D’Alerte à Malibu aux marches des fiertés

Ah c’est un sujet compliqué le coming-out, mais je suis tellement convaincu que c’est le truc le plus vertueux qui soit, et autant pour soi que pour la société entière. Sinon comme je le dis toujours nous sommes des hétéros par défaut, la vie privée n’existe pas dans ce domaine car le choix par défaut est celui de la majorité (et cela s’entend, c’est assez logique dans une société qui répond à la majorité des comportements). Donc celui qui ne dit mot est hétéro. ^^

Mais le récit du mien en deux volumes montre bien que je ne suis pas le plus courageux, et que je l’ai fait dans de bien bonnes conditions (notamment familiales). Et clairement, il ne faut pas se mettre en danger malgré tout, le coming-out doit s’intercaler raisonnablement dans la pyramide de Maslow. Vincent a évoqué le sujet en relayant, comme beaucoup et je ne lui jette pas la pierre, le conseil de ne le faire que si on le sent et on en a envie, et ce n’est pas obligatoire. Bah je pense que si. Cela l’est selon moi. ^^

Radiolab rediffuse une vieille émission que j’adore et qui évoque justement un bon contre-exemple avec Oliver Sipple, j’avais déjà évoqué ce dernier il y a quelques années. Le pauvre a subi tellement de misères personnelles après un outing non voulu…

Malgré tout, je fais plutôt mien ce discours d’Harvey Milk. ^^

Discours d’Harvey Milk à propos du coming-out

Every gay person must come-out.
As difficult as it is. You must tell your immediate family, you must tell your relatives, you must tell your friends, if indeed they are your friends, you must tell your neighbours, you must tell the people you work with, you must tell the people in the stores you shop in.
And once you do, you will feel so much better.

Je suis « out » au boulot depuis toujours, depuis mon premier job en 1997. Cela m’a parfois apporté des problèmes, mais pas tant que cela, sans doute quelques rencontres avec des récalcitrants, et quelques occasions manquées, mais le bilan est vraiment bon. Et lorsque je suis rentré de mon séjour prolongé au Mans au bureau à Nantes, j’ai remarqué que les salles de réunion avaient été renommées.

On avait des trucs super datés à base de séries télé des années 80 qui ne parlaient absolument pas aux jeunes (salle K2000, Dallas ou Agence tous risques…), et donc il y a eu une consultation pour choisir une nouvelle thématique. Finalement et de manière assez consensuelle, ce sont des lieux emblématiques de Nantes qui ont été sélectionnés : Grue Jaune, Passage Pommeray, Tour LU etc. Mais donc comme vous pouvez le voir en tête de post, il y a aussi la salle « Marches des fiertés ».

Une fille de la com que je connais bien m’a dit quand je suis revenu : Tu as vu les nouveaux noms de salle, on est content d’avoir pu retenir celui-ci. On a pensé que ça te ferait plaisir, et on trouve ça trop classe.

Eh bien, ça m’a fait en effet plaisir. Et ce n’est pas du pinkwashing pour un mois de juin, c’est un baptême permanent et je trouve ça cool pour les piti queers qui viennent en stage ou qui entrent dans la boîte et voient ce petit clin d’œil qui leur dit « bienvenue les keupines ».

Ce qui me fait beaucoup rire c’est que la salle s’appelait avant « Alerte à Malibu » et montrait évidemment une affiche de la série avec Pamela en maillot de bain échancré rouge. Je trouve qu’on a décidément beaucoup gagné au change !!!! ^^

11 réflexions au sujet de « D’Alerte à Malibu aux marches des fiertés »

  1. Si nous étions toutes des “honteuses”, notre situation globale n’aurait pas du tout évolué. C’est la visibilité qui fait toute la différence. Puis, pour bien des gens, ça ne doit pas rester une abstraction étrangère vue à la télé ou sur les internets, il faut que ça existe aussi dans leur entourage, que ça rentre dans l’espace du commun, de l’ordinaire, du quotidien. “Oh, le charcutier du village s’est marié avec le commandant de la gendarmerie…”. Pour ça, il faut que les tapettes s’affichent. Ça amène à la normalisation (ce qui peut décevoir de vieux pédés pour qui le côté société secrète et transgressive était au cœur d’une existence en marge).

    Ne pas faire son coming-out, c’est soit du déni, soit le choix de se plier, de s’invisibiliser, de vivre dans le mensonge et l’hypocrisie. C’est un choix minable, autant pour soi que pour la société.

