Quand on réalise qu’on est déjà bien fliqué

C’est Eric qui réagit à l’interdiction des moins de 15 ans aux réseaux sociaux, dont on sait que c’est avant tout un super moyen de justifier de son identité auprès de n’importe quel site web, et donc en ricochet d’instaurer un système généralisé de flicage. Il essaie de trouver des analogies avec la vie réelle pour montrer comme c’est énorme, mais en réalité, bah on est déjà sacrément fliqué quoi !! Et le net qui justement restait un lieu un brin moins surveillé est en phase de le devenir à 100%.

Youpi les Babous !

Les prénoms en statistiques

Baptiste sort tous les ans des tas de stats inutiles et passionnantes sur les choix de prénoms en France, et vraiment ça vaut le coup d’œil. C’est marrant de voir les répartitions géographiques ou les évolutions des prénoms épicènes, le nombre de syllabes, ou juste le fait qu’avant on pouvait anticiper 75% des prénoms qui allaient être choisis (dans une liste très circonscrite), alors qu’aujourd’hui les prénoms les plus populaires c’est au maximum 20% (et 1,5% pour le prénoms N°1).

L’IA et le vocabulaire anthropomorphe

Depuis le tout début de l’IA générative et l’avènement des chatbots, justement sans doute à cause de cela, on est dans un constant anthropomorphisme. Comme on discute avec le machin, et qu’on nous balance de l’Intelligence Artificielle à tout bout de champs, ça n’aide pas. Une première étape essentielle pour remettre l’église au milieu du village serait de nommer correctement les choses, et donc de déshumaniser ces principes mécaniques ou informatiques, et hautement déshumanisants. Cela permettrait aussi de savoir de quoi on parle, et de ne pas confondre les véritables capacités qui sont promues par les techbros.

Deux scientifiques, Emily M. Bender and Nanna Inie, font des propositions très concrètes [via Louis Derrac] et ces descriptions sont en effet beaucoup plus cohérentes et précises :

artificial intelligence → probabilistic automation
hybrid intelligence → augmented human intelligence
image recognition → image labeling
speech recognition → automatic transcription
the model shows bias → the model reflects bias
model mistakes → model errors
chatbots are good at… → chatbots are good for…
hallucination → undesirable output

Cet article We Need to Talk About How We Talk About ‘AI’ va encore plus loin dans les explications et le contexte de ce sujet, il est également à consulter !

Petit scarabée

Alain Korkos nous rappelle l’origine risible mais bien réelle de la série mythique des années 80 (car rediff pour moi, mais c’est plutôt même les années 70) « Kung Fu » ! C’est l’occasion de voir ces comédiens trop maquillés, à l’apparence asiatique parfois énigmatique, nous faire des démonstrations terriblement clichés de «  » »Kung Fu » » », associé à une philosophie pseudo-orientale nourrie d’un imaginaire avarié. Mais ça a marché, on a tous marché là-dedans. Hu hu hu.

J’aime son rappel du lien de la calligraphie avec les arts martiaux, tout cela m’a rappelé le Fer et la Soie bien sûr.

Dépendances, et cuisine souveraine

Louis Derrac publie de nouveau un article vraiment top mettant en valeur notre dépendance numérique, en partant de ce dernier exemple trop explicite avec Anthropic (derrière l’IA générative « Claude ») qui a sorti son dernier modèle (le fameux Mythos) avant de le fermer à tous les non américains sur demande explicite du gouvernement américain. Je souscris à absolument tout ce qu’il écrit, c’est rare merde !!! ^^

Un livre n’est pas un jacuzzi.

J’aime un texte quand il me dérange, me questionne, me donne envie de l’arrêter pour écrire ou réfléchir, quand il ne respecte aucun trope… L’IA est incapable de tout ça. Jamais elle ne surprend, jamais elle ne dérange, jamais elle ne me devient désagréable (sinon parce qu’elle est trop agréable). Je ne comprends pas les lecteurs qui cherchent le bien-être … Continuer la lecture Un livre n’est pas un jacuzzi.

Gen-X

Thias écrit habituellement en français, mais là c’est en anglais, et c’est une super description de la génération X (les personnes nées entre 1965 et 1976), même si je me reconnais plutôt dans les Xennials. Il fait une intéressante comparaison entre ces générations et leurs « référentiels » selon un prisme européen ou nord-américain.

Rue Saint-Joseph

Entre 2015 et 2021, j’ai vécu avec mon mari dans le deuxième arrondissement de Paris, rue Saint-Joseph. On adorait l’appartement et le quartier, même si je suis très très attaché au onzième arrondissement (en solo, puis à deux). J’ai posté beaucoup trop de fois le genre de photo en haut du post avec la plaque de rue parce que j’aimais … Continuer la lecture Rue Saint-Joseph

La boucle est bouclée

Cela m’a fait sourire car j’ai d’abord lu l’article [via Louis Derrac] sans savoir qui était l’auteur, et petit à petit, je me suis dit oh mais je dois forcément connaître ce type, et puis j’ai compris qu’il s’agissait de Grégory Pouy. Hu hu hu. Mais force est de constater que je suis d’accord avec son récit de l’histoire et ses conclusions actuelles. Mais si LUI, il en arrive là, alors que c’est que vraiment les réseaux sociaux, en effet c’est bel et bien fini. Alors ça ne veut pas dire que tout le monde va abandonner en masse bien sûr, mais ce qu’on appelle « réseau social » a complètement perdu son sens et sa « zone d’usage ».

C’est toujours Thierry Crouzet qui en parle le mieux en décrivant sa défection de ces réseaux d’ailleurs.

