Je ne connaissais pas Quentin Crisp, mais en tombant inopinément sur cette vidéo, j’ai découvert ce flamboyant personnage. J’ai beaucoup aimé sa philosophie de vie, et c’est quelque chose d’avoir une personnalité aussi radiante et hors-norme, et d’être si inclassable et extraordinaire, qu’on se doit juste d’être et de vivre comme on est, et finalement ce sont les autres qui vont s’adapter. Cela change des efforts continuels à faire pour être toléré ou pour faire comprendre avec pédagogie à autrui qu’on a le droit de vivre.
Et pour des personnes queer qui sont justement en dehors du cadre, même celui très codifié (et malgré tout toujours vilipendé par certains) régissant « les droits et devoirs d’être du pédé de base », c’est souvent l’unique alternative, vivre son truc en toute singularité, et attendre que la société s’y fasse, en toute extravagance. Quentin Crisp a expliqué dans sa toute dernière biographie, parue post-mortem, qu’elle était une femme trans, et qu’elle l’avait toujours été. Elle est donc genrée au féminin en respect de cet ouvrage, ou au masculin comme il a été connu et perçu toute sa vie.
Cette vidéo date de 1982, je pense qu’aujourd’hui Quentin Crisp verrait la société, et la petite société queer, comme beaucoup plus accueillante et acceptante, et sans doute un chouïa déconstruite dans un espoir de se libérer des carcans de la masculinité toxique et plus globalement du patriarcat. Elle a aussi resonné pour moi avec ce tout récent article d’Aleck qui s’interroge justement sur son apparence et ce que cela véhicule de son rôle, dans la société comme dans un pieu. Il évoque aussi ce que cela trahit de ses propres goûts en homme et en masculinité, et j’aime bien qu’il tente de déterminer si c’est vraiment une préférence ou une défense inconsciente.
En revanche, si « me déconstruire » signifie examiner ce qui, dans mon rejet de la féminité, relève d’une défense plutôt que d’un goût, ou voir si l’efféminement d’autrui me gêne parce qu’il réveille une ancienne honte ou une ancienne peur, alors oui, il est sans doute nécessaire que je me déconstruise.
Extrait de l’article A/P ? Viril ? Domi ? d’Aleck