    1. Là je te trouve trop agressif dans ta conclusion, ce n’est pas (toujours) minable. Il y a des circonstances particulières, et il faut malgré tout respecter les choix individuels. En revanche, il faut une vraie cohérence dans les attitudes des personnes, et c’est plus difficile là. :clindoeil:

  2. Matoo, je ne serais pas aussi catégorique sur l’injonction au coming out. Des jeunes LGBTQ+ peuvent sentir une pression très forte de la « communauté à sortir du placard et cette pression peut conduire au désespoir, voire à des actes irréparables, quand ielles pensent ne pouvoir le faire, que c’est une étape infranchissable. Chacune et chacun, selon moi, doit en ressentir le besoin de le faire dans les lieux et avec les personnes qu’iel choisit. On peut être out en famille, avec ses ami.es et pas au boulot. Et c’est OK. On peut être out avec ses ami.es et au boulot et pas en famille. Et c’est aussi OK. Etc.
    Sachant que le plus difficile, sans doute, c’est d’être out avec soi…

  3. Du point de vue hétéro – et je ne veux surtout vexer qui que ce soit – il y a quelques années une amie a fait un coming-out à propos du polyamour et de sa bisexualité. Cela a été assez abrupte, elle m’a balancé le truc au téléphone sans que je m’y attende sans que j’ai perçu auparavant des signaux qui auraient pu me le faire comprendre, il aurait fallu que je saute en l’air de joie immédiatement, et m’a immédiatement et violemment reproché de ne pas le faire, pour un truc qu’elle avait elle-même mis des années à s’avouer. Il faut avoir conscience de ce déséquilibre, et savoir accorder du temps à chacun pour atteindre la même sérénité de part et d’autre.
    J’ai nettement préféré ces « non coming out » de personnes qui, par des attitudes, des ellipses comme « la personne avec qui je vis », permettaient de comprendre au fil des mois que leur orientation sexuelle n’était pas forcément la mienne, jusqu’à ce qu’elles disent un jour « mon mari » ou « ma compagne ». Une « habituation » en douceur que j’ai beaucoup appréciée.
    Mais ce n’est vraiment qu’un point de vue personnel.

    1. Te bile pas, tu ne vexes personne, et tu t’exprimes avec beaucoup de considération. :clindoeil:
      Je comprends que le coming-out soit aussi un truc peu banal pour les gens qui en sont récipiendaires. Mais c’est une telle difficulté pour celui qui le fait, et une telle libération aussi, qu’il faut vraiment prendre tout cela avec circonspection mais ouverture et optimisme. Et c’est toujours à propos d’eux, jamais à propos de toi. :amitie:

  4. Ça fait si plaisir ces changements de noms, on pourrait presque croire que la société évolue dans le bon sens.

    Je bosse pour une boîte qui est vraiment bien dans sa diversité et son inclusivité (ça devrait tellement être la norme). Et il se trouve qu’un de mes collègues a l’effet inverse, tout le monde le pense gay (pas que au boulot dans la vraie vie aussi) alors qu’il ne l’est pas. En fait il se retrouve à faire souvent du going out (on peut dire comme ça ?). Et ça le rend perplexe.
    Tout ça pour dire, le plus souvent, l’entourage perso ou pro n’a pas vraiment besoin d’un coming out pour savoir et a déjà calé la personne dans une case. En se gourant parfois.
    D’ailleurs je me souviens avoir croisé un de tes amis que bien du monde percevait comme hétéro.

  5. J’ai lu il y a quelques temps un livre à propos des secrets et qui expliquait qui pouvait, sans que ça soit dangereux ou même mortel, parler de choses « difficiles » avec sa famille, ses amis, ses collègues, etc. Il y avait des études qui expliquaient les cercles concentriques, par exemple, où plus tu t’éloignes du centre d’une ville et que t’arrives dans la cambrousse, moins tu peux partager tes secrets sans risquer que ça t’explose à la figure. Il y avait aussi bien sûr plein d’études sur les cultures et les sous-cultures, par exemple oui les Américains c’est une chose, mais les cowboys américains c’est encore autre chose, etc. C’était fascinant, et ça démontrait vraiment bien la complexité de la chose!

    1. Oui ce ne sont pas des règles gravées dans le marbre. Mais je reste admiratif de ceux qui ont pris beaucoup de risques et parfois beaucoup perdu pour s’imposer dans une société en majorité homophobe.

      1. Ou ont même dû fuir leur pays. J’ai ainsi eu un couple de voisines au-dessus de chez moi, l’une était d’origine maghrébine et s’était donc réfugiée en France pour ne plus avoir à se cacher.

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