La boucle est bouclée

Cela m’a fait sourire car j’ai d’abord lu l’article [via Louis Derrac] sans savoir qui était l’auteur, et petit à petit, je me suis dit oh mais je dois forcément connaître ce type, et puis j’ai compris qu’il s’agissait de Grégory Pouy. Hu hu hu. Mais force est de constater que je suis d’accord avec son récit de l’histoire et ses conclusions actuelles. Mais si LUI, il en arrive là, alors que c’est que vraiment les réseaux sociaux, en effet c’est bel et bien fini. Alors ça ne veut pas dire que tout le monde va abandonner en masse bien sûr, mais ce qu’on appelle « réseau social » a complètement perdu son sens et sa « zone d’usage ».

C’est toujours Thierry Crouzet qui en parle le mieux en décrivant sa défection de ces réseaux d’ailleurs.

J’avais perdu cette habitude, et ma faiblesse me rappelle combien la tentation est puissante, bien que je m’en préserve pour l’essentiel, ayant disparu des réseaux sociaux privatifs (propriétés d’entreprises) et emprisonnants (on ne peut les quitter en emportant ses contacts) — les fameux silos sociaux, qui ont vidé la notion de « réseau social » de sa substance pour ne servir que des objectifs financiers, voire politiques.

Extrait de Le livre étouffe dans les silos sociaux de Thierry Crouzet

Et c’est d’ailleurs drolatique de le voir asticoter une maison d’édition pour son usage des dits réseaux.

J’aime bien quand la sérendipité des Internets me fait se rencontrer comme cela deux avis convergents de deux sources très divergentes dans l’essence même des types de contribution et modes opératoires de leurs auteurs.

L’effondrement intérieur

Cela me gêne à chaque fois de faire un lien vers un article aussi touchant, mais souvent c’est qu’ils sont bien écrits, et qu’ils m’interpellent à tant de niveaux. Et celui-ci est ciselé, quand je le lis, d’une manière si intense et délicate que je devais le partager.

Ça fait des mois que je bataille avec une forme d’effondrement intérieur pas très maîtrisable, sans savoir pourquoi. Pourquoi j’ai l’impression d’aller plus mal que quand j’avais de gros problèmes ? Pourquoi je me sens en paix avec moi et pas avec ce concept étrange qu’est la vie ?
[…]
Je ne sais pas si c’est vraiment ça, la cause de ces moments où je me suis demandée à quoi ça servait, au juste, d’être vivante. Mais je crois, au moins en partie. On verra bien.

Extraits de l’article Contrecoup de Sacrip’Anne

Une phrase, une ligne

Marrant ce conseil de Cesar [via Morgan] pour améliorer son niveau d’écriture : il faudrait écrire chaque phrase sur une ligne. Ensuite, il faut essayer de varier la longueur des phrases (dont la taille est ainsi mise en exergue) pour donner du rythme. Et surtout, il faut bien se concentrer sur les débuts et fins de phrase pour essayer de commencer par un « boom » (un effet marquant) et finir par un « punch » (un impact fort). Au-delà du conseil qui ressemble à la rédaction d’un slogan publicitaire, je pense que ça doit tout de même aider à s’améliorer. ^^

De la victoire de Linux en catimini

Linux a gagné la partie [via Seb Sauvage] !! Et c’est une telle vérité à la fois factuelle et philosophique ! Ce qui est fou c’est que c’est tellement contre-intuitif par rapport au monde capitaliste dans lequel nous vivons, où l’on mesure le succès à l’aune du profit dégagé. Bah là, c’est subtil mais c’est un vrai truc hybride. C’est assez beau. Un peu comme Wikipédia, malgré ses déboires.

Linux didn’t win the way anyone expected. There was no dramatic moment where Ubuntu overtook Windows on the desktop. No press conference. No champagne. Linux won the way open source always wins — gradually, relentlessly, by being better at the things that matter most to the people building the future.

