Améliorer la servilité

Ploum vient de taper très fort pour moi avec cet article qui en quelques lignes décrit de manière diablement efficace et limpide, la manière dont le trio capitalisme, IA et éducation s’articule. Evidemment c’est un brin cynique, mais ça me paraît, au-delà de la vue de l’esprit, une mécanique plutôt implacable. Et je ne peux que souscrire à sa description des personnes qui s’imaginent échapper à ce contrôle grâce à leur groupe Facebook « anticapitaliste » ou un groupe Whatsapp « centrale d’achat solidaire du quartier ».

D’ailleurs je suis obligé de vous coller tout le post car c’est trop important pour moi :

Le capitalisme n’a pas créé le système éducatif par humanisme, mais parce qu’il avait besoin d’employés qualifiés pour produire de la croissance. L’automatisation ayant détruit la culture de l’artisan et de l’ouvrier, raison du combat des luddites, une large population se trouvait réduite à se mettre au service des machines.

Mais les progrès de l’automatisation rendaient ce besoin de servants peu qualifiés de moins en moins nécessaire tout en nécessitant des personnes comprenant les machines afin de les entretenir et de les améliorer. Un système éducatif s’est donc naturellement mis en place dans les sociétés capitalistes, créant une élite intellectuelle dévouée au capitalisme.

Mais cette suréducation a créé trop de citoyens critiques qui remettent en cause les principes mêmes de la croissance infinie, notamment à cause des limites écologiques.

Face à cette suréducation, les guerres, les menaces de tout ordre et le totalitarisme politique permettent de restreindre l’éducation ou, a minima, de détourner l’attention. L’éducation informatique est la principale cible, car l’informatique est devenue la colonne vertébrale de la société capitaliste. Ne pas comprendre les enjeux informatiques rend même les citoyens les plus engagés totalement impuissants.

La promesse de l’IA, c’est justement de diminuer le besoin d’éducation tout en gardant un degré de production équivalent. Tout employé peut redevenir une main-d’œuvre peu qualifiée et interchangeable. L’IA est un Fordisme intellectuel.

Car les monopoles, la surveillance permanente, la consommation, l’érosion des droits et l’IAfication du travail ne sont que des outils pour garder les citoyens sous contrôle et dans les rails du capitalisme de production.

Et si ces citoyens s’imaginent échapper à ce contrôle grâce à leur groupe Facebook « anticapitaliste » ou un groupe Whatsapp « centrale d’achat solidaire du quartier », c’est encore mieux ! C’est plus subtil ! De toute façon, ils bossent la journée pour Microsoft et se contentent d’une image du monde générée par Google ou Meta.

Leur vie professionnelle est asservie par Microsoft, leur vie privée par Meta/Facebook et leurs centres d’intérêt sont contrôlés par Google. Maintenant que les humains sont définitivement ferrés, il est temps de réduire progressivement leur degré d’éducation et de connaissance afin d’améliorer leur servilité.

Capitalisme, IA et éducation par Ploum

Le club du cringe

La Lune Mauve nous reparle du temps d’avant où ça fleurait bon les Internets libres et la bloguerie paissant tranquillement dans de vertes prairies, où nous croisions élégamment les mots avec alacrité. Mais au-delà de s’attarder sur comment c’était mieux avant, on se réjouit aussi du frémissement de la blogosphère qui voit ses irréductibles toujours en résistance, et aussi des petits nouveaux et petites nouvelles qui émaillent nos mises à jour de blogrolls.

J’adore l’expression « club du cringe » pour parler des personnes qui bloguent, car elle dit un truc très vrai : bloguer est embarrassant. C’est en général aussi embarrassant à écrire qu’à lire. Mais c’est aussi très fun et ça permet de rencontrer des gens qui partagent les mêmes centres d’intérêt.

Où j’essaie de déconstruire ma « netstalgie »

Je vois tout à fait ce qu’elle veut dire !! Exactement quand les gens me répondent avec un demi-sourire en coin « Ah bon, tu blogues encore ?? (Spice de péquenaud de la technologie !! Mais à quoi ça peut bien servir ?) ». Et j’adore l’expression, vive le club du cringe !!!! ^^

Downtown LA

Fanny Chiarello qui fait toujours des photos splendides nous gratifie de très bons articles sur son périple à Los Angeles, et là c’est un article dédié à « Downtown ». Elle résume bien la terrible tactique municipale qui a conduit à la constitution de ce quartier et son ambiance actuelle. Magnifiques photographies évidemment.

