C’était en écoutant un énième podcast de France Culture que je suis tombé sur une émission à propos de Federico García-Lorca, et c’était passionnant ! Cela m’a rappelé ma découverte du bonhomme quand j’étais au lycée, en cours d’espagnol en seconde. J’ai déjà parlé de cela quand je faisais mon petit hommage à mes profs et ce qu’ils avaient pu m’apporter. C’est fou d’ailleurs qu’on puisse se souvenir comme cela d’un cours d’espagnol de 1992, mais cela prouve bien que les profs ont une importance pas négligeable dans notre développement (et toutes les acceptions possibles que cela peut revêtir).
Evidemment découvrir Federico García-Lorca n’a pas été le moment charnière de mon existence, mais ce n’était pas un truc anodin. Et je m’en rappelle particulièrement, car la classe avait été vraiment peu amène à cette découverte poétique. Tandis qu’elle essayait de nous faire comprendre la portée majeure de l’auteur, sa destinée tragique, et la beauté incroyable de son écriture surréaliste, la plupart rigolait en traduisant ces textes qui ne semblaient rien vouloir dire. Je me souviens que c’était un extrait d’une pièce de théâtre avec des répliques en effet « surréalistes » mais que j’avais trouvé d’une stupéfiante et pénétrante beauté autant en espagnol qu’en français.
En quittant la salle, je lui avait glissé un mot pour lui dire merci pour la découverte, et que c’était super de découvrir aussi la poésie comme ça. Elle m’avait dit « Ah je me dutais que ça pouvait te plaire à toi ! ». Je n’avais pas compris, mais bien évidemment elle avait compris que ça pouvait parler au petit pédé intello de la classe. Hu hu hu. Et quand plus tard, j’ai plus lu les œuvres et la vie de Federico García-Lorca, un homosexuel flamboyant de son époque, ami de Dali, arrêté puis assassiné par des nationalistes lors de la guerre civile espagnole de 1936 (le truc qu’on connaîtra peut-être l’année prochaine tiens), je me suis dit que ça valait encore plus le coup de s’intéresser à lui.
Couleurs
Federico Garcia Lorca, Chansons sous la lune
Au-dessus de Paris
la lune est violette.
Elle devient jaune
dans les villes mortes.
Il y a une lune verte
dans toutes les légendes.
Lune de toile d’araignée
et de verrière brisée,
et par-dessus les déserts
elle est profonde et sanglante.
Mais la lune blanche,
la seule vraie lune,
brille sur les calmes
cimetières de villages.
J’étais fasciné surtout par la traduction de ses œuvres, et le fait que ça fonctionne ! Pour le comprendre (assez) bien en castillan, c’est vrai que la musique de la langue espagnole est vraiment un plus, mais la poésie est bien là ! Et c’est un phénomène qui est finalement assez courant alors qu’on penserait que la poésie n’est que peu traduisible.
De la même manière, j’avais rencontré Fernando Pessoa en VO en cours de portugais quelques années plus tard, et ce fut un coup de foudre. Je n’ai cessé de le relire depuis, et j’adore ce bouquin que j’ai avec la page en portugais et la traduction en français en face.
Je suis un évadé.
Fernando Pessoa
Du jour de ma naissance
En moi-même reclus,
Je me suis fait transfuge.
Puisqu’il faut qu’on se lasse
D’être en un même lieu,
Pourquoi ne se lasser
D’être à soi toujours égal ?
De moi mon âme est en quête
Mais je bats la campagne,
Fasse le ciel qu’elle
Ne me trouve jamais.
N’être qu’un est une geôle ;
Être moi, c’est n’être point.
Dans la fuite je vivrai –
Pourtant bel et bien je vis.
La rencontre avec Constantin Cavafy, je la dois à Alice, car en grandissant les blogs sont aussi des ressources incroyables pour découvrir maintes et maintes nouvelles choses. Elle m’avait offert ce livre il y a vingt ans (
) que je conserve précieusement, et qui m’avait énormément plu (l’article propose déjà pas mal de citations). Et parfois c’est même incidemment, le pseudo d’un blogueur ou bretteur des réseaux qui vous interpelle comme Matsuo Bashō (que pas mal de personnes doivent (re)connaître). Et voilà qu’ainsi un des plus merveilleux auteurs de haïkus vient se découvrir à vous.
Sur une branche morte
Les corbeaux sont perchés
Soir d’automne.