It won because it was free, and startups with no budget could build their entire infrastructure on it. It won because it was customizable, and engineers could tune it for everything from a tiny IoT sensor to the world’s fastest supercomputer. It won because it was open, and thousands of companies and millions of developers could contribute to and benefit from the same shared foundation. It won because it was reliable, and system administrators could trust it to run for years without a reboot. It won because it was secure, and organizations handling sensitive data needed something they could audit and verify.

It won not despite being open source, but because of it.

Linux Won, and Nobody Noticed par Jun

Linux n’a pas gagné de la manière dont on pouvait s’attendre. Il n’y a pas eu de moment spectaculaire où Ubuntu aurait dépassé Windows pour les ordinateurs de bureau. Pas de conférence de presse. Pas de champagne. Linux a gagné comme l’open source gagne toujours — progressivement, inexorablement, en étant meilleur sur les aspects qui comptent le plus pour ceux qui construisent le futur.

Il a gagné parce qu’il était gratuit, et que des startups sans budget pouvaient bâtir toute leur infrastructure dessus. Il a gagné parce qu’il était personnalisable, et que les ingénieurs pouvaient l’adapter aussi bien à un minuscule capteur IoT qu’au supercalculateur le plus rapide du monde. Il a gagné parce qu’il était ouvert, et que des milliers d’entreprises et des millions de développeurs pouvaient contribuer à une base commune et en tirer parti. Il a gagné parce qu’il était fiable, et que les administrateurs systèmes pouvaient lui faire confiance pour fonctionner pendant des années sans redémarrage. Il a gagné parce qu’il était sécurisé, et que les organisations manipulant des données sensibles avaient besoin d’un système qu’elles pouvaient auditer et vérifier.

Il n’a pas gagné malgré son caractère open source, mais grâce à lui.

Je lis aussi cette nouvelle linuxienne avec Ubuntu qui lève un tabou pour s’ouvrir à un peu plus de monde ou du moins à des usages devenus universellement répandus. Et c’est vrai que ça m’a surpris aussi la première fois que j’ai ouvert une console (le fait que l’on tape son mot de passe sans curseur, dans le noir absolu), mais on s’y fait super bien, et donc je ne comprends pas trop ce mouvement. Après, il faut aussi accepter les changements, et on pourra toujours revenir en arrière sans tabou aucun. ^^

Le syndrome du blogueur tari

Manu a un coup de mou et il devise sur un des sujets classiques et récurrents pour le blogueur : on parle de quoi, comment, pourquoi, pour qui. Et c’est aussi pour lui associé à la disparition des blogopotes qu’on avait l’habitude et le plaisir de lire, et avec qui échanger ou rebondir sur des articles, et se donner aussi l’idée d’écrire à son tour. Il y a également toujours cette interrogation sur la vie privée et la manière d’étancher ses désirs d’écriture de soi tout en prenant soin de soi. Cela m’a rappelé cet article où je devisais moi-même surtout sur ce comble de vouloir être lu mais ensuite être limité par cette « reconnaissance ».

Il ne faut en réalité pas se poser la question, et juste écrire, écrire. ^^

WordPress, l’IA générative et Lacan

Voilà un passionnant article de Benjamin Thiry qui rebondit sur Romain Leclaire qui lui-même explique la manière dont WordPress se met à l’IA pour emmerdifier un peu plus le net. Ce qui m’a intéressé c’est le lien avec la psychanalyse en prenant le concept du schéma L de Jacques Lacan (dont j’ignorais absolument l’existence, mais qui est, je trouve, vraiment bien vulgarisé ^^ ).

Vingt ans de diffs dans les yeux plutôt que vingt ans de code dans les doigts

Pour une fois un article en français sur le sujet du développement informatique et de l’IA générative [via Morgan], et c’est assez bien écrit et universel pour que ça puisse, je pense, toucher au-delà de cercles initiés. J’ai trouvé drôle que le commentaire de celui qui a partagé soit finalement un peu différemment de ma propre lecture. C’est à dire que, oui, l’auteur craint autant les IA pour les futurs dévs, qu’il a l’air de les utiliser et maîtriser carrément pas mal lui-même. Mais sa conclusion c’est plutôt sur la possibilité d’une évolution des métiers vers l’analyse de « diffs » (il s’agit de la mise en avant de ce qui a été changé dans le code, par petits morceaux fonctionnels, souvent dans une autre couleur pour que ça ressorte bien, et qu’on comprenne facilement la différence entre avant/après). Et il met bien en avant l’immense difficulté avec le code généré de faire la différence entre le bon grain et l’ivraie, justement parce que c’est tout aussi crédible et bien commenté ou documenté.

