C’est vraiment très compliqué cette loi fin de vie entre vision validiste qu’on a tous plus ou moins par défaut (pour les valides en tout cas), et réalité des existences des personnes concernées, et ajoutons à cela les plans d’un état plus ou moins machiavélique (sachant que si celui-ci ne l’était pas, ça ne dirait rien du suivant). Donc ce qui est une avancée pour certains est boîte de Pandore pour d’autres, et les visions classiquement droite/gauche sont d’autant plus brouillées par cette intersection du handicap. J’ai bien aimé l’article de Lucide qui raconte plutôt une expérience personnelle, mais qui construit sa réflexion à partir de l’anecdote et à l’aune de ces nouvelles politiques.

Ca n’est effectivement pas simple du tout. Je pense qu’il faudrait penser aux deux côtés: 1) réellement repenser le soutien aux personnes handicapées (comme Lucide, je hais « la situation de handicap ») parce que c’est complètement horrifiant de voir le manque de respect et de soutien des personnes qui en ont besoin; et 2) penser réellement aux personnes qui souffrent et pour lesquelles même une aide sérieuse ne changerait rien. Ma mère par exemple, qui a vécu un enfer noir pendant sept ans POUR RIEN! Donc ces discussions ne devraient pas aller d’un côté ou de l’autre mais dans les deux sens à la fois. Moi, je survis, je peux travailler, mais ça ne va pas durer, et je ne devrais pas passer mes nuits à angoisser à cause de la misère et la douleur physique et mentale dans laquelle je risque de me retrouver quand je ne pourrai plus travailler. Je vivrais aussi une vie beaucoup moins angoissée si je savais que le jour de mon diagnostique d’Alzheimer, hop, je peux en finir sans devoir là aussi me battre. Faut pas être « pour » un côté ou « contre » l’autre, faut se battre pour les deux à la fois!
On est d’accord, il faut vraiment lutter pour les deux bords, mais c’est compliqué dans une société polarisée où on te demande de choisir l’un ou l’autre. Là c’est vraiment les deux mais orthogonalement, car on peut trouver des partisans des deux bords avec pourtant des motivations diamétralement opposées (et qui sont souvent caricaturalement droite/gauche).
Ce n’est effectivement pas simple du tout et dans l’équation, il faut aussi tenir compte des « euthanasieur·e·s ». En trouver un ou une est parfois difficile et pour la personne trouvée, la charge émotionnelle peut être difficile à porter.
Oui tu as bien raison de le signifier, je comprends que ce soit très très difficile, et ce n’est pas vraiment ce à quoi on pense de prime abord quand on prête le serment d’Hippocrate j’imagine.
Ma mère était atteinte de la maladie de Parkinson, et c’est une maladie qui n’est pas mortelle. Les deux dernières années elle était grabataire et sénile mais tous ses organes internes fonctionnaient parfaitement, elle aurait pu vivre comme ça durant longtemps. Moi, je n’en pouvais plus. J’allais à l’ehpad chaque semaine voir une personne à qui on avait ôté toute dignité, parce que quand tu arrives en ehpad c’est plus rapide de te mettre des couches que de t’emmener aux toilettes, que la douche c’est quand il y a suffisamment de personnel… comme si la maladie n’était pas déjà une déchéance en soi. Et puis un jour elle a décidé d’arrêter de s’alimenter, parce qu’au fond de son cerveau sénile il y avait finalement encore une conscience – et quatre ans après cela me trouble encore. Les derniers jours c’est moi qui ai dû demander à la mettre sous morphine sachant que « oui, je sais, ça va accélérer la fin, et je vous le demande en conscience ». Parce qu’en ehpad on veut bien vous mettre une couche, mais surtout pas risquer d’abréger vos souffrances… Ma mère ne serait jamais rentrée dans les critères de la nouvelle loi, parce que sa maladie n’était pas mortelle, parce qu’elle n’était plus en état d’exprimer clairement sa volonté… sauf que quelque part, elle a bien fini par choisir de mourir.
Quand aux soins palliatifs : mon père, en stade terminal de cancer, a attendu un mois avant d’avoir une place dans une unité de soins palliatifs. Un mois sous morphine, au mieux inconscient, au pire souffrant entre deux injections. Parce que soins palliatifs, ben ouais, c’est sur liste d’attente…
Je suis catho pratiquante, mais les opposants à la loi je les renvoie à leur propre fin de vie, en espérant qu’elle soit bien crade. Parce que les gens qui meurent tout propres dans leur lit, entourés de leurs enfants et rendent leur dernier soupir après avoir prononcé une phrase grandiose… ça ne concerne pas grand monde…
(si mon commentaire est choquant ou polémique : supprime le)
Je comprends tout à fait ce que tu dis, et ton expérience parle d’elle-même. Mais justement, certains expliquent à raison que cette loi pourraît aussi pousser au suicide assisté des gens qui souffrent à cause de mauvais traitements liés aux conditions de vie dans les EHPAD. Et donc il ne faut pas que la logique devienne : pas d’argent pour les vieux, pour ne pas souffrir il vaut mieux mourir. Donc il s’agit bien de développer les deux voies, celle du suicide assisté et celle des soins, et ne surtout pas substituer l’une à l’autre.
Je suis entièrement d’accord.
J’ai écouté sur France Info, François-Xavier BELLAMY, de LR, expliquer que cette loi revenait à donner un revolver à un infirmier ou un médecin… Prise de parole immonde de la part d’un professeur agrégé de philosophe. Et propos ignoble pour qui a connu/ connait une situation de fin de vie dans le cadre d’une maladie incurable, invalidante et douloureuse.
A peu de choses près, on avait dans son argumentaire les mêmes monstruosités délirantes qu’à l’époque du mariage pour les personnes de même sexe : le fantasme de la fameuse boite de Pandore.
La morale religieuse encore et toujours quand la parole sur ce sujet appartient d’abord aux malades dont la dignité est de nouveau bafouée par ce genre d’homme politique.