Ploc, la bulle !

Un article à lire urgemment tant il est super éclairant sur tous les fronts : l’IA, l’économie, les crises à venir, et tout plein de chouettes métaphores pour comprendre ça avec pédagogie. Agate Blue a produit là un travail considérable [Via Seb Sauvage] et d’une grande qualité. Et ce n’est pas que l’annonce d’une catastrophe (mais pour ceux qui se souviennent de la crise de 2008, on va juste avoir les mêmes effets et conséquences dans une situation similaire), car elle met aussi en exergue les solutions, et surtout l’après, puisque là y’a pas photo : on y va bille en tête !!

7 réflexions au sujet de « Ploc, la bulle ! »

  1. Depuis le début, je me disais qu’on était repartis comme au temps des subprimes. Bon zut, on dirait que ça n’était pas qu’une impression.

    1. sérieux comment faire ensemble des trucs complexes en pleine urgence vitale vu comment c’est souvent galère de se mettre d’accord sur quoi manger le midi ?

      Hu hu hu.

  2. Voici ce que Claude en pense (abonnement 200 euros) Texte honnête dans son intention, remarquablement bien informé sur l’actualité, et non fiable sur sa chaîne de raisonnement financier. C’est un essai politique qui se présente comme une analyse : la thèse précède les preuves, et les trois quarts de la démonstration reposent sur des notions financières mal maîtrisées.

    Ce qui tient, et qui est solide

    Le socle événementiel est réel et vérifié. Le krach coréen a bien eu lieu, le KOSPI est passé de 9 385 fin juin à 5 262 en juillet, soit une chute de 38,9 %, avec deux séances de circuit breaker (Yahoo Finance). L’intervention américaine sur le yen est confirmée : le Trésor a acheté du yen le 31 juillet, hors cadre G7 et sans la Fed (OMFIF). Le fonds Situational Awareness d’Aschenbrenner est bien passé de 45 à 10 milliards de dollars. Le départ de Denise Dresser, CRO d’OpenAI nommée le 9 décembre 2025 et partie le 13 août 2026, est exact, et l’exode est plus large que ce qu’elle dit : plus d’une douzaine de dirigeants depuis janvier (TechCrunch). SoftBank a bien gagé ses parts OpenAI pour 10 milliards en août et en cherche 10 de plus. Le rétropédalage de NVIDIA sur la garantie du datacenter de l’Ohio, de 250 à moins de 120 milliards en une semaine, est documenté (WSJ via Yahoo).

    Et son inquiétude est validée par les régulateurs eux-mêmes. Le FSB chiffre à 34 % la part de l’IA et des datacenters dans les opérations de private credit en 2025 contre 17 % en moyenne les cinq années précédentes (FSB, 6 mai 2026). Moody’s relève 662 milliards de baux non encore commencés, donc absents des passifs, soit 113 % de la dette ajustée des cinq hyperscalers (Moody’s). La Fed note que 50 % de ses contacts citent l’IA comme risque, contre 0 % à l’automne 2025 (Fed FSR mai 2026). La BRI parle de shadow borrowing. Sur le diagnostic de fragilité, elle est en bonne compagnie.

    Ce qui ne tient pas
    Affirmation Réel
    600 Md$ de capex visible + 2 500 Md$ dissimulés = 3 100 Md$ Capex 2026 réel de 700 à 1 000 Md
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    820Md. Le 2 500 vient probablement des 2 900 Md$ de Morgan Stanley, qui sont un capex cumulé 2025-2028, pas un montant caché. Elle additionne un flux annuel et un stock pluriannuel
    8 000 à 16 000 Md$ de gain boursier IA, soit 10 % Goldman chiffre 27 000 Md$ sur une capitalisation mondiale de 157 800 Md$, soit 17 %. Sa fourchette est en fait l’estimation Goldman de la valeur économique fondamentale, pas du gain boursier. Elle sous-estime son propre argument
    NVIDIA dégage moins de cash Vrai en séquentiel sur un trimestre, faux en tendance : 21,3 Md$ au T2 FY27, mais 127 Md$ sur douze mois glissants, un record
    Réserves bancaires de quelques pourcents Confusion entre réserves obligatoires (BCE 1 %, Fed 0 %) et fonds propres réglementaires. CET1 zone euro à 16,18 %, capital total 20,32 %, TLAC des G-SIB entre 18 et 28 %. Le stress test Fed 2026 fait perdre 1,6 point de CET1 en scénario sévèrement adverse
    Dette OCDE de 60 000 Md$, donc réserves des États négatives Chiffre juste (61 000 Md
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    9Md, la SPPE et la SFEF ont rapporté 2,7 Md€ à l’État français
    L’Islande a renfloué puis nationalisé ses banques Inversé. La loi d’urgence du 6 octobre 2008 a laissé les trois banques tomber en liquidation. Les créanciers ont récupéré 87 % d’Arion et 95 d’Íslandsbanki. Coût net islandais d’environ 5 % du PIB contre 17 % en Irlande
    L’inflation positive est au cœur du mandat des banques centrales Les mandats visent une stabilité des prix symétrique, la BNS fixe même un plafond. Et Borio et Lowe documentent l’inverse de sa thèse : les déséquilibres se forment en régime de faible inflation. Japon 1988, CPI à 0,7 % et Nikkei multiplié par 3,1. États-Unis, CPI en baisse de 10 % entre 1925 et 1930 (BRI WP 114)

    Le point le plus lourd est celui sur les banques. Toute son étape 5, l’extinction définitive de l’infrastructure financière, repose sur l’idée que le système n’a pas de matelas. C’est précisément ce que l’architecture post-2008 a construit, et l’essai écrit comme si Bâle III, la TLAC et les stress tests n’existaient pas. Le cas islandais, sa seule référence positive, démontre exactement le contraire de ce qu’elle en tire.