Et c’est marrant mais j’ai exactement les mêmes difficultés en ce moment quand je relis des textes qui ont été générés avec de l’IA Gén dans le boulot. Cela me demande 5 à 10 fois plus d’attention et de relecture pour traquer les erreurs ou incohérences. Le bilan global est positif (en productivité), mais cette tâche qui pouvait être juste une légère relecture devient cruciale. Et clairement, comme pour la lecture de « diffs », on n’apprend pas de la même manière en pratiquant ainsi.

Un vaccin pour l’hiver ?

Oh là là, cette description d’une trouvaille d’un vaccin « universel » (en tout cas des premières expérimentations qui ont donné quelques résultats) [Via Thierry Crouzet] qui permettrait de passer par exemple l’hiver sans les virus saisonniers, mais aussi les infections nosocomiales ou l’asthme… Super intéressant et prometteur !

Impacts actuels de l’IA Gen sur le monde éducatifs

L’article est vraiment édifiant [Via Morgan], mais je sais que ce n’est qu’un papier de plus sur le sujet… Là tout de même, c’est fascinant de voir que l’adoption est déjà très bien enclenchée, et autant du côté des étudiants que des profs que des structures pédagogiques, avec un mélange de probité, droiture mais aussi donc tricherie éhontée et escroquerie pédagogique en retour. Le truc paraît inextricable…

Siamo tutti antifascisti

Cette émission d’À l’air libre par Mathieu Magnaudeix est particulièrement importante à consulter. C’est encore une fois un travail ultra sérieux et documenté, et ce qui est en train de nous arriver est plus que jamais limpide et terriblement devant notre porte. « Toutes les vannes ont lâché » et le fascisme est déjà, rampant, grignotant et progressant dans l’ombre, bien installé dans les mentalités avant de gagner plus avant nos institutions.

Purée. Mais que faire ?

La fin des IAricots !

Arthur Perret propose un très bon papier qui évoque lui-même des liens récents faisant le point sur l’IA qui réduit concrètement des quantités de jobs, mais qui diminue aussi l’expertise des postes en question. C’est d’ailleurs assez incohérent avec le fait de devoir vérifier ce qui est créé par les IA génératives. Et au-delà aussi, les experts ont d’abord été des non-experts qui ont appris en faisant, mais comme on ne fait plus, alors comment devient-on expert et vérificateur ?

Il cite deux articles que j’ai trouvés absolument passionnants, avec Frédéric Lordon du Monde Diplo qui revient sur des considérations très sociologiques mais plutôt parlantes sur l’explication marxiste de ce que l’IA est en train de faire à notre tissu économique. Et on peut aussi découvrir un article tout à fait indispensable de Régis Portalez qui contribue à un blog collaboratif de polytechniciens. L’auteur explique comme il a lui-même changé de vie, et invite à devenir plombier ou usineur, les seuls types d’emploi ou on ne sera pas *encore* trop concurrencés par la robotisation, mais pas de souci l’ubérisation passera bien avant. ^^

Plusieurs personnes témoignent des récentes grandes améliorations dans la qualité des modèles permettant de faire du dév, et indéniablement, avec la motivation capitaliste à extirper de la valeur, même si ça détruit tout sur son passage (hommes et environnements), cela marche déjà très bien et de mieux en mieux. Tristan Nitot évoque même un petit effet de bord positif selon lui, mais avec tellement de caveats qu’il est difficilement défendable ou possiblement généralisable. En revanche, cela montre bien l’inexorable conquête de la technologie, et pour le moment très peu de relais de croissance (mais ce n’est pas pour cela qu’ils n’arriveront pas, Inch Allah).

