Pour une fois un article en français sur le sujet du développement informatique et de l’IA générative [via Morgan], et c’est assez bien écrit et universel pour que ça puisse, je pense, toucher au-delà de cercles initiés. J’ai trouvé drôle que le commentaire de celui qui a partagé soit finalement un peu différemment de ma propre lecture. C’est à dire que, oui, l’auteur craint autant les IA pour les futurs dévs, qu’il a l’air de les utiliser et maîtriser carrément pas mal lui-même. Mais sa conclusion c’est plutôt sur la possibilité d’une évolution des métiers vers l’analyse de « diffs » (il s’agit de la mise en avant de ce qui a été changé dans le code, par petits morceaux fonctionnels, souvent dans une autre couleur pour que ça ressorte bien, et qu’on comprenne facilement la différence entre avant/après). Et il met bien en avant l’immense difficulté avec le code généré de faire la différence entre le bon grain et l’ivraie, justement parce que c’est tout aussi crédible et bien commenté ou documenté.
Et c’est marrant mais j’ai exactement les mêmes difficultés en ce moment quand je relis des textes qui ont été générés avec de l’IA Gén dans le boulot. Cela me demande 5 à 10 fois plus d’attention et de relecture pour traquer les erreurs ou incohérences. Le bilan global est positif (en productivité), mais cette tâche qui pouvait être juste une légère relecture devient cruciale. Et clairement, comme pour la lecture de « diffs », on n’apprend pas de la même manière en pratiquant ainsi.
Oh là là, cette description d’une trouvaille d’un vaccin « universel » (en tout cas des premières expérimentations qui ont donné quelques résultats) [Via Thierry Crouzet] qui permettrait de passer par exemple l’hiver sans les virus saisonniers, mais aussi les infections nosocomiales ou l’asthme… Super intéressant et prometteur !
Ploum explique comment il a combattu sa dépendance au smartphone, et ça commence déjà par sortir de chez soi sans « lui ». Rololo, comment je ne m’imagine en effet absolument jamais sans mon tél, c’est grave. Pffff.
L’article est vraiment édifiant [Via Morgan], mais je sais que ce n’est qu’un papier de plus sur le sujet… Là tout de même, c’est fascinant de voir que l’adoption est déjà très bien enclenchée, et autant du côté des étudiants que des profs que des structures pédagogiques, avec un mélange de probité, droiture mais aussi donc tricherie éhontée et escroquerie pédagogique en retour. Le truc paraît inextricable…
Cette émission d’À l’air libre par Mathieu Magnaudeix est particulièrement importante à consulter. C’est encore une fois un travail ultra sérieux et documenté, et ce qui est en train de nous arriver est plus que jamais limpide et terriblement devant notre porte. « Toutes les vannes ont lâché » et le fascisme est déjà, rampant, grignotant et progressant dans l’ombre, bien installé dans les mentalités avant de gagner plus avant nos institutions.
Arthur Perret propose un très bon papier qui évoque lui-même des liens récents faisant le point sur l’IA qui réduit concrètement des quantités de jobs, mais qui diminue aussi l’expertise des postes en question. C’est d’ailleurs assez incohérent avec le fait de devoir vérifier ce qui est créé par les IA génératives. Et au-delà aussi, les experts ont d’abord été des non-experts qui ont appris en faisant, mais comme on ne fait plus, alors comment devient-on expert et vérificateur ?
Il cite deux articles que j’ai trouvés absolument passionnants, avec Frédéric Lordon du Monde Diplo qui revient sur des considérations très sociologiques mais plutôt parlantes sur l’explication marxiste de ce que l’IA est en train de faire à notre tissu économique. Et on peut aussi découvrir un article tout à fait indispensable de Régis Portalez qui contribue à un blog collaboratif de polytechniciens. L’auteur explique comme il a lui-même changé de vie, et invite à devenir plombier ou usineur, les seuls types d’emploi ou on ne sera pas *encore* trop concurrencés par la robotisation, mais pas de souci l’ubérisation passera bien avant.
Plusieurs personnes témoignent des récentes grandes améliorations dans la qualité des modèles permettant de faire du dév, et indéniablement, avec la motivation capitaliste à extirper de la valeur, même si ça détruit tout sur son passage (hommes et environnements), cela marche déjà très bien et de mieux en mieux. Tristan Nitot évoque même un petit effet de bord positif selon lui, mais avec tellement de caveats qu’il est difficilement défendable ou possiblement généralisable. En revanche, cela montre bien l’inexorable conquête de la technologie, et pour le moment très peu de relais de croissance (mais ce n’est pas pour cela qu’ils n’arriveront pas, Inch Allah).
