Arthur Perret propose un très bon papier qui évoque lui-même des liens récents faisant le point sur l’IA qui réduit concrètement des quantités de jobs, mais qui diminue aussi l’expertise des postes en question. C’est d’ailleurs assez incohérent avec le fait de devoir vérifier ce qui est créé par les IA génératives. Et au-delà aussi, les experts ont d’abord été des non-experts qui ont appris en faisant, mais comme on ne fait plus, alors comment devient-on expert et vérificateur ?
Il cite deux articles que j’ai trouvés absolument passionnants, avec Frédéric Lordon du Monde Diplo qui revient sur des considérations très sociologiques mais plutôt parlantes sur l’explication marxiste de ce que l’IA est en train de faire à notre tissu économique. Et on peut aussi découvrir un article tout à fait indispensable de Régis Portalez qui contribue à un blog collaboratif de polytechniciens. L’auteur explique comme il a lui-même changé de vie, et invite à devenir plombier ou usineur, les seuls types d’emploi ou on ne sera pas *encore* trop concurrencés par la robotisation, mais pas de souci l’ubérisation passera bien avant.
Plusieurs personnes témoignent des récentes grandes améliorations dans la qualité des modèles permettant de faire du dév, et indéniablement, avec la motivation capitaliste à extirper de la valeur, même si ça détruit tout sur son passage (hommes et environnements), cela marche déjà très bien et de mieux en mieux. Tristan Nitot évoque même un petit effet de bord positif selon lui, mais avec tellement de caveats qu’il est difficilement défendable ou possiblement généralisable. En revanche, cela montre bien l’inexorable conquête de la technologie, et pour le moment très peu de relais de croissance (mais ce n’est pas pour cela qu’ils n’arriveront pas, Inch Allah).
Ploum vient de taper très fort pour moi avec cet article qui en quelques lignes décrit de manière diablement efficace et limpide, la manière dont le trio capitalisme, IA et éducation s’articule. Evidemment c’est un brin cynique, mais ça me paraît, au-delà de la vue de l’esprit, une mécanique plutôt implacable. Et je ne peux que souscrire à sa description des personnes qui s’imaginent échapper à ce contrôle grâce à leur groupe Facebook « anticapitaliste » ou un groupe Whatsapp « centrale d’achat solidaire du quartier ».
D’ailleurs je suis obligé de vous coller tout le post car c’est trop important pour moi :
Le capitalisme n’a pas créé le système éducatif par humanisme, mais parce qu’il avait besoin d’employés qualifiés pour produire de la croissance. L’automatisation ayant détruit la culture de l’artisan et de l’ouvrier, raison du combat des luddites, une large population se trouvait réduite à se mettre au service des machines.
Mais les progrès de l’automatisation rendaient ce besoin de servants peu qualifiés de moins en moins nécessaire tout en nécessitant des personnes comprenant les machines afin de les entretenir et de les améliorer. Un système éducatif s’est donc naturellement mis en place dans les sociétés capitalistes, créant une élite intellectuelle dévouée au capitalisme.
Mais cette suréducation a créé trop de citoyens critiques qui remettent en cause les principes mêmes de la croissance infinie, notamment à cause des limites écologiques.
Face à cette suréducation, les guerres, les menaces de tout ordre et le totalitarisme politique permettent de restreindre l’éducation ou, a minima, de détourner l’attention. L’éducation informatique est la principale cible, car l’informatique est devenue la colonne vertébrale de la société capitaliste. Ne pas comprendre les enjeux informatiques rend même les citoyens les plus engagés totalement impuissants.
La promesse de l’IA, c’est justement de diminuer le besoin d’éducation tout en gardant un degré de production équivalent. Tout employé peut redevenir une main-d’œuvre peu qualifiée et interchangeable. L’IA est un Fordisme intellectuel.
Car les monopoles, la surveillance permanente, la consommation, l’érosion des droits et l’IAfication du travail ne sont que des outils pour garder les citoyens sous contrôle et dans les rails du capitalisme de production.
Et si ces citoyens s’imaginent échapper à ce contrôle grâce à leur groupe Facebook « anticapitaliste » ou un groupe Whatsapp « centrale d’achat solidaire du quartier », c’est encore mieux ! C’est plus subtil ! De toute façon, ils bossent la journée pour Microsoft et se contentent d’une image du monde générée par Google ou Meta.
Leur vie professionnelle est asservie par Microsoft, leur vie privée par Meta/Facebook et leurs centres d’intérêt sont contrôlés par Google. Maintenant que les humains sont définitivement ferrés, il est temps de réduire progressivement leur degré d’éducation et de connaissance afin d’améliorer leur servilité.
Toujours la même histoire, je continue de m’interroger quasi-quotidiennement sur cette satanée IA générative, et je lis des tas d’articles, et en ce moment : beaucoup de développeurs qui réfléchissent aux transformations de leur métier avec cette technologie. On n’est moins dans un tableau complètement noir ou manichéen, même si tout le monde s’accorde sur le fait que ça fait … Continuer la lecture On dit oui ou on diverge ?
