Fin de vie

C’est vraiment très compliqué cette loi fin de vie entre vision validiste qu’on a tous plus ou moins par défaut (pour les valides en tout cas), et réalité des existences des personnes concernées, et ajoutons à cela les plans d’un état plus ou moins machiavélique (sachant que si celui-ci ne l’était pas, ça ne dirait rien du suivant). Donc ce qui est une avancée pour certains est boîte de Pandore pour d’autres, et les visions classiquement droite/gauche sont d’autant plus brouillées par cette intersection du handicap. J’ai bien aimé l’article de Lucide qui raconte plutôt une expérience personnelle, mais qui construit sa réflexion à partir de l’anecdote et à l’aune de ces nouvelles politiques.

Les prénoms en statistiques

Baptiste sort tous les ans des tas de stats inutiles et passionnantes sur les choix de prénoms en France, et vraiment ça vaut le coup d’œil. C’est marrant de voir les répartitions géographiques ou les évolutions des prénoms épicènes, le nombre de syllabes, ou juste le fait qu’avant on pouvait anticiper 75% des prénoms qui allaient être choisis (dans une liste très circonscrite), alors qu’aujourd’hui les prénoms les plus populaires c’est au maximum 20% (et 1,5% pour le prénoms N°1).

La potentialité plus confortable que l’expérience

On pourrait croire que j’ai un creuche tant je la cite, mais force est de constater que j’adore son blog !! Et Stenia signe là encore un texte dont je me sens fort fort proche. Pourquoi s’arrête-t-on au miroir aux alouettes, et on s’en satisfait en apparence, tout en nourrissant une fringale sisyphienne ? Toujours plus de FOMO1, toujours moins de concrétisation… Peut-être une forme de protection pour des gens devenus très fragiles ou juste le règne de l’apparence ?

[…] La vraie question, ce n’est pas pourquoi on scrolle. C’est pourquoi ça nous fait un bien fou d’acheter des chaussures de running qu’on ne mettra jamais.

J’ai un carnet Moleskine vierge depuis trois ans. Vierge. Zéro page. Je l’ai acheté un jour de crise existentielle légère, dans une papeterie, en me disant « cette fois je vais écrire ». Il est toujours dans mon sac. Il pèse. Il me suit partout comme une dette. Et le truc dingue, c’est que même vide, même jamais ouvert, ce carnet me rassure. Il est la preuve matérielle que quelque part, dans une timeline parallèle, il existe une version de moi qui tient un journal tous les soirs à la bougie. Cette version-là n’existe nulle part sauf dans mon sac, sous forme d’un objet à 14 euros.

On ne vit pas nos vies. On les collectionne en pièces détachées. […]

C’est ça le vrai crime de notre époque, à mon avis. Pas qu’on scrolle trop. C’est qu’on a rendu la potentialité plus confortable que l’expérience. Posséder les accessoires d’une vie procure une satisfaction chimique quasi identique à celle de vivre cette vie, sauf que ça ne prend aucun risque, aucun échec, aucun dimanche pluvieux où le running, en vrai, c’est chiant et tes genoux font mal.

Je suis pas en train de te faire la morale, hein. J’ai autant de tabs ouverts que toi. Genre littéralement, en ce moment, j’ai 43 onglets ouverts sur mon ordinateur, et je sais que dans le tas il y a un article sur « comment apprendre le morse » que j’ai ouvert en septembre. On est en juillet. Le morse attend toujours. Il attendra encore longtemps, je pense, vu la tendresse toute particulière que j’ai pour ne jamais fermer un onglet par peur de perdre « l’accès » à une version de moi qui saurait envoyer un SOS en morse le jour où la civilisation s’effondre.

On ne lit plus. On performe le fait d’être quelqu’un qui lit. On empile les livres, on les photographie sur l’étagère avec la lumière parfaite, on capture l’image d’une bibliothèque qui raconte « voici quelqu’un de cultivé, de posé, qui prend le temps », et on n’a pas ouvert la moitié des bouquins. […]

Alors ouais, on accumule les vies possibles comme d’autres accumulent des figurines. Une étagère entière de « moi que je pourrais être ». Celle qui court, celle qui lit, celle qui prépare l’apocalypse, celle qui écoute de la musique attentivement dans un vrai fauteuil avec un vrai casque et pas en fond sonore pendant qu’elle répond à des mails. Toutes ces versions existent sous forme d’objets achetés et jamais activés, comme une armée de doublures qui n’entreront jamais en scène.