Ploum vient de taper très fort pour moi avec cet article qui en quelques lignes décrit de manière diablement efficace et limpide, la manière dont le trio capitalisme, IA et éducation s’articule. Evidemment c’est un brin cynique, mais ça me paraît, au-delà de la vue de l’esprit, une mécanique plutôt implacable. Et je ne peux que souscrire à sa description des personnes qui s’imaginent échapper à ce contrôle grâce à leur groupe Facebook « anticapitaliste » ou un groupe Whatsapp « centrale d’achat solidaire du quartier ».
D’ailleurs je suis obligé de vous coller tout le post car c’est trop important pour moi :
Le capitalisme n’a pas créé le système éducatif par humanisme, mais parce qu’il avait besoin d’employés qualifiés pour produire de la croissance. L’automatisation ayant détruit la culture de l’artisan et de l’ouvrier, raison du combat des luddites, une large population se trouvait réduite à se mettre au service des machines.
Mais les progrès de l’automatisation rendaient ce besoin de servants peu qualifiés de moins en moins nécessaire tout en nécessitant des personnes comprenant les machines afin de les entretenir et de les améliorer. Un système éducatif s’est donc naturellement mis en place dans les sociétés capitalistes, créant une élite intellectuelle dévouée au capitalisme.
Mais cette suréducation a créé trop de citoyens critiques qui remettent en cause les principes mêmes de la croissance infinie, notamment à cause des limites écologiques.
Face à cette suréducation, les guerres, les menaces de tout ordre et le totalitarisme politique permettent de restreindre l’éducation ou, a minima, de détourner l’attention. L’éducation informatique est la principale cible, car l’informatique est devenue la colonne vertébrale de la société capitaliste. Ne pas comprendre les enjeux informatiques rend même les citoyens les plus engagés totalement impuissants.
La promesse de l’IA, c’est justement de diminuer le besoin d’éducation tout en gardant un degré de production équivalent. Tout employé peut redevenir une main-d’œuvre peu qualifiée et interchangeable. L’IA est un Fordisme intellectuel.
Car les monopoles, la surveillance permanente, la consommation, l’érosion des droits et l’IAfication du travail ne sont que des outils pour garder les citoyens sous contrôle et dans les rails du capitalisme de production.
Et si ces citoyens s’imaginent échapper à ce contrôle grâce à leur groupe Facebook « anticapitaliste » ou un groupe Whatsapp « centrale d’achat solidaire du quartier », c’est encore mieux ! C’est plus subtil ! De toute façon, ils bossent la journée pour Microsoft et se contentent d’une image du monde générée par Google ou Meta.
Leur vie professionnelle est asservie par Microsoft, leur vie privée par Meta/Facebook et leurs centres d’intérêt sont contrôlés par Google. Maintenant que les humains sont définitivement ferrés, il est temps de réduire progressivement leur degré d’éducation et de connaissance afin d’améliorer leur servilité.
La Lune Mauve nous reparle du temps d’avant où ça fleurait bon les Internets libres et la bloguerie paissant tranquillement dans de vertes prairies, où nous croisions élégamment les mots avec alacrité. Mais au-delà de s’attarder sur comment c’était mieux avant, on se réjouit aussi du frémissement de la blogosphère qui voit ses irréductibles toujours en résistance, et aussi des petits nouveaux et petites nouvelles qui émaillent nos mises à jour de blogrolls.
J’adore l’expression « club du cringe » pour parler des personnes qui bloguent, car elle dit un truc très vrai : bloguer est embarrassant. C’est en général aussi embarrassant à écrire qu’à lire. Mais c’est aussi très fun et ça permet de rencontrer des gens qui partagent les mêmes centres d’intérêt.
Je vois tout à fait ce qu’elle veut dire !! Exactement quand les gens me répondent avec un demi-sourire en coin « Ah bon, tu blogues encore ?? (Spice de péquenaud de la technologie !! Mais à quoi ça peut bien servir ?) ». Et j’adore l’expression, vive le club du cringe !!!!
