas m’empêcher d’y voir un sous produit nocif des mouvements de libération qui se sont accommodés avec la capitalisme.

Citation tirée de l’article « fierté » de Ruru Pepito

Première marche des fiertés du 25 juin 1977

On me l’a conseillé par email, et je transmets à mon tour : un des derniers épisodes de Affaires sensibles raconte la première pride française (et parisienne) et fait surtout une intéressante chronologie des mouvements de libération sexuelle des années 70.

Hacks et l’IA

Hacks est une excellente série TV, à l’écriture comique bien ciselée, avec la non moins excellente Jean Smart. Orpheus nous met en exergue un récent épisode dédié à l’IA et c’est assez génial de voir en effet comme tous les sujets sont super bien abordés et illustrés. Les passages qu’il a mis en ligne permettent de parfaitement comprendre les enjeux de l’IA générative pour les auteurs, mais pas que.

Être Madonna

J’ai bien aimé ce texte de stenia qui tente d’expliquer ce qui fait la singularité d’une *Madonna*. Chaque génération ou micro-génération l’a connu dans une période ou une autre, ou plusieurs à la fois ou successivement, et ça a de quoi désarçonner. Ma génération (de pédés, et assimilés) l’appelle « Maman », alors c’est vous dire si on y tient à notre madone à nous.

Un p’tit clic

Allez un petit clic pour une petite prise de conscience de la manière dont vous êtes traqués sur les Internets. C’est aussi simple que pédagogique et implacable. Et ça fait bizarre, alors que c’est une information d’une banalité affligeante, élégamment laissée dans l’ombre depuis des (dizaines d’) années. ^^

Allez juste un clic pour la postérité. Hu hu hu.

Gen-X

Thias écrit habituellement en français, mais là c’est en anglais, et c’est une super description de la génération X (les personnes nées entre 1965 et 1976), même si je me reconnais plutôt dans les Xennials. Il fait une intéressante comparaison entre ces générations et leurs « référentiels » selon un prisme européen ou nord-américain.

L’internet post-étasunien

Framablog traduit en français les conférences de Cory Doctorow, et notamment celle-ci à propos des USA et de leur rapport au web [via Seb Sauvage], dont je suis attentivement les textes sur son site ou Mastodon (il était plutôt pour moi il y a quelques années un « simple » auteur de SF). La transcription de cette conférence est passionnante et je crois qu’il est d’un certain devoir de citoyen du monde de la lire. Oui juste ça. ^^