Et le pire, c’est que je crois qu’on préfère ça, au fond. Parce qu’une vie qu’on vit vraiment, ça s’use, ça déçoit, ça se salit, ça finit par ne plus ressembler à la photo Pinterest. Alors qu’une vie qu’on garde au stade de potentiel, elle, reste intacte pour toujours. Increvable. Toujours aussi belle dans sa boîte fermée.

Sorry I’m late, I was being dramatic par Stenia
  1. FOMO : fear of missing out, la peur de manquer (d’)un truc ↩︎

Wait for society to form itself around you

Je ne connaissais pas Quentin Crisp, mais en tombant inopinément sur cette vidéo, j’ai découvert ce flamboyant personnage. J’ai beaucoup aimé sa philosophie de vie, et c’est quelque chose d’avoir une personnalité aussi radiante et hors-norme, et d’être si inclassable et extraordinaire, qu’on se doit juste d’être et de vivre comme on est, et finalement ce sont les autres qui … Continuer la lecture Wait for society to form itself around you

De la mécanisation du développement informatique

Ce qui m’épate le plus dans cette IAmania, c’est vraiment la rapidité du truc. Comment on est passé d’un ChatGPT pas fute-fute qui a été lancé en novembre 2022, à des IA génératives de plus en plus perfectionnées et entraînées à émuler une certaine intelligence, associée à des capacités d’analyse et de restitution de textes assez bluffantes. Mais surtout, on … Continuer la lecture De la mécanisation du développement informatique

Les trottoirs de Limoges ou Bordeaux pour apprendre à marcher

Authueil se fait l’écho d’une profonde inégalité entre les territoires de France, mais il me semble qu’on ne parle que de ça, et qu’on le constate donc, depuis plus de 30 ans (et même avant). Mais donc c’est encore plus avéré, et c’est à présent quelque chose de si visible et si tranché, que le point de rupture est déjà franchi pour bien des endroits.

chIAnlit

Il y a quelques jours, j’ai lu ce touchant texte d’Agnès [via son compte Mastodon] où elle explique avec sincèrité ce qu’elle aime dans son boulot (de développeuse informatique) et en quoi les LLM sont en train de ravager tout cela. Je ne pense pas qu’elle noircisse le tableau, et elle décrit plutôt fidèlement les changements de paradigmes en œuvre, … Continuer la lecture chIAnlit

Améliorer la servilité

Ploum vient de taper très fort pour moi avec cet article qui en quelques lignes décrit de manière diablement efficace et limpide, la manière dont le trio capitalisme, IA et éducation s’articule. Evidemment c’est un brin cynique, mais ça me paraît, au-delà de la vue de l’esprit, une mécanique plutôt implacable. Et je ne peux que souscrire à sa description des personnes qui s’imaginent échapper à ce contrôle grâce à leur groupe Facebook « anticapitaliste » ou un groupe Whatsapp « centrale d’achat solidaire du quartier ».

D’ailleurs je suis obligé de vous coller tout le post car c’est trop important pour moi :

Le capitalisme n’a pas créé le système éducatif par humanisme, mais parce qu’il avait besoin d’employés qualifiés pour produire de la croissance. L’automatisation ayant détruit la culture de l’artisan et de l’ouvrier, raison du combat des luddites, une large population se trouvait réduite à se mettre au service des machines.

Mais les progrès de l’automatisation rendaient ce besoin de servants peu qualifiés de moins en moins nécessaire tout en nécessitant des personnes comprenant les machines afin de les entretenir et de les améliorer. Un système éducatif s’est donc naturellement mis en place dans les sociétés capitalistes, créant une élite intellectuelle dévouée au capitalisme.

Mais cette suréducation a créé trop de citoyens critiques qui remettent en cause les principes mêmes de la croissance infinie, notamment à cause des limites écologiques.

Face à cette suréducation, les guerres, les menaces de tout ordre et le totalitarisme politique permettent de restreindre l’éducation ou, a minima, de détourner l’attention. L’éducation informatique est la principale cible, car l’informatique est devenue la colonne vertébrale de la société capitaliste. Ne pas comprendre les enjeux informatiques rend même les citoyens les plus engagés totalement impuissants.

