Quand un ami m’a montré l’œuvre de Graslin pour le VAN (Voyage à Nantes) de cette année, je me suis dit que je devais aller voir ça de plus près, et vous en faire quelques clichés. Les voilà donc : 600 tonnes de sable sculptés en forme d’ammonites fossilisées, des gravats, des voitures avec les phares allumés sans dessus dessous, et le tout devant notre bel Opéra-Théâtre de Graslin.






Le VAN cette année est placé sous le signe de la Terre, et c’est le début d’un cycle qui évoquera année après année les quatre éléments. Nous avons donc des tas de références avec le matériau terrestre dans les œuvres présentées cette année, et celle de Graslin est plutôt explicite dans sa référence. Alors moi je vous le dis tout de go, j’aime beaucoup !!
On croirait être arrivé après un tremblement de terre qui aurait fait se rencontrer des carcasses de bagnoles et des fossiles du fond des âges (marins). Et tout cela est très « dramatique » et comme un décor de film catastrophe, ce qui dialogue fabuleusement bien avec le théâtre juste derrière (ou devant selon le point de vue). Le titre de l’œuvre aussi nous aiguille vers cette connivence. Et puis au-delà de cette réussite formelle qui convoque scénographie, mise en scène et savoir-faire théâtral, j’aime beaucoup la manière dont l’œuvre interpelle à d’autres niveaux.
Cela me fait penser à la Planète des singes, et notre civilisation présentée comme fossilisée également qui pourrait ressembler à cela : des bagnoles qui côtoient des ammonites. Mais elles ont les phares allumés, et donc on est plus dans un événement « live », une catastrophe en cours… Les voitures accidentées ont vraiment l’air figées dans ce carambolage à la fois routier et temporel, comme en attente des secours. Alors on pense aussi au réchauffement climatique, à notre pays qui ressemble en ce moment à un tas de feuilles desséchées et jaunies par le soleil. Il ne reste que de la terre et des bagnoles qui n’attendent que l’apocalypse ?
Les ammonites me ramènent aussi au film avec la géniale Kate Winslet (je vous le conseille) qui incarne Mary Anning, une de ces femmes invisibilisées de l’histoire des sciences. Ces bestioles de la famille des calamars apparaissent durant le Dévonien et disparaissent peu après la crise Crétacé-Paléogène, soit environ 335 millions d’années d’existence (copié collé de ouikimachin). Les ammonites fossilisées correspondent à des spécimens géants qui sont assez probables, mais il y a un petit jeu assez drôle puisque sur la quatrième photo, il s’agit d’un pneu de camion qui est ainsi moulé et formé du même sable couleur rouille. Mais on y voit que du feu, et de profil ammonite et pneu de camion sont indiscernables. j’imagine que c’est un jeu sur le retour à la nature, même des choses les plus « synthétiques » et produites par l’homme après le bon nombre d’années1 !
Bon je me mets peut-être le doigt dans l’œil, mais je n’ai pas spécialement lu d’explications sur le truc, donc vous avez mon sentiment à moi. Et c’est ce qui est cool avec l’art contemporain, normalement c’est tout à fait valable. Hu hu hu.
- Sauf pour le téflon et les PFAS en général, ah ah ah, c’est tellement (pas) drôle. ↩︎

Je suis passée totalement à côté du film avec Kate Winslet dont tu parles, donc merci beaucoup ! (et l’œuvre à Nantes a l’air super chouette.)