Améliorer la servilité

Ploum vient de taper très fort pour moi avec cet article qui en quelques lignes décrit de manière diablement efficace et limpide, la manière dont le trio capitalisme, IA et éducation s’articule. Evidemment c’est un brin cynique, mais ça me paraît, au-delà de la vue de l’esprit, une mécanique plutôt implacable. Et je ne peux que souscrire à sa description des personnes qui s’imaginent échapper à ce contrôle grâce à leur groupe Facebook « anticapitaliste » ou un groupe Whatsapp « centrale d’achat solidaire du quartier ».

D’ailleurs je suis obligé de vous coller tout le post car c’est trop important pour moi :

Le capitalisme n’a pas créé le système éducatif par humanisme, mais parce qu’il avait besoin d’employés qualifiés pour produire de la croissance. L’automatisation ayant détruit la culture de l’artisan et de l’ouvrier, raison du combat des luddites, une large population se trouvait réduite à se mettre au service des machines.

Mais les progrès de l’automatisation rendaient ce besoin de servants peu qualifiés de moins en moins nécessaire tout en nécessitant des personnes comprenant les machines afin de les entretenir et de les améliorer. Un système éducatif s’est donc naturellement mis en place dans les sociétés capitalistes, créant une élite intellectuelle dévouée au capitalisme.

Mais cette suréducation a créé trop de citoyens critiques qui remettent en cause les principes mêmes de la croissance infinie, notamment à cause des limites écologiques.

Face à cette suréducation, les guerres, les menaces de tout ordre et le totalitarisme politique permettent de restreindre l’éducation ou, a minima, de détourner l’attention. L’éducation informatique est la principale cible, car l’informatique est devenue la colonne vertébrale de la société capitaliste. Ne pas comprendre les enjeux informatiques rend même les citoyens les plus engagés totalement impuissants.

La promesse de l’IA, c’est justement de diminuer le besoin d’éducation tout en gardant un degré de production équivalent. Tout employé peut redevenir une main-d’œuvre peu qualifiée et interchangeable. L’IA est un Fordisme intellectuel.

Car les monopoles, la surveillance permanente, la consommation, l’érosion des droits et l’IAfication du travail ne sont que des outils pour garder les citoyens sous contrôle et dans les rails du capitalisme de production.

Et si ces citoyens s’imaginent échapper à ce contrôle grâce à leur groupe Facebook « anticapitaliste » ou un groupe Whatsapp « centrale d’achat solidaire du quartier », c’est encore mieux ! C’est plus subtil ! De toute façon, ils bossent la journée pour Microsoft et se contentent d’une image du monde générée par Google ou Meta.

Leur vie professionnelle est asservie par Microsoft, leur vie privée par Meta/Facebook et leurs centres d’intérêt sont contrôlés par Google. Maintenant que les humains sont définitivement ferrés, il est temps de réduire progressivement leur degré d’éducation et de connaissance afin d’améliorer leur servilité.

Capitalisme, IA et éducation par Ploum

Le club du cringe

La Lune Mauve nous reparle du temps d’avant où ça fleurait bon les Internets libres et la bloguerie paissant tranquillement dans de vertes prairies, où nous croisions élégamment les mots avec alacrité. Mais au-delà de s’attarder sur comment c’était mieux avant, on se réjouit aussi du frémissement de la blogosphère qui voit ses irréductibles toujours en résistance, et aussi des petits nouveaux et petites nouvelles qui émaillent nos mises à jour de blogrolls.

J’adore l’expression « club du cringe » pour parler des personnes qui bloguent, car elle dit un truc très vrai : bloguer est embarrassant. C’est en général aussi embarrassant à écrire qu’à lire. Mais c’est aussi très fun et ça permet de rencontrer des gens qui partagent les mêmes centres d’intérêt.

Où j’essaie de déconstruire ma « netstalgie »

Je vois tout à fait ce qu’elle veut dire !! Exactement quand les gens me répondent avec un demi-sourire en coin « Ah bon, tu blogues encore ?? (Spice de péquenaud de la technologie !! Mais à quoi ça peut bien servir ?) ». Et j’adore l’expression, vive le club du cringe !!!! ^^