Cela me gêne à chaque fois de faire un lien vers un article aussi touchant, mais souvent c’est qu’ils sont bien écrits, et qu’ils m’interpellent à tant de niveaux. Et celui-ci est ciselé, quand je le lis, d’une manière si intense et délicate que je devais le partager.
Ça fait des mois que je bataille avec une forme d’effondrement intérieur pas très maîtrisable, sans savoir pourquoi. Pourquoi j’ai l’impression d’aller plus mal que quand j’avais de gros problèmes ? Pourquoi je me sens en paix avec moi et pas avec ce concept étrange qu’est la vie ? […] Je ne sais pas si c’est vraiment ça, la cause de ces moments où je me suis demandée à quoi ça servait, au juste, d’être vivante. Mais je crois, au moins en partie. On verra bien.
Linux a gagné la partie [via Seb Sauvage] !! Et c’est une telle vérité à la fois factuelle et philosophique ! Ce qui est fou c’est que c’est tellement contre-intuitif par rapport au monde capitaliste dans lequel nous vivons, où l’on mesure le succès à l’aune du profit dégagé. Bah là, c’est subtil mais c’est un vrai truc hybride. C’est assez beau. Un peu comme Wikipédia, malgré ses déboires.
Linux didn’t win the way anyone expected. There was no dramatic moment where Ubuntu overtook Windows on the desktop. No press conference. No champagne. Linux won the way open source always wins — gradually, relentlessly, by being better at the things that matter most to the people building the future.
It won because it was free, and startups with no budget could build their entire infrastructure on it. It won because it was customizable, and engineers could tune it for everything from a tiny IoT sensor to the world’s fastest supercomputer. It won because it was open, and thousands of companies and millions of developers could contribute to and benefit from the same shared foundation. It won because it was reliable, and system administrators could trust it to run for years without a reboot. It won because it was secure, and organizations handling sensitive data needed something they could audit and verify.
It won not despite being open source, but because of it.
Linux n’a pas gagné de la manière dont on pouvait s’attendre. Il n’y a pas eu de moment spectaculaire où Ubuntu aurait dépassé Windows pour les ordinateurs de bureau. Pas de conférence de presse. Pas de champagne. Linux a gagné comme l’open source gagne toujours — progressivement, inexorablement, en étant meilleur sur les aspects qui comptent le plus pour ceux qui construisent le futur.
Il a gagné parce qu’il était gratuit, et que des startups sans budget pouvaient bâtir toute leur infrastructure dessus. Il a gagné parce qu’il était personnalisable, et que les ingénieurs pouvaient l’adapter aussi bien à un minuscule capteur IoT qu’au supercalculateur le plus rapide du monde. Il a gagné parce qu’il était ouvert, et que des milliers d’entreprises et des millions de développeurs pouvaient contribuer à une base commune et en tirer parti. Il a gagné parce qu’il était fiable, et que les administrateurs systèmes pouvaient lui faire confiance pour fonctionner pendant des années sans redémarrage. Il a gagné parce qu’il était sécurisé, et que les organisations manipulant des données sensibles avaient besoin d’un système qu’elles pouvaient auditer et vérifier.
Il n’a pas gagné malgré son caractère open source, mais grâce à lui.
Je lis aussi cette nouvelle linuxienne avec Ubuntu qui lève un tabou pour s’ouvrir à un peu plus de monde ou du moins à des usages devenus universellement répandus. Et c’est vrai que ça m’a surpris aussi la première fois que j’ai ouvert une console (le fait que l’on tape son mot de passe sans curseur, dans le noir absolu), mais on s’y fait super bien, et donc je ne comprends pas trop ce mouvement. Après, il faut aussi accepter les changements, et on pourra toujours revenir en arrière sans tabou aucun.