Fanny Chiarello qui fait toujours des photos splendides nous gratifie de très bons articles sur son périple à Los Angeles, et là c’est un article dédié à « Downtown ». Elle résume bien la terrible tactique municipale qui a conduit à la constitution de ce quartier et son ambiance actuelle. Magnifiques photographies évidemment.
Le parlement européen vient de voter une résolution qui affirme une pleine reconnaissance des femmes trans comme des… femmes. Je trouve que c’est une merveilleuse nouvelle même si elle tombe sous le sens pour beaucoup de gens. Et par rapport aux reculs majeurs aux USA sur le sujet, c’est une excellente chose dont je suis étonné de n’en avoir pas du tout entendu parler dans les médias que je consulte.
Evidemment, l’extrême droite a voté contre, y compris les Le Pen, Orbán et Meloni.
On se pose tout le temps cette question lorsqu’on travaille pour un grand groupe, que ce soit pour Total et sa conscience écologique, Dassault et sa conscience pacifiste ou Microsoft et sa conscience informatique ( ). Et je crois que cela s’est posé de tout temps, mais clairement dans notre société, où le secteur tertiaire est dominant, la problématique actuelle de l’appartenance à des entreprises qui conçoivent les logiciels qui servent à asservir des peuples n’est pas une mince affaire.
Et aux USA, comme ailleurs, ces secteurs technologiques sont/étaient largement composés d’employés islamogauchistes du Wokistan, tout comme votre serviteur. Cela n’a pas changé en un claquement de doigts, malgré l’irruption visible (car elle grignote tout ça en réalité depuis des décennies) de bons droitards réacs à la tête de grands groupes « tech ». Ils ne sont pas tant des militants d’ailleurs que de simple vendus inféodés aux plus forts ou aux élus de ce mandat-ci.
The Verge évoque ci-dessous des employés américains de plusieurs entreprises qui sont connues pour aider ICE à fonctionner (comme Capgemini également, entreprise française), et donc à traquer et expulser des gens.
“I work at Google; it’s the forefront of AI,” the YouTube employee said. “I grew up with the internet being this information superhighway, this tool of empowerment, and this amazing equalizer. Things have been nuanced and not exactly all a utopia, but I continue to believe that technology is empowering. But I see what’s happening with the administration, and all the coziness between tech companies and the administration, and I wonder, ‘What future are we building towards now?’ People are scared about what AI is going to become. The association with Trump — does that mean AI is going to become a tool of state repression? What are we really working on? What is the future that tech is shaping right now?”
The Microsoft Azure employee said she feels like a lot of tech workers are wearing a mask, smiling and going along with the protocol, but that in person, they can be more honest with those that they trust in the office. She said she found a Post-it note — which was viewed by The Verge — hidden in a meeting room that read, “I feel completely useless here, how ’bout you?”
“I think that speaks to the culture of at least Microsoft, but I think it’s happening at all of the tech companies right now,” she said.
« Je travaille chez Google ; c’est l’avant-garde de l’IA, » a déclaré un employé de YouTube. J’ai grandi avec Internet comme cette autoroute de l’information, cet outil d’émancipation et cet incroyable outil accessible de manière équitable. Les choses se sont avérées plus nuancées et pas exactement utopiques, mais je continue de croire que la technologie a un pouvoir d’émancipation. Pourtant, je vois ce qui se passe avec l’administration, toute cette proximité entre les entreprises technologiques et le pouvoir, et je me demande : “Quel avenir sommes-nous en train de construire aujourd’hui ?”
Les gens ont peur de ce que l’IA est en train de devenir. L’association avec Trump — est-ce que cela signifie que l’IA va devenir un outil de répression institutionnelle ? Sur quoi travaillons-nous vraiment ? Quel est exactement le futur que la technologie est en train de façonner ?
Une employée de Microsoft Azure a dit qu’elle avait l’impression que beaucoup de travailleurs du secteur technologique portaient un masque, sourient et suivent le protocole, mais qu’en off, ils peuvent être plus honnêtes avec les collègues en qui ils ont confiance. Elle a raconté avoir trouvé un post-it — que The Verge a également vu — caché dans une salle de réunion, sur lequel était écrit : « Je me sens complètement inutile ici, et toi ?
« Je pense que cela reflète la culture, au moins chez Microsoft, mais je crois que c’est quelque chose qu’on retrouve en ce moment dans toutes les entreprises technologiques » a-t-elle ajouté.