On entend de plus en plus de plaintes de contributions bancales à des solutions open-source, et ça donne des contributeurs à la fois submergés et découragés. Mais au début c’était surtout des gens qui utilisaient les LLM en croyant bien faire, et en voulant apporter leur pierre de cette manière au développement ou débogage d’un logiciel. J’imagine que petit à … Continuer la lecture L’agent Smith entre dans la danse
On se pose tout le temps cette question lorsqu’on travaille pour un grand groupe, que ce soit pour Total et sa conscience écologique, Dassault et sa conscience pacifiste ou Microsoft et sa conscience informatique ( ). Et je crois que cela s’est posé de tout temps, mais clairement dans notre société, où le secteur tertiaire est dominant, la problématique actuelle de l’appartenance à des entreprises qui conçoivent les logiciels qui servent à asservir des peuples n’est pas une mince affaire.
Et aux USA, comme ailleurs, ces secteurs technologiques sont/étaient largement composés d’employés islamogauchistes du Wokistan, tout comme votre serviteur. Cela n’a pas changé en un claquement de doigts, malgré l’irruption visible (car elle grignote tout ça en réalité depuis des décennies) de bons droitards réacs à la tête de grands groupes « tech ». Ils ne sont pas tant des militants d’ailleurs que de simple vendus inféodés aux plus forts ou aux élus de ce mandat-ci.
The Verge évoque ci-dessous des employés américains de plusieurs entreprises qui sont connues pour aider ICE à fonctionner (comme Capgemini également, entreprise française), et donc à traquer et expulser des gens.
“I work at Google; it’s the forefront of AI,” the YouTube employee said. “I grew up with the internet being this information superhighway, this tool of empowerment, and this amazing equalizer. Things have been nuanced and not exactly all a utopia, but I continue to believe that technology is empowering. But I see what’s happening with the administration, and all the coziness between tech companies and the administration, and I wonder, ‘What future are we building towards now?’ People are scared about what AI is going to become. The association with Trump — does that mean AI is going to become a tool of state repression? What are we really working on? What is the future that tech is shaping right now?”
The Microsoft Azure employee said she feels like a lot of tech workers are wearing a mask, smiling and going along with the protocol, but that in person, they can be more honest with those that they trust in the office. She said she found a Post-it note — which was viewed by The Verge — hidden in a meeting room that read, “I feel completely useless here, how ’bout you?”
“I think that speaks to the culture of at least Microsoft, but I think it’s happening at all of the tech companies right now,” she said.
« Je travaille chez Google ; c’est l’avant-garde de l’IA, » a déclaré un employé de YouTube. J’ai grandi avec Internet comme cette autoroute de l’information, cet outil d’émancipation et cet incroyable outil accessible de manière équitable. Les choses se sont avérées plus nuancées et pas exactement utopiques, mais je continue de croire que la technologie a un pouvoir d’émancipation. Pourtant, je vois ce qui se passe avec l’administration, toute cette proximité entre les entreprises technologiques et le pouvoir, et je me demande : “Quel avenir sommes-nous en train de construire aujourd’hui ?”
Les gens ont peur de ce que l’IA est en train de devenir. L’association avec Trump — est-ce que cela signifie que l’IA va devenir un outil de répression institutionnelle ? Sur quoi travaillons-nous vraiment ? Quel est exactement le futur que la technologie est en train de façonner ?
Une employée de Microsoft Azure a dit qu’elle avait l’impression que beaucoup de travailleurs du secteur technologique portaient un masque, sourient et suivent le protocole, mais qu’en off, ils peuvent être plus honnêtes avec les collègues en qui ils ont confiance. Elle a raconté avoir trouvé un post-it — que The Verge a également vu — caché dans une salle de réunion, sur lequel était écrit : « Je me sens complètement inutile ici, et toi ?
« Je pense que cela reflète la culture, au moins chez Microsoft, mais je crois que c’est quelque chose qu’on retrouve en ce moment dans toutes les entreprises technologiques » a-t-elle ajouté.
Ploum donne des cours à l’École Polytechnique de Louvain, et il explique son protocole pour les examens à ses élèves (article en anglais). J’aime beaucoup sa démarche, et la grande liberté apparente dans un processus aussi inventif et flexible, mais aussi la réaction des élèves, et les résultats ou apprentissages qu’il en tire sur sa propre méthode pédagogique (apparemment en constante amélioration ou adaptation).
Je découvre ce magnifique site web [Via Thierry Crouzet] qui documente de manière géniale les technologies qui ont fait et continuent de faire le web que nous connaissons, utilisons et aimons. Et l’article qui était lié par Thierry est absolument passionnant, et il est quelque part encore porteur d’un brin d’espoir. On the one hand information wants to be expensive, … Continuer la lecture Information wants to be free
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