Cet article (en angliche) [via SebSauvage] est absolument passionnant parce qu’il explique bien le lent et irrémédiable passage des utilisateurs geek et passionnés qui maîtrisaient leurs outils, à des consommateurs beaucoup plus passifs et effleurant la surface des choses, forcément plus assujettis aux institutions. Alors ça n’a rien de fou si l’on considère les courbes d’adoption des technologies, mais c’est … Continuer la lecture L’opiniâtreté déclinante des pratiquants de l’Informatique
Ploum vient de taper très fort pour moi avec cet article qui en quelques lignes décrit de manière diablement efficace et limpide, la manière dont le trio capitalisme, IA et éducation s’articule. Evidemment c’est un brin cynique, mais ça me paraît, au-delà de la vue de l’esprit, une mécanique plutôt implacable. Et je ne peux que souscrire à sa description des personnes qui s’imaginent échapper à ce contrôle grâce à leur groupe Facebook « anticapitaliste » ou un groupe Whatsapp « centrale d’achat solidaire du quartier ».
D’ailleurs je suis obligé de vous coller tout le post car c’est trop important pour moi :
Le capitalisme n’a pas créé le système éducatif par humanisme, mais parce qu’il avait besoin d’employés qualifiés pour produire de la croissance. L’automatisation ayant détruit la culture de l’artisan et de l’ouvrier, raison du combat des luddites, une large population se trouvait réduite à se mettre au service des machines.
Mais les progrès de l’automatisation rendaient ce besoin de servants peu qualifiés de moins en moins nécessaire tout en nécessitant des personnes comprenant les machines afin de les entretenir et de les améliorer. Un système éducatif s’est donc naturellement mis en place dans les sociétés capitalistes, créant une élite intellectuelle dévouée au capitalisme.
Mais cette suréducation a créé trop de citoyens critiques qui remettent en cause les principes mêmes de la croissance infinie, notamment à cause des limites écologiques.
Face à cette suréducation, les guerres, les menaces de tout ordre et le totalitarisme politique permettent de restreindre l’éducation ou, a minima, de détourner l’attention. L’éducation informatique est la principale cible, car l’informatique est devenue la colonne vertébrale de la société capitaliste. Ne pas comprendre les enjeux informatiques rend même les citoyens les plus engagés totalement impuissants.
La promesse de l’IA, c’est justement de diminuer le besoin d’éducation tout en gardant un degré de production équivalent. Tout employé peut redevenir une main-d’œuvre peu qualifiée et interchangeable. L’IA est un Fordisme intellectuel.
Car les monopoles, la surveillance permanente, la consommation, l’érosion des droits et l’IAfication du travail ne sont que des outils pour garder les citoyens sous contrôle et dans les rails du capitalisme de production.
Et si ces citoyens s’imaginent échapper à ce contrôle grâce à leur groupe Facebook « anticapitaliste » ou un groupe Whatsapp « centrale d’achat solidaire du quartier », c’est encore mieux ! C’est plus subtil ! De toute façon, ils bossent la journée pour Microsoft et se contentent d’une image du monde générée par Google ou Meta.
Leur vie professionnelle est asservie par Microsoft, leur vie privée par Meta/Facebook et leurs centres d’intérêt sont contrôlés par Google. Maintenant que les humains sont définitivement ferrés, il est temps de réduire progressivement leur degré d’éducation et de connaissance afin d’améliorer leur servilité.
A la manière de son célèbre discours à l’ONU en 2003, Dominique de Villepin élève sa voix par rapport à la situation dans notre pays. Il est assez éloquent, même si c’est beaucoup trop long, et c’est assez rare pour le noter, il garde un certain panache (pour un mec de droite). Et il publie ça, un libelle qui se … Continuer la lecture Et revoilà la sous-préfète
[Via les liens de Jeey] Voilà un article du (blog du) Monde Diplo, alors c’est forcément fabuleux, mais là c’est encore plus que cela, c’est un texte d’intérêt général et que tout le monde devrait lire, et s’arrêter et réfléchir comme il est conseillé sur le site. Frédéric Lordon part du décès du jeune militant d’extrême droite qui a été … Continuer la lecture De l’inexorable montée du fascisme en France
Je découvre ce magnifique site web [Via Thierry Crouzet] qui documente de manière géniale les technologies qui ont fait et continuent de faire le web que nous connaissons, utilisons et aimons. Et l’article qui était lié par Thierry est absolument passionnant, et il est quelque part encore porteur d’un brin d’espoir. On the one hand information wants to be expensive, … Continuer la lecture Information wants to be free
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