[Via Seb Sauvage] Bon là c’est un article pour les geeks (en angliche), mais ça vaut le coup ! Forcément quand tu interviewes un gars à un événement d’une distribution Linux pour équiper les serveurs, c’est croquignolet. Cela m’a fait penser à ma prof d’assembleur en IUT qui disait que le salut ne passait que par le langage de programmation le plus bas niveau possible, si tu comprenais tout cela, c’était le langage de Dieu lui-même. Le reste ce n’était que du pipi de chat pour des gens de plus en plus stupides à mesure qu’on remontait aux couches supérieures.
Là c’est un peu pareil, mais en considérant des grosses couches qu’on nous a en effet vendues comme des « révolutions dans les usages ». Et on ne peut pas non plus complètement être pour ou contre, car je n’ai (oui moi) jamais été capable de pondre une ligne de code potable (mein gott, ce que j’étais mauvais1 ). Mais l’article détaille assez bien à quel point c’est loin d’être faux, et qu’en effet tout l’infrastructure moderne et « fancy » repose sur des briques souvent open-source considérées comme des commodités un peu méprisées. C’est d’ailleurs tout un problème actuel avec la raréfaction de certaines compétences, talents et implications dans l’open-source.
Ce célèbre strip de XKCD est d’ailleurs terriblement d’actualité pour illustrer cela.
Je colle l’article là, car je veux me le garder au chaud au cas où. Les liens de l’articles valent aussi leurs clics, donc n’hésitez pas à butiner tout ça.
Je rappelle qu’en 1995 je faisais des boucles d’oreille et des bagues en étain en cours d’électronique au lieu de souder des composants. ↩︎
[via Seb Sauvage] Un article très intéressant (en angliche) juste parce qu’il rappelle ce qu’on a tous vécu : le réseau social qui devient un média d’attention. Mais oui, vous savez bien au début on choisit qui on suit, comment on est notifié, et assez soigneusement on contrôle ce qu’on regarde. Et puis finalement, ça devient un truc qui nous pousse nawak, quand il veut, comme il veut, et dont le seul objectif est de nous laisser dessus le plus longtemps possible en mode « temps de cerveau disponible ».
Et c’est vrai que l’expérience Mastodon (et Bluesky qui n’a pas encore fait sa mue) est un truc tout doux et serein qui ne pousse pas à la consommation, vu que c’est complètement ouvert, décentralisé et sans aucun autre but que celui de nous relier les uns aux autres (alors autant les néonazis que les gentils bouts de chou que nous sommes, mais c’est la vraie vie après tout). Mais au moins, vous ne voyez les pouets que des gens que vous suivez, et la timeline est un truc chronologique ! Et force est de constater que c’est moins « excitant » (et parfois moins *fun* il faut le reconnaître), mais c’est cool, et ça ressemble un peu au début des Internets où y’avait tellement peu de pédés en ligne dans l’Univers Connu que je faisais copain-copain avec des Yahoo! Profiles à Los Angeles ou New York.
C’est tout doux, et on a besoin de douceur.
(Dixit le mec qui peut passer deux heures à scroller sur Insta évidemment.)
Aleck me fait découvrir le travail et l’héritage considérable du designer italien Enzo Mari. C’est absolument passionnant, et dans nos époques de merdification (merveilleuse traduction d’enshittification, concept cher au cœur de Cory Doctorow) généralisée, c’est un souffle d’air frais (pour continuer dans de la traduction littérale d’expressions anglosaxonnes) ! J’aime tellement les designers, sans doute autant que les informaticiens (j’ai un faible pour les nerds).
Notre prof blogueur préféré, Monsieur Samovar, évoque cette drôle de classe CAMIF avec une étonnante concentration en élèves « privilégiés ». J’aime qu’il souligne que malgré tout, et même si on ne plaint pas les pauvres petits riches, ils souffrent aussi. Eh oui, parce que ce sont des adolescents, et tous les ados sont en souffrance, c’est le passage obligé quel que soit le milieu social et les privilèges (des parents). Les souffrances peuvent être parfaitement similaires ou spécifiques, mais leur intensité n’est pas inversement proportionnelle aux moyens financiers. C’est pour cela que je suis toujours très sensible à la détresse des minot·e·s, parce que, même pour ceux qui « ont tout » en apparence, c’est un phénomène universellement pénible et un passage pas évident pour quiconque.