Paix du vieil étang.
Une grenouille plonge.
Bruit de l’eau.
Brume et pluie.
Fuji caché. Mais maintenant je vais
Content.
Et tout ça en japonais au 17ème siècle… La poésie est vraiment un truc à part, et à l’universalité troublante.
Mais blog aussi sont parfois littéralement perclus de poésies ! Comme Rakuen dont j’aime souvent la prose, ou Vincent dont ce poème m’avait vraiment tapé dans l’œil.
Bref, ça a commencé de manière inattendue et inopinée par Federico, et ça continue toujours et encore… Encore.

Je n’ai jamais lu Garcia-Lorca ni Pessoa, et je dois dire que les vers du premiers que je découvre ici me parlent énormément ! Merci beaucoup !
Cela se découvre à tout moment de la vie !!!
Romance de la Luna, Luna
La luna vino a la fragua
Con su polisón de nardos
El niño la mira, mira
El niño la está mirando
En el aire conmovido
Mueve la luna sus brazos
Y enseña, lúbrica y pura
Sus senos de duro estaño
Huye luna, luna, luna
Si vinieran los gitanos
Harían con tu corazón
Collares y anillos blancos
Niño, déjame que baile
Cuando vengan los gitanos
Te encontrarán sobre el yunque
Con los ojillos cerrados
Huye luna, luna
Luna, que ya siento sus caballos
Niño, déjame
No pises mi blancor almidonado
(…)
❤️❤️❤️
Ah purée mais que c’est beau !!!!
et Paco Ibanez l’a si bien chantée https://www.youtube.com/watch?v=HwJKOsY_dw0 et bien sûr tant d’autres comme https://youtu.be/rTSFJZ-iDBU?si=fH3Fj9ixT_zOUPhv avec « Canción del jinete »
J’ai moi aussi découvert Garcia Lorca par le biais des chansons de Paco Ibanez et il a donné aux poèmes une dimension supplémentaire. Je ne connais Pessoa que de nom mais il va falloir que j’aille le lire.
Il y a quelques années j’ai trouvé dans une BAL un recueil de poèmes d’un auteur indien, les Poèmes de Bombay d’Arun Kolatkar, qui m’ont fait une forte impression.
Donnez lui un seau rempli d’eau,
un bout de savon,
un enfant pas lavé
– plus il est sale, mieux c’est –
et le mince demi-sourire
qui se dessine toujours
sur le bon côté de son visage
perd
son air inachevé.
Merci pour la suggestion, ça m’intéresse !!
Matoo, Garcia-Lorca, une découverte majeure lorsque j’étais en terminale. Et d’autres poètes qui depuis habitent ma vie.
Je ne peux passer un jour sans lire un poème, car la poésie est la finesse de la vie
On est d’accord.
Je ne suis pas particulièrement portée sur la poésie. Mais Garcia Lorca ! J’ai fait un semestre en licence d’espagnol sur le Romancero gitano. Je me souviens d’un texte où il expliquait que les gitans n’étaient qu’un prétexte, que ce qu’il avait créé avec ce recueil, il aurait pu faire la même chose avec des centrales hydroélectriques. L’intérêt n’était pas le romantisme parfois échevelé de ses poèmes, mais la façon dont il créait ce romantisme. J’ai compris beaucoup de chose sur la littérature et sur la force de l’écriture en le lisant.
Dans son théâtre, c’est la place et la voix donnée aux femmes qui m’a parlée (ça ne t’aura pas échappé que je ne suis pas un petit PD ;-)), Yerma, Noces de sang (dont Antonio Gades a fait un très fort ballet flamenco filmé par Carlos Saura) et le huis clot étouffant de La Maison de Bernarda Alba. C’est d’une rare violence.
C’est quand même con de mourir à 38 ans quand on a autant de talent assassiné par des salopards (qu’il avait parfaitement dépeint dans son œuvre…)
« Aquel hombre,
de la constelacion immensa
Atlante
de multicolor estrella
Va perdido entre las llagas
De las antorchas.
Aquel hombre
de la nube de risas
lleva,
Rosas para los vientos
De la infancia.
Y aquel hombre
Fastasma del Otoño
Se reserva,
La rosas de los niños
muertos
Y se las manda
en una cometa. »
Rosas de papel / F.G.L. – Ferias
Merci pour ces belles lignes