La promesse de l’IA, c’est justement de diminuer le besoin d’éducation tout en gardant un degré de production équivalent. Tout employé peut redevenir une main-d’œuvre peu qualifiée et interchangeable. L’IA est un Fordisme intellectuel.

Car les monopoles, la surveillance permanente, la consommation, l’érosion des droits et l’IAfication du travail ne sont que des outils pour garder les citoyens sous contrôle et dans les rails du capitalisme de production.

Et si ces citoyens s’imaginent échapper à ce contrôle grâce à leur groupe Facebook « anticapitaliste » ou un groupe Whatsapp « centrale d’achat solidaire du quartier », c’est encore mieux ! C’est plus subtil ! De toute façon, ils bossent la journée pour Microsoft et se contentent d’une image du monde générée par Google ou Meta.

Leur vie professionnelle est asservie par Microsoft, leur vie privée par Meta/Facebook et leurs centres d’intérêt sont contrôlés par Google. Maintenant que les humains sont définitivement ferrés, il est temps de réduire progressivement leur degré d’éducation et de connaissance afin d’améliorer leur servilité.

Capitalisme, IA et éducation par Ploum

On dit oui ou on diverge ?

Toujours la même histoire, je continue de m’interroger quasi-quotidiennement sur cette satanée IA générative, et je lis des tas d’articles, et en ce moment : beaucoup de développeurs qui réfléchissent aux transformations de leur métier avec cette technologie. On n’est moins dans un tableau complètement noir ou manichéen, même si tout le monde s’accorde sur le fait que ça fait … Continuer la lecture On dit oui ou on diverge ?

L’agent Smith entre dans la danse

On entend de plus en plus de plaintes de contributions bancales à des solutions open-source, et ça donne des contributeurs à la fois submergés et découragés. Mais au début c’était surtout des gens qui utilisaient les LLM en croyant bien faire, et en voulant apporter leur pierre de cette manière au développement ou débogage d’un logiciel. J’imagine que petit à … Continuer la lecture L’agent Smith entre dans la danse

Partir ou pisser dans un violon ?

Il y a tout juste un an, en réaction à l’arrivée de Trump aux USA, mais surtout suite aux attitudes serviles, inféodées et parfois carrément en soutien à des politiques aux relents fétides des grands services « tech » mondiaux, j’ai voulu m’éloigner des plus toxiques. J’ai évoqué cela dans un article précédent. Cela signifiait d’abord Twitter, mais aussi Meta, et donc … Continuer la lecture Partir ou pisser dans un violon ?

Complices et compromis

J’ai vraiment bien aimé cette notion de complicité et compromission car c’est aussi ce avec quoi je me bats depuis des années. J’irai même encore plus loin, car c’est ce que je décrie qui est sans doute à l’origine même de ma capacité d’émancipation. C’est à dire que c’est une certaine idée d’une société que je honnis qui m’a donné … Continuer la lecture Complices et compromis

Vieille

C’est marrant mais je suis tombé sur ce post de « Chroniques de Bretagne » qui se plaignait de la dégénérescence de Ouest France, exactement comme on le ferait aujourd’hui de tous ces supports qui perdent leurs âmes en utilisant de l’IA générative et réduisent leurs contenus à des hameçons à réclames. Donc nous voici, c’est notre tour, nous sommes les vieilles … Continuer la lecture Vieille

Révolution expIAtoire

Je crois que je ne vais pas me lasser de sitôt à chercher des tas d’opportunités de mettre IA à la place de ia dans les mots et expressions les plus improbables. Hu hu hu. Là je voulais juste vous partager quelques liens qui ont retenu mon attention, comme cet article tout frais du jour de Tristan Nitot qui s’interroge … Continuer la lecture Révolution expIAtoire

Skynet comme si vous y étiez !

Je découvre [via Gonzague] cette édifiante vidéo qui explique assez simplement la progression fulgurante de l’IA, mais surtout qui dessine une intéressante projection vers la fameuse AGI : l’Intelligence Artificielle Générale. Et ce n’est pas flippant du tout, c’est pour 2027, et l’hypothèse la plus crédible c’est qu’on est tous tués par des IA avant 2030. Hop là ! Emballé … Continuer la lecture Skynet comme si vous y étiez !