Iwak c’est Inktober with a keyboard, donc tout le mois d’octobre : un article par jour avec un thème précis.
Se dit d’une personne grande et maigre qui, comme gênée de sa taille, a une démarche ou des attitudes gauches ou peu coordonnées1. Bon oui ok, d’accord. Je ne suis pas grand et maigre, c’est plutôt l’inverse
. Mais je me suis bien senti *dégingandé dans ma tête* il y a deux jours, ou en tout cas suffisamment gêné aux entournures pour que j’y pense en me triturant les méninges sur ce mot.
Et c’est en lisant un post de Seb Sauvage, qui reprend l’explication qu’il a donné à un collègue concernant l’IAg, que j’ai repensé à cette saynète de mardi.
Je vais être franc:
Extrait d’un post de Seb Sauvage sur son Shaarli.
Je n’arrive pas à me réjouir d’une techno qui pille le travail de tous les créateurs/travailleurs, écroule des millions de sites web, ruine la planète en consommant des quantité affreuses d’énergie, exploite des travailleurs sous-payés pour l’améliorer, remplit internet de merde, augmente massivement le prix de tous les appareils, provoque le burnout de plein de développeurs/mainteneurs, donne encore plus de pouvoir à des milliardaires fachos, et va ruiner plein de gens en provoquant une crise économique majeure.
J’ai servi des arguments à peu près identiques à mon boss qui m’a annoncé de manière candide que j’étais pressenti pour être « ambassadeur de l’IA ». Comme dans toutes les boites, il y a ce truc de « transformation digitale » qui prend aujourd’hui la forme de l’usage exponentiel de l’IAg, en ajoutant bien sûr : responsable devant ou derrière. Je suis connu depuis des années comme le geek de service, mais aussi comme assez bon pédagogue sur les technologies. Il y a quelques semaines, on m’avait demandé de partager mes « bonnes pratiques » de l’IA, et de faire une sensibilisation aux technologies impliquant des LLM.
Je me suis exécuté en disant que la condition sine qua non c’était de vraiment expliquer comme le truc fonctionne, et aussi d’en évoquer les défauts dans tous les domaines. La session a été très bien perçue, et on a passé beaucoup de temps à échanger sur la nature même de l’IAg et les risques que cela représente, que sur les usages. Et depuis j’ai eu plein de retours positifs de collègues, et je sais que les gens ont beaucoup échangé à base de bouche-à-oreille aussi connu sous le nom de radio moquette ou bruits de chiottes.

Pour vous donner une idée, voilà le plan de la partie : faiblesses et risques. J’ai développé tout ça avec des exemples très concrets, et même d’autres points qui me sont venus pendant la présentation.
- Environnementaux
- Data centers, eau, pollution, terres rares, raréfactions des composants etc.
- Pas les moyens de cette technologie dans un monde où on consomme les ressources annuelles de la Terre en 7 mois (« Jour du dépassement » 2026 est tombé le 30 juillet).
- Éthiques
- Pillage des Internets et des données protégées par des droits d’auteur ou privés,
- Conditions des personnes qui font du data labeling qui sont pour beaucoup en Afrique et sont traumatisés par l’étiquetage de discours violents ou d’images pédopornographiques (pour apprendre aux IAg à ne PAS en concevoir)
- Achats de livres pour les scanner puis les détruire pour acquérir des données inédites
- Danger potentiel des IA « rogue » qui pourraient avoir un effet « Skynet ».
- Sociétaux
- On devient moins intelligent si on utilise l’IAg, comme pour le calcul mental et la calculatrice,
- Les gens en deviennent dépendants, on note déjà une baisse de compétence des développeurs juniors qui ne savent déjà plus s’en passer.
- Dépendance également sur le plan psychologique : emprise des chatbots sur des personnes fragiles (= tout le monde).
- Les étudiants ont de moins bonnes notes aux examens lorsqu’ils utilisent l’IAg toute l’année.
- Fin relative de la créativité des industries artistiques (littérature, cinéma, musique).
- Économiques
- Faussement pas cher avec un abonnement pro à 200€ qui devrait couter 20k€ par mois, il n’y a pas de ROI aujourd’hui (Uber a dépensé tout son budget token 2026 en mars, changement de tarifs qui passe de la gratuité à la prédation)
- La gratuité est seulement pour nous rendre dépendant, au lieu de créer de la valeur l’IAg est considéré avant tout comme un extracteur de valeur = fait pour supprimer des emplois intellectuels, hors aujourd’hui il est prouvé qu’il est moins cher de recruter des humains plutôt que de les remplacer par de l’IA, mais le seul ROI encore « valable » ne repose que sur la destruction d’emploi (et pas la création de valeur incrémentale)
- Bulle spéculative sur le point d’éclater et notre économie réelle avec.
- Intrinsèques
- Moins de données « open web » pour nourrir les LLM. On le voit sur Reddit, les plateformes opensource, dans les capacités de traduction etc.
- C’est un cercle vicieux : moins de données créées par les humains, donc les LLM sont nourris par des données créées par eux-mêmes, la qualité baisse ou l’étiquetage de données doit s’intensifier.
- On recrute des personnes de plus en plus qualifiées pour étiqueter : des traducteurs freelance qui n’ont plus de travail qui corrige les IA, idem pour des graphistes qui corrigent des logos générés, des médecins pour aider à faire de meilleurs diagnostics par chatbot etc. Donc finalement c’est du dumping social.
- Les résultats ont toujours l’air bons puisque basés sur des « probabilités » mais on ne connaît jamais la qualité de sortie et le degré d’erreur par rapport à l’entrée choisie, à force de l’utiliser il devient de plus en plus difficile d’être critique.
Et donc mon boss me présente ça de manière enthousiaste en mode « j’ai eu plein de retours de ta présentation, et tu es sans doute le plus expert sur le sujet, et donc tout naturellement on a pensé à toi pour cette mission… ». Et j’ai dû expliquer que « oui mais non » et donc j’ai repris à peu près tous les arguments, en disant que mon intérêt « technologique » est toujours là, et que je suis tout cela de très près. Et même si je suis un utilisateur avec parcimonie de l’IAg, je suis un véritable « objecteur de conscience » pour tout ce qui a trait avec une promotion à l’échelle de l’entreprise qui gommera toutes les ambiguïtés ou incohérence de cette technologie par un « durable » ou un « responsable » qui sont juste des oxymores insupportables pour moi (la notion de green IT me fait la même chose).
Bah j’étais pas super à l’aise lorsqu’il a fallu expliquer cela sans faire mon donneur de leçon ou lanceur d’alertes, mais absolument opposé à promouvoir une politique corporate mensongère et illusoire. J’ai bien aimé sa réponse « Ah bah ok, je vais devoir dire au DRH que finalement tu refuses ». Ah parce que j’avais déjà accepté ce rôle sans le savoir ? Psychologiquement dégingandé, je vous dis. Hu hu hu.