Les femmes trans sont des femmes !

Le parlement européen vient de voter une résolution qui affirme une pleine reconnaissance des femmes trans comme des… femmes. Je trouve que c’est une merveilleuse nouvelle même si elle tombe sous le sens pour beaucoup de gens. Et par rapport aux reculs majeurs aux USA sur le sujet, c’est une excellente chose dont je suis étonné de n’en avoir pas du tout entendu parler dans les médias que je consulte.

Evidemment, l’extrême droite a voté contre, y compris les Le Pen, Orbán et Meloni.

[via Seb Sauvage]

Œuvrer pour le Mal

On se pose tout le temps cette question lorsqu’on travaille pour un grand groupe, que ce soit pour Total et sa conscience écologique, Dassault et sa conscience pacifiste ou Microsoft et sa conscience informatique ( ^^ ). Et je crois que cela s’est posé de tout temps, mais clairement dans notre société, où le secteur tertiaire est dominant, la problématique actuelle de l’appartenance à des entreprises qui conçoivent les logiciels qui servent à asservir des peuples n’est pas une mince affaire.

Et aux USA, comme ailleurs, ces secteurs technologiques sont/étaient largement composés d’employés islamogauchistes du Wokistan, tout comme votre serviteur. Cela n’a pas changé en un claquement de doigts, malgré l’irruption visible (car elle grignote tout ça en réalité depuis des décennies) de bons droitards réacs à la tête de grands groupes « tech ». Ils ne sont pas tant des militants d’ailleurs que de simple vendus inféodés aux plus forts ou aux élus de ce mandat-ci.

The Verge évoque ci-dessous des employés américains de plusieurs entreprises qui sont connues pour aider ICE à fonctionner (comme Capgemini également, entreprise française), et donc à traquer et expulser des gens.

“I work at Google; it’s the forefront of AI,” the YouTube employee said. “I grew up with the internet being this information superhighway, this tool of empowerment, and this amazing equalizer. Things have been nuanced and not exactly all a utopia, but I continue to believe that technology is empowering. But I see what’s happening with the administration, and all the coziness between tech companies and the administration, and I wonder, ‘What future are we building towards now?’ People are scared about what AI is going to become. The association with Trump — does that mean AI is going to become a tool of state repression? What are we really working on? What is the future that tech is shaping right now?”

The Microsoft Azure employee said she feels like a lot of tech workers are wearing a mask, smiling and going along with the protocol, but that in person, they can be more honest with those that they trust in the office. She said she found a Post-it note — which was viewed by The Verge — hidden in a meeting room that read, “I feel completely useless here, how ’bout you?”

“I think that speaks to the culture of at least Microsoft, but I think it’s happening at all of the tech companies right now,” she said.

« Je travaille chez Google ; c’est l’avant-garde de l’IA, » a déclaré un employé de YouTube. J’ai grandi avec Internet comme cette autoroute de l’information, cet outil d’émancipation et cet incroyable outil accessible de manière équitable. Les choses se sont avérées plus nuancées et pas exactement utopiques, mais je continue de croire que la technologie a un pouvoir d’émancipation. Pourtant, je vois ce qui se passe avec l’administration, toute cette proximité entre les entreprises technologiques et le pouvoir, et je me demande : “Quel avenir sommes-nous en train de construire aujourd’hui ?”

Les gens ont peur de ce que l’IA est en train de devenir. L’association avec Trump — est-ce que cela signifie que l’IA va devenir un outil de répression institutionnelle ? Sur quoi travaillons-nous vraiment ? Quel est exactement le futur que la technologie est en train de façonner ?

Une employée de Microsoft Azure a dit qu’elle avait l’impression que beaucoup de travailleurs du secteur technologique portaient un masque, sourient et suivent le protocole, mais qu’en off, ils peuvent être plus honnêtes avec les collègues en qui ils ont confiance. Elle a raconté avoir trouvé un post-it — que The Verge a également vu — caché dans une salle de réunion, sur lequel était écrit : « Je me sens complètement inutile ici, et toi ?