J’avais perdu cette habitude, et ma faiblesse me rappelle combien la tentation est puissante, bien que je m’en préserve pour l’essentiel, ayant disparu des réseaux sociaux privatifs (propriétés d’entreprises) et emprisonnants (on ne peut les quitter en emportant ses contacts) — les fameux silos sociaux, qui ont vidé la notion de « réseau social » de sa substance pour ne servir que des objectifs financiers, voire politiques.

Extrait de Le livre étouffe dans les silos sociaux de Thierry Crouzet

Et c’est d’ailleurs drolatique de le voir asticoter une maison d’édition pour son usage des dits réseaux.

J’aime bien quand la sérendipité des Internets me fait se rencontrer comme cela deux avis convergents de deux sources très divergentes dans l’essence même des types de contribution et modes opératoires de leurs auteurs.

Le syndrome du blogueur tari

Manu a un coup de mou et il devise sur un des sujets classiques et récurrents pour le blogueur : on parle de quoi, comment, pourquoi, pour qui. Et c’est aussi pour lui associé à la disparition des blogopotes qu’on avait l’habitude et le plaisir de lire, et avec qui échanger ou rebondir sur des articles, et se donner aussi l’idée d’écrire à son tour. Il y a également toujours cette interrogation sur la vie privée et la manière d’étancher ses désirs d’écriture de soi tout en prenant soin de soi. Cela m’a rappelé cet article où je devisais moi-même surtout sur ce comble de vouloir être lu mais ensuite être limité par cette « reconnaissance ».

Il ne faut en réalité pas se poser la question, et juste écrire, écrire. ^^

Un vaccin pour l’hiver ?

Oh là là, cette description d’une trouvaille d’un vaccin « universel » (en tout cas des premières expérimentations qui ont donné quelques résultats) [Via Thierry Crouzet] qui permettrait de passer par exemple l’hiver sans les virus saisonniers, mais aussi les infections nosocomiales ou l’asthme… Super intéressant et prometteur !

Améliorer la servilité

Ploum vient de taper très fort pour moi avec cet article qui en quelques lignes décrit de manière diablement efficace et limpide, la manière dont le trio capitalisme, IA et éducation s’articule. Evidemment c’est un brin cynique, mais ça me paraît, au-delà de la vue de l’esprit, une mécanique plutôt implacable. Et je ne peux que souscrire à sa description des personnes qui s’imaginent échapper à ce contrôle grâce à leur groupe Facebook « anticapitaliste » ou un groupe Whatsapp « centrale d’achat solidaire du quartier ».

D’ailleurs je suis obligé de vous coller tout le post car c’est trop important pour moi :

Le capitalisme n’a pas créé le système éducatif par humanisme, mais parce qu’il avait besoin d’employés qualifiés pour produire de la croissance. L’automatisation ayant détruit la culture de l’artisan et de l’ouvrier, raison du combat des luddites, une large population se trouvait réduite à se mettre au service des machines.

Mais les progrès de l’automatisation rendaient ce besoin de servants peu qualifiés de moins en moins nécessaire tout en nécessitant des personnes comprenant les machines afin de les entretenir et de les améliorer. Un système éducatif s’est donc naturellement mis en place dans les sociétés capitalistes, créant une élite intellectuelle dévouée au capitalisme.

Mais cette suréducation a créé trop de citoyens critiques qui remettent en cause les principes mêmes de la croissance infinie, notamment à cause des limites écologiques.

Face à cette suréducation, les guerres, les menaces de tout ordre et le totalitarisme politique permettent de restreindre l’éducation ou, a minima, de détourner l’attention. L’éducation informatique est la principale cible, car l’informatique est devenue la colonne vertébrale de la société capitaliste. Ne pas comprendre les enjeux informatiques rend même les citoyens les plus engagés totalement impuissants.

La promesse de l’IA, c’est justement de diminuer le besoin d’éducation tout en gardant un degré de production équivalent. Tout employé peut redevenir une main-d’œuvre peu qualifiée et interchangeable. L’IA est un Fordisme intellectuel.

Car les monopoles, la surveillance permanente, la consommation, l’érosion des droits et l’IAfication du travail ne sont que des outils pour garder les citoyens sous contrôle et dans les rails du capitalisme de production.

Et si ces citoyens s’imaginent échapper à ce contrôle grâce à leur groupe Facebook « anticapitaliste » ou un groupe Whatsapp « centrale d’achat solidaire du quartier », c’est encore mieux ! C’est plus subtil ! De toute façon, ils bossent la journée pour Microsoft et se contentent d’une image du monde générée par Google ou Meta.

Leur vie professionnelle est asservie par Microsoft, leur vie privée par Meta/Facebook et leurs centres d’intérêt sont contrôlés par Google. Maintenant que les humains sont définitivement ferrés, il est temps de réduire progressivement leur degré d’éducation et de connaissance afin d’améliorer leur servilité.

Capitalisme, IA et éducation par Ploum

Le ciblage publicitaire est un ciblage tout court

Seb Sauvage informe [via Mastodon] que l’ICE a fait publier un RFI (donc une sorte d’appel à idées aux entreprises pour ensuite lacer un appel d’offres) à destination des data brokers (ces boîtes qui manipulent nos données, les agrègent, les croisent et les repartagent à la vente) pour qu’ils les aident dans leur mission (de traquer puis d’expulser des gens). Comme Ploum le souligne en réponse et en référençant un article d’il y a un an, cela fait longtemps que ces mésusages sont en usage !

Ne venez pas dire que vous n’étiez pas prévenus. C’est juste que vous pensiez ne pas être concernés.

Les affaires de microciblage sur Facebook pour manipuler des élections fonctionnent grosso modo sur ce même principe, mais là on peut carrément s’en servir pour constituer des faisceaux d’indices assez probants statistiquement pour aller expulser quelqu’un. Et ça va très bien marcher, j’en suis certain.