Pillion

3.0 out of 5.0 stars

J’ai vraiment du mal à croire que ce film ait pu avoir le prix du scénario, alors que c’est justement pour moi ce qui cloche. Mince alors. Parce que c’est un film plutôt sympathique et qui se laisse regarder, et qui a le grand mérite de montrer et expliquer les arcanes d’une relation domi-soumis, mais au-delà de cela je trouve ça un peu plat. Et j’ai trouvé que l’insistance sur des scènes de cul ou des épisodes SM assez anecdotiques faisait un peu trop voyeurisme, parce que justement sans rapport avec une intrigue ou une narration spécifique.

Or, je peux comprendre l’intérêt quasi pédagogique, voire émancipateur, de montrer et expliquer une relation BDSM, et même dans la subtilité des sentiments amoureux qui peuvent se déployer, ou pas du tout. Mais quand ce n’est que cela, bah c’est presque plus un docufiction qu’un film quoi. Et pourtant on suit tout de même avec plaisir l’histoire de Colin (l’excellent Harry Melling qui depuis son rôle de Dudley dans Harry Potter a prouvé qu’il était un très bon comédien) qui est un petit pédé coincé chez ses parents, et engoncé tristement dans une petite vie solitaire et sans amour.

Il rencontre par hasard Ray (Alexander Skarsgård qui joue toujours correctement, mais sans plus, les scandinaves sans émotion, les vampires sexy ou les robots-tueurs ^^ ) qui est un biker domi, et qui va initier Colin à un rôle de soumis parfaitement consentant. C’est cool car le film expose assez précisément les composantes d’une telle relation, tout en montrant l’accomplissement et le bonheur qui peut en être tiré. On comprend donc, sans forcément y adhérer pour soi-même, comment l’épanouissement peut avoir lieu dans une telle relation de soumission/domination.

Et on trouve le moment de comédie que l’on peut attendre d’un tel film avec les parents de Colin qui tente de comprendre cette relation amoureuse singulière. Mais le film ne fait qu’effleurer différents genres sans bien vraiment embrasser quelque chose. Donc c’est parfois drôle mais ce n’est pas une vraie comédie burlesque. C’est une sorte d’intrigue amoureuse, mais on en fait vite le tour, et le personnage de Ray reste trop mystérieux, alors qu’il y avait là sans doute un vrai intérêt à développer le scénario.

Non, il ne reste vraiment que du voyeurisme parfois très gratuit, et l’incongruité voulue de nous montrer le couple le plus mal assorti du monde, mais lié par cette relation SM tout aussi exotique et décalée. Alors cela reste un moment plutôt sympa, mais un peu trop léger et superficiel pour moi. Donc vraiment ce prix du scénario vaut peut-être sur l’originalité du thème (il est vrai peu traité comme cela), mais pas pour la profondeur de l’intrigue selon moi…

5 réflexions au sujet de « Pillion »

  1. Je suis d’accord sur le scénario pas foufou mais par contre j’ai eu une lecture différente du film. Pour moi ça montre une relation abusive déguisée (et marketée) sous l’étiquette « kink ».
    Les limites ne sont jamais établies (qu’est-ce qui veulent faire ou pas, et jusqu’où), il n’y a jamais d’aftercare.
    La scène avec les parents est justement hyper malaisante parce que cette relation « domi-soumi » ne devrait pas être emmenée à la table familiale (sauf consentement préalable).
    Et puis les quelques moments drôles étaient tous dans la bande annonce…
    Bref, je ne reverrai jamais ce film :D

    1. Oh je te suis Antoine, car j’ai ressenti aussi ce truc d’abus en alternance avec le côté SM. En fait, à un moment je me suis dit que c’était un troc : j’accepte l’asservissement car c’est le quid pro quo pour obtenir l’attention de ce mec canon, et c’est une vraie transaction pour un mec dépeint comme *imbaisable*. Et j’ai relativisé ensuite avec la manière dont Colin embrasse aussi le concept SM. Mais j’ai gardé aussi cette amertume en arrière-goût. *Le privilège de la beauté permet aussi d’asservir un mec moche.*

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