    Le vice de construction

    L’analogie du caillou est brillante rhétoriquement et circulaire analytiquement. Elle importe un déterminisme physique dans un système social : la gravité garantit la chute, donc la conclusion est dans la prémisse. Et l’analogie interdit par construction ce qu’elle prétend démontrer, puisque l’amplitude de l’impact y est une fonction monotone de la hauteur. Or les dégonflements en douceur existent : 1987, un krach sans récession, et surtout 2022, où le Nasdaq a perdu environ un tiers, où la crypto s’est effondrée avec FTX, et où aucune chaîne systémique n’a cassé (FRED NASDAQCOM). C’est très exactement le scénario qu’elle déclare impossible, et il a eu lieu il y a quatre ans.

    Deuxième vice, plus grave : la prédiction n’est pas falsifiable. Ça va éclater, difficile de dire quand, peut-être 2027, peut-être 2028, et « on est tellement près et les dominos sont tellement grands qu’on a l’impression que ça bouge pas ». Cette phrase transforme l’absence de signal en confirmation. Au 3 septembre 2026, le S&P 500 a inscrit son 27e record de l’année le 26 août, il cote 1,7 % sous son plus haut, à plus 12 % depuis janvier, le VIX est à 15,2 et les spreads high yield à 266 points de base. Aucun stress de crédit (FRED). Elle publie un texte sur un effondrement en cours dans un marché en régime de complaisance.

    Les angles morts

    Le revenu. L’essai compare l’IA générative aux NFT et au metaverse. Erreur de catégorie : ces deux-là n’avaient pas de chiffre d’affaires. Anthropic annonce 65 milliards de run-rate en juillet, OpenAI environ 40, l’activité IA de Microsoft 37 (Axios, GeekWire). Ça ne valide pas les valorisations, Bain chiffre le déficit résiduel à 800 milliards à l’horizon 2030. Mais un texte qui conclut à la disparition de la technologie sans jamais mentionner le revenu a sauté la variable qui décide du résultat.

    Les courbes de coût. Elle écarte le scénario « on y arrive pour un millième » comme très peu probable. Il est déjà arrivé : le niveau GPT-3 est passé de 60 à 0,06 dollar par million de tokens en trois ans (a16z), et le prix pour une performance donnée baisse de 5 à 10 fois par an (MIT FutureTech). Le contrepoint honnête, qu’elle aurait pu utiliser contre moi, est que le coût d’usage à la frontière monte de 3 à 18 fois par an. Mais cette double dynamique détruit son scénario post-éclatement : après un krach, la demande bascule vers le palier bon marché, qui coûtera alors une fraction d’aujourd’hui.

    Le précédent télécom. Son affirmation la plus tranchée, que l’infrastructure ne servira à rien, se heurte au cas le plus proche. En 2000, Global Crossing et WorldCom ont fait faillite, la fibre posée est restée, elle a été rachetée pour presque rien et elle est devenue le socle de Netflix et YouTube dix ans plus tard. Factuellement, ses deux prémisses sont fausses : les serveurs s’amortissent sur 5 à 6 ans, pas 2 à 3, et la coquille, l’électrique et le refroidissement sur 20 à 40 ans, soit environ 40 % du capex (10-K Meta, Goldman Sachs). Et les GPU de datacenter ne servent pas qu’à l’IA générative : 276 des 500 machines du TOP500 sont accélérées, dont 62 encore en Ampere, et CoreWeave a des A100 sous contrat jusqu’en 2029.

    Enfin, aucune mention de la Chine, de la demande souveraine et militaire qui est insensible au prix, ni du scénario le plus probable : un krach de valorisation sans krach d’infrastructure.

    Le parti pris

    Il est déclaré, ce qui est à son crédit. L’introduction annonce un « modèle unifié, politiquement exploitable », et les étiquettes du billet affichent « intention/altérer ». Ce n’est pas une enquête, c’est un texte d’organisation politique, et elle ne le cache pas. Plusieurs marqueurs d’honnêteté intellectuelle sont rares dans ce genre : elle soutient explicitement le sauvetage bancaire de 2008, elle refuse la logique punitive, elle nomme le risque de récupération fasciste, elle se met en garde contre sa propre pureté, elle écrit que la suite lui donnera tort sur la temporalité.

    Reste que le texte est deux textes agrafés. L’analyse financière ne produit pas le programme de collectivisation, elle sert de ticket d’entrée. Et les erreurs vont dans les deux sens, sous-estimation du gain boursier et surestimation du hors bilan, ce qui suggère de l’approximation plutôt qu’une orientation délibérée. Bon signe pour la bonne foi, mauvais signe pour la fiabilité.

    Trois éléments de contexte utiles. L’autrice est Agate Berriot, créatrice de Funkwhale, développeuse autodidacte, sans expertise financière documentée, et c’est précisément la section financière qui est la plus faible. Son site sert délibérément du texte incohérent et des pièges à injection de prompt à tout client automatisé, ce qui signifie que ses chiffres ne sont auditables que par un lecteur qui clique ses liens à la main. J’ai donc vérifié sur le texte que tu m’as transmis, pas sur la source.

    Ce que j’en garderais

    Une seule chose, et elle est bonne : sa thèse du différentiel de cycles de vie. L’idée que la rentabilité sociale d’une infrastructure émerge de l’écart entre le rythme d’obsolescence du matériel, du logiciel et de l’usage est originale et exploitable. Corrigée des faits, elle ne dit plus « il n’y a pas d’infrastructure » mais « le différentiel est plus mince que pour le rail, donc les rendements sont plus minces ». C’est plus défendable, plus intéressant, et c’est un angle que je n’ai vu nulle part ailleurs.

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