« Je pense que cela reflète la culture, au moins chez Microsoft, mais je crois que c’est quelque chose qu’on retrouve en ce moment dans toutes les entreprises technologiques » a-t-elle ajouté.

Extrait d’un article de The Verge : ‘Shut up and focus on the mission’: Tech workers are frustrated by their companies’ silence about ICE

Et là réponse pour le moment est dans le titre de l’article : « shut up and focus on the mission ».

J’espère vraiment qu’on va se sortir de tout ça, mais je suis pessimiste pour une fois.

(Et je ne donne de leçon à personne, j’ai travaillé toute ma vie pour de tels suppôts de Satan ou des projets allant à l’encontre de mes valeurs.)

Des couches pleines de caca

[Via Seb Sauvage] Bon là c’est un article pour les geeks (en angliche), mais ça vaut le coup ! Forcément quand tu interviewes un gars à un événement d’une distribution Linux pour équiper les serveurs, c’est croquignolet. Cela m’a fait penser à ma prof d’assembleur en IUT qui disait que le salut ne passait que par le langage de programmation le plus bas niveau possible, si tu comprenais tout cela, c’était le langage de Dieu lui-même. Le reste ce n’était que du pipi de chat pour des gens de plus en plus stupides à mesure qu’on remontait aux couches supérieures.

Là c’est un peu pareil, mais en considérant des grosses couches qu’on nous a en effet vendues comme des « révolutions dans les usages ». Et on ne peut pas non plus complètement être pour ou contre, car je n’ai (oui moi) jamais été capable de pondre une ligne de code potable (mein gott, ce que j’étais mauvais1 ^^ ). Mais l’article détaille assez bien à quel point c’est loin d’être faux, et qu’en effet tout l’infrastructure moderne et « fancy » repose sur des briques souvent open-source considérées comme des commodités un peu méprisées. C’est d’ailleurs tout un problème actuel avec la raréfaction de certaines compétences, talents et implications dans l’open-source.

Ce célèbre strip de XKCD est d’ailleurs terriblement d’actualité pour illustrer cela.

Je colle l’article là, car je veux me le garder au chaud au cas où. Les liens de l’articles valent aussi leurs clics, donc n’hésitez pas à butiner tout ça.

  1. Je rappelle qu’en 1995 je faisais des boucles d’oreille et des bagues en étain en cours d’électronique au lieu de souder des composants. ↩︎

Médias d’attention, piège à cons

[via Seb Sauvage] Un article très intéressant (en angliche) juste parce qu’il rappelle ce qu’on a tous vécu : le réseau social qui devient un média d’attention. Mais oui, vous savez bien au début on choisit qui on suit, comment on est notifié, et assez soigneusement on contrôle ce qu’on regarde. Et puis finalement, ça devient un truc qui nous pousse nawak, quand il veut, comme il veut, et dont le seul objectif est de nous laisser dessus le plus longtemps possible en mode « temps de cerveau disponible ».

Et c’est vrai que l’expérience Mastodon (et Bluesky qui n’a pas encore fait sa mue) est un truc tout doux et serein qui ne pousse pas à la consommation, vu que c’est complètement ouvert, décentralisé et sans aucun autre but que celui de nous relier les uns aux autres (alors autant les néonazis que les gentils bouts de chou que nous sommes, mais c’est la vraie vie après tout). Mais au moins, vous ne voyez les pouets que des gens que vous suivez, et la timeline est un truc chronologique ! Et force est de constater que c’est moins « excitant » (et parfois moins *fun* il faut le reconnaître), mais c’est cool, et ça ressemble un peu au début des Internets où y’avait tellement peu de pédés en ligne dans l’Univers Connu que je faisais copain-copain avec des Yahoo! Profiles à Los Angeles ou New York.

C’est tout doux, et on a besoin de douceur. ^^

(Dixit le mec qui peut passer deux heures à scroller sur Insta évidemment.)

