On pourrait croire que j’ai un creuche tant je la cite, mais force est de constater que j’adore son blog !! Et Stenia signe là encore un texte dont je me sens fort fort proche. Pourquoi s’arrête-t-on au miroir aux alouettes, et on s’en satisfait en apparence, tout en nourrissant une fringale sisyphienne ? Toujours plus de FOMO1, toujours moins de concrétisation… Peut-être une forme de protection pour des gens devenus très fragiles ou juste le règne de l’apparence ?
[…] La vraie question, ce n’est pas pourquoi on scrolle. C’est pourquoi ça nous fait un bien fou d’acheter des chaussures de running qu’on ne mettra jamais.
J’ai un carnet Moleskine vierge depuis trois ans. Vierge. Zéro page. Je l’ai acheté un jour de crise existentielle légère, dans une papeterie, en me disant « cette fois je vais écrire ». Il est toujours dans mon sac. Il pèse. Il me suit partout comme une dette. Et le truc dingue, c’est que même vide, même jamais ouvert, ce carnet me rassure. Il est la preuve matérielle que quelque part, dans une timeline parallèle, il existe une version de moi qui tient un journal tous les soirs à la bougie. Cette version-là n’existe nulle part sauf dans mon sac, sous forme d’un objet à 14 euros.
On ne vit pas nos vies. On les collectionne en pièces détachées. […]
C’est ça le vrai crime de notre époque, à mon avis. Pas qu’on scrolle trop. C’est qu’on a rendu la potentialité plus confortable que l’expérience. Posséder les accessoires d’une vie procure une satisfaction chimique quasi identique à celle de vivre cette vie, sauf que ça ne prend aucun risque, aucun échec, aucun dimanche pluvieux où le running, en vrai, c’est chiant et tes genoux font mal.
Je suis pas en train de te faire la morale, hein. J’ai autant de tabs ouverts que toi. Genre littéralement, en ce moment, j’ai 43 onglets ouverts sur mon ordinateur, et je sais que dans le tas il y a un article sur « comment apprendre le morse » que j’ai ouvert en septembre. On est en juillet. Le morse attend toujours. Il attendra encore longtemps, je pense, vu la tendresse toute particulière que j’ai pour ne jamais fermer un onglet par peur de perdre « l’accès » à une version de moi qui saurait envoyer un SOS en morse le jour où la civilisation s’effondre.
On ne lit plus. On performe le fait d’être quelqu’un qui lit. On empile les livres, on les photographie sur l’étagère avec la lumière parfaite, on capture l’image d’une bibliothèque qui raconte « voici quelqu’un de cultivé, de posé, qui prend le temps », et on n’a pas ouvert la moitié des bouquins. […]
Alors ouais, on accumule les vies possibles comme d’autres accumulent des figurines. Une étagère entière de « moi que je pourrais être ». Celle qui court, celle qui lit, celle qui prépare l’apocalypse, celle qui écoute de la musique attentivement dans un vrai fauteuil avec un vrai casque et pas en fond sonore pendant qu’elle répond à des mails. Toutes ces versions existent sous forme d’objets achetés et jamais activés, comme une armée de doublures qui n’entreront jamais en scène.
Et le pire, c’est que je crois qu’on préfère ça, au fond. Parce qu’une vie qu’on vit vraiment, ça s’use, ça déçoit, ça se salit, ça finit par ne plus ressembler à la photo Pinterest. Alors qu’une vie qu’on garde au stade de potentiel, elle, reste intacte pour toujours. Increvable. Toujours aussi belle dans sa boîte fermée.
Sorry I’m late, I was being dramatic par Stenia

C’est abominablement vrai!
Je vais de ce pas fermer au moins 10 onglets pas lus depuis au moins août dernier et ce soir promis j’écris dans mon petit carnet! PROMIS! Ou demain, si j’y arrive pas ce soir!
Le prochain article est sur la procrastination !!!
(Nan j’rigole !
)
je peux en préparer un si tu veux!
J’imagine que tu as déjà pas mal de matériel sous la main.
Je me suis séparée de la moitié de mes bouquins il y a quinze ans quand j’ai réalisé que Sartre et Norbert Elias sur mes étagères, c’était surtout pour l’image que ça me renvoyait. Oui j’avoue.
Donc, exit les Billy bien en vue dans mon salon, et vive les bouquins, souvent trouvés dans des BAL, qui s’entassent désormais à côté de mon lit.
Pas mal le blog dont tu parles, je viens de le rajouter à mon flux, merci.
Ah mais moi je continue à les utiliser exactement comme ça, j’ai honte, mais je continue !! Cela fait tellement bien !!!
C’est marrant, parce que moi j’ai détesté ce billet :D
C’est à cause de ce « on ». Tout le long j’avais envie de dire « parle pour toi ! » Je vois qu’ici pas mal de gens s’y reconnaissent, donc j’imagine que ça le justifiait !
Mouahahahahah, c’est une réaction tout à fait légitime. C’est le langage du blog pour moi d’y aller avec une grande assertivité, et là j’avais plus l’impression d’écouter une copine. Mais donc c’est plus facile à recevoir lorsqu’on se sent à l’unisson.
Vive la différence !
Je proteste : mes multiples chaussures de running je les utilise, je les use. Et quand elles ont perdu leur élasticité je les termine en chaussures de la vie de tous les jours. Vieille école, moi ?
Oui mais toi t’es une accro à la course à pied !!!
Alors pour les chaussures je rame tellement pour en trouver des qui vont bien que je les porte, et je n’ai qu’une paire de running qui sert une fois par semaine. Mais …le carnet dans le sac..c’est moi! Bon il est presque vierge mais bon je me le traîne oui . 3 onglets ouverts seulement mais depuis plusieurs semaines ! Les suivants je le referme..pour le moment. L’idée générale me semble très juste en tout cas.
C’était bien aussi sur l’idée générale que j’ai percuté. Je n’ai ni chaussures de running, ni carnet dans mon sac !!
A moins que je ne sois en train de me cacher derrière un gros tronc d’arbre, ça ne résonne pas en moi. J’allais d’ailleurs m’acheter un « nouveau sac de sport » pour me remotiver à aller au sport, mais j’ai finalement décidé de l’acheter une fois que je m’y serai remis ;) ca doit être l’âge, ou l’expérience aussi huhuhu
On est juste tous différents.
)
(Regarde sur le commentaire, j’ai posté un gif en plus.