Illustration de Joan Cornellà.

Complices et compromis

J’ai vraiment bien aimé cette notion de complicité et compromission car c’est aussi ce avec quoi je me bats depuis des années. J’irai même encore plus loin, car c’est ce que je décrie qui est sans doute à l’origine même de ma capacité d’émancipation. C’est à dire que c’est une certaine idée d’une société que je honnis qui m’a donné les clefs et les ressources pour la penser ainsi, de manière critique. Et c’est sans doute une de ces vertus, il ne faut pas l’oublier. Elle sera un peu plus vertueuse quand elle saura aussi évoluer, s’améliorer et progresser sans se révolutionner (pour éviter de jeter le bébé et l’eau du bain), mais se transformer vers un meilleur. Mais c’est justement cela qui est peut-être impossible ?

Nous tous. Nous… sans exceptions.

I love my job. I make a great salary, there’s a clear path to promotion, and a never-ending supply of cold brew in the office. And even though my job requires me to commit sociopathic acts of evil that directly contribute to making the world a measurably worse place from Monday through Friday, five days a week, from morning to night, outside work, I’m actually a really good person.

I Work For an Evil Company, but Outside Work, I’m Actually a Really Good Person. Emily Bressler. 12 novembre 2025.

Cela fait mal. Cela met du poil à gratter là où il faut. Cela replace le sujet au bon endroit. Ce n’est pas un abandon, ni une généralisation. C’est le problème fondamental qui est sous-jacent à toutes nos critiques du système capitaliste. Nous sommes tous complices et compromis. C’est le bon point de départ pour penser à ce que nous devons changer. Toute position de la vertu est vouée à l’échec. Il est impossible d’être vertueux dans le monde courant à moins d’être hors-système. Bon courage dans un monde globalisé. La complicité est une arme beaucoup plus efficace dans la réforme des institutions. Je suis compromis donc je dois penser le changement pour l’être moins.

Mon cœur a bondi par Karl

Saurais-je donc me faire du mal à moi-même pour le bien commun ou pire celui d’autrui ? Les nobles qui soutenaient l’égalité des citoyens pendant la révolution française contre leurs propres privilèges, avaient-ils raison ? Et dans raison, il y a évidemment rationalité et morale, mais aussi intérêt ? Leurs vies ont-elles été plus fécondes ensuite ? Peut-être pas, mais ont-ils au moins mieux dormi la nuit ?

En tout cas, je n’aime pas non plus du tout les positions de vertu et les exemples à donner en partant de soi. Et heureusement que l’on peut aussi réfléchir et élaborer une société plus juste tout en se tirant une balle dans le pied. C’est certes plus difficile, mais c’est cela les Lumières.

Et de l’autre côté du spectre, je tombe là-dessus. L’article évoque une toute nouvelle génération de tech bros qui vont à SF pour essayer de percer dans le business de l’IA, à peu près comme on entre en religion… Ils sont dans des neo-ashrams et vibe-codent1 dans une ambiance ascétique les futurs catastrophes planétaires2 avec en plus cette conviction intime de fin du monde. Cela me rappelle ce qu’un ancien collègue et pote m’avait dit dans le tout début des années 2000 : « Nan mais tu sais moi, je m’en fous si la moitié du monde crève, tant que je suis dans la bonne moitié. »

Et dans tout ça, bah chuis paumé, je ne sais plus comment je m’appelle. Ah si, Matoo ou Mathieu selon les dimensions et univers parallèles dans lesquels j’évolue. ^^

  1. Ce sont les développeurs qui utilisent des IA pour majoritairement écrire leur code informatique. ↩︎
  2. En vrai, ils essaient de concevoir des services basés sur l’IA, la couche d’après quoi… Et bien sûr dans aucune conception éthique ou morale : en mode El Dorado… Et c’est finalement très proche des bulles internet d’il y a vingt ans dans la Silicon Valley. ↩︎

2 réflexions au sujet de « Complices et compromis »

  1. Pour ta définition de « vibe coder » (j’ai écrit « vide coder » à la première passe, lapsus révélateur, tout ça…), c’est encore plus large, ça va bien au-delà des développeurs.
    J’ai vu un « community manager » se construire un tableau de bord sans trop savoir si les calculs sont corrects, un responsable commercial générer un serveur MCP et l’envoyer à l’équipe Tech convaincu que sa création serait adoptée telle quelle, une équipe marketing créer un site évènementiel temporaire sans savoir comment remplacer le mauvais logo, etc.

    Si tu pousses la réflexion au paroxysme, on peut imaginer (cauchemarder) un futur où il n’y a plus d’applications toutes faites et téléchargeables, car tout le monde génère à la volée des applications personnalisées et jetables, qui seront suffisantes pour leur besoin de l’instant.
    « Génère un compteur Pomodoro avec des photos de mon chat en illustrations de fond », « Donne-moi une application plein écran pour une recette de pâtes au pesto, avec une belle image pour chaque étape et une musique italienne apaisante à la manière de Paolo Conte », etc.

    Pour continuer dans le sens de l’article satirique de McSweeney’s, mais sans la satire, j’ai lu hier cet article qui résume assez bien les choses je trouve : https://joshcollinsworth.com/blog/sloptimism

    Pas glop le slop.

    1. Oui tu as raison pour le vibe-coding, mais d’ailleurs je ne jette pas tout à ce sujet. Par exemple avec mes histoires de NAS et de prise en main de mes outils cloud, je n’aurais pas réussi sans le recours à l’IA… L’analyse des logs de containers défectueux pour obtenir le bon paramétrage, purée ça marche vraiment très bien. Et donc je fais le vibe-connard de base avec ça moi aussi. :triste: :gene:

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