Enzo Mari

Aleck me fait découvrir le travail et l’héritage considérable du designer italien Enzo Mari. C’est absolument passionnant, et dans nos époques de merdification (merveilleuse traduction d’enshittification, concept cher au cœur de Cory Doctorow) généralisée, c’est un souffle d’air frais (pour continuer dans de la traduction littérale d’expressions anglosaxonnes) ! J’aime tellement les designers, sans doute autant que les informaticiens (j’ai un faible pour les nerds). ^^

Chacun ses souffrances adolescentes

Notre prof blogueur préféré, Monsieur Samovar, évoque cette drôle de classe CAMIF avec une étonnante concentration en élèves « privilégiés ». J’aime qu’il souligne que malgré tout, et même si on ne plaint pas les pauvres petits riches, ils souffrent aussi. Eh oui, parce que ce sont des adolescents, et tous les ados sont en souffrance, c’est le passage obligé quel que soit le milieu social et les privilèges (des parents). Les souffrances peuvent être parfaitement similaires ou spécifiques, mais leur intensité n’est pas inversement proportionnelle aux moyens financiers. C’est pour cela que je suis toujours très sensible à la détresse des minot·e·s, parce que, même pour ceux qui « ont tout » en apparence, c’est un phénomène universellement pénible et un passage pas évident pour quiconque.

Le ciblage publicitaire est un ciblage tout court

Seb Sauvage informe [via Mastodon] que l’ICE a fait publier un RFI (donc une sorte d’appel à idées aux entreprises pour ensuite lacer un appel d’offres) à destination des data brokers (ces boîtes qui manipulent nos données, les agrègent, les croisent et les repartagent à la vente) pour qu’ils les aident dans leur mission (de traquer puis d’expulser des gens). Comme Ploum le souligne en réponse et en référençant un article d’il y a un an, cela fait longtemps que ces mésusages sont en usage !

Ne venez pas dire que vous n’étiez pas prévenus. C’est juste que vous pensiez ne pas être concernés.

Les affaires de microciblage sur Facebook pour manipuler des élections fonctionnent grosso modo sur ce même principe, mais là on peut carrément s’en servir pour constituer des faisceaux d’indices assez probants statistiquement pour aller expulser quelqu’un. Et ça va très bien marcher, j’en suis certain.

Analyse d’images et IA

Alain qui est un grand spécialiste de l’analyse d’images (qu’on a pu découvrir via les blogs d’antan ou l’émission Arrêt sur Images) explique l’état actuel de cette science (mêlant art, politique, société, design, critique, histoire, archives et références) avec les images générées par IA. Evidemment, c’est la fin des haricots.

Langage épicène et écriture inclusive

Voilà un article passionnant de Kazhnuz [via la veille de Louis Derrac] qui fait une synthèse et un tour d’horizon des manières de parler et d’écrire le neutre (ou l’équitablement genré) en français. C’est sympa de pouvoir compulser toutes ces méthodes et expérimentations. La langue est vivante mes chers adelphes ! ^^

Une manière originale d’aller en exams

Ploum donne des cours à l’École Polytechnique de Louvain, et il explique son protocole pour les examens à ses élèves (article en anglais). J’aime beaucoup sa démarche, et la grande liberté apparente dans un processus aussi inventif et flexible, mais aussi la réaction des élèves, et les résultats ou apprentissages qu’il en tire sur sa propre méthode pédagogique (apparemment en constante amélioration ou adaptation).

Histoires de… Mylène Farmer : Nevermore

Le podcast indispensable des farmeriens : Histoires de… MF a publié son dernier épisode sur la tournée Nevermore. C’est l’occasion de saluer la production impeccable de chaque épisode, et leur animation toujours parfaite. On apprend des tas de choses, et c’est aussi drôle que bien informé et divertissant.

Ils ont publié beaucoup d’épisodes très régulièrement pour raconter toutes les créations et activités de la chanteuse. Et aujourd’hui, ils reviennent seulement lorsque c’est nécessaire ou quand les nouvelles reviennent à la charge (une ou deux fois par an). Aussi je vous conseille ardemment de consulter ce podcast passionnant si vous voulez en savoir plus sur Mylène Farmer. ^^

Naughty / Nice

Sacripanne a écrit un bel article qui donne du grain à moudre sur un sujet vieux comme le monde. L’infidélité et sa caractérisation selon qu’elle soit uniquement en pensée, en envie, en fantasme, ou dans une incarnation plus concrète… Et tous les petits niveaux intermédiaires qui nous gâchent la vie, ou la rendent fichtrement intéressante, ça dépend des points de vue. Hu hu hu.