Encore un article brillant de W U N D E R K I N D qui met le doigt sur un phénomène qui m’a frappé à plusieurs reprises dans des films, et le plus prégnant je crois c’est ce qui m’avait le plus choqué dans l’Amour ouf.
Cotillard peut jouer une cagole. L’inverse, lui, n’arrive presque jamais, et le presque ne doit pas servir d’alibi. Une actrice montée d’un milieu populaire peut, parfois, accéder à un rôle de bourgeoise, mais regardez le chemin qu’il lui a fallu pour ça. Des années à prouver, à neutraliser son accent, à faire disparaître la trace d’origine avant qu’on lui fasse confiance pour jouer ce qu’une Cotillard joue d’instinct dès le premier essai. Pas une frontière fermée d’un côté et ouverte de l’autre. Une frontière où l’un paie le prix du visa et l’autre voyage sans passeport. L’argument est chaque fois identique. C’est ça, l’art, la capacité de devenir n’importe qui. Mais cette capacité ne circule que dans un sens, du dominant vers le dominé, presque jamais l’inverse, et c’est précisément cette unidirectionnalité qui devrait nous alerter. Si le talent suffisait vraiment, il suffirait dans les deux sens. Or il ne suffit que dans le sens qui conforte la hiérarchie déjà en place.
Extrait de « smoke gets in everyone’s story » par W U N D E R K I N D
Le cinéma, même quand il se prétend pur geste d’auteur, ne peut jamais vraiment s’extraire du politique. On ne filme jamais un corps neutre. On filme toujours un corps situé, avec une histoire de classe, de race, de genre, qui colle à la peau de qui le joue et de qui le regarde. Prétendre que faire un film c’est juste raconter une histoire, sans considérer qui a le droit de l’incarner et qui ne l’a pas, c’est déjà un choix politique, le plus hypocrite de tous parce qu’il se déguise en neutralité.

C’est notamment pour cela que certains ont vivement critiqué Sara Forestier à l’époque lorsqu’elle interprétait une bourgeoise de Neuilly dans « Hell ». Rose Lamy aborde entre autres ce sujet dans son essai « Ascendant Beauf » sur le mépris de classe si tu souhaites approfondir le sujet.
Je pensais aussi à Sara Forestier justement !
Merci pour la suggestion !!
Si ça n’était vrai qu’au cinéma ou au théâtre, mais hélas ça le fait aussi dans la vie d’en vrai. Le plus flagrant : lorsque dans une équipe dans une entreprise on embauche en débutants des personnes de différentes origines sociales. Voir quelques mois plus tard, qui se sera rapidement retrouvé à chefaillonner et qui sera resté le nez dans le guidon à dépoter du boulot de base.
Il y a vraiment un truc qu’on aquiert dès l’enfance ou pas, et qui est l’habitude de faire faire à d’autres certaines tâches. Et à moins d’avoir un caractère super bossy (Ça existe aussi, cf ma propre fille), ça n’est pas quelque chose qui vient facilement par la suite, si on est nés dans un milieu populaire, là où sont ceux qui obéissent aux autres (ou se révoltent)
Ah mais c’est si évident, je te suis complètement. J’ai tellement l’expérience pratique de ces phénomènes aussi !!
Cela m’avait troublé avec M. qui n’avait aucune peur de l’avenir, alors que moi si je perds mon taf, je suis persuadé de devenir SDF en 15 jours.