Mon grand frère et moi

Le film est une adaptation d’un roman autobiographique de Riko Murai, qui y évoque sa propre histoire vis à vis de la mort de son grand frère, et le deuil qui s’en est suivit. Le film figure de manière très fidèle Riko Murai qui perd son frère, et qui écrit, donc, en parfaite mise en abîme, un ouvrage sur le sujet. On voit ainsi de temps en temps son texte qui émaille certaines images et passages du long-métrage.

Et c’est l’intrigue assez simple : son frère meurt, elle est contactée par la police pour venir récupérer le corps, organiser sa cérémonie funèbre et gérer ses cendres. On comprend rapidement que c’est autant une surprise qu’une gêne immense, et tout le film va consister à la voir naviguer dans ces événements, tout en imaginant son frère dans des scènes très réalistes, et en se remémorant certains souvenirs d’enfance. Mais le grand frère laisse derrière lui son jeune fils, Ryoichi, qui vivait avec lui, et aussi une ex-épouse et leur fille qui viennent rejoindre Riko pour « l’enterrement » et l’aider à vider l’appartement. Les enfants, l’ex-épouse et la sœur du défunt vont se croiser dans ces conditions singulières, et ensemble essayer de comprendre ce qu’il y avait derrière ce frangin mystérieux et insupportable à bien des égards.

Le film est super intéressant et frappant sans doute pour des européens, car il y a vraiment tout un pan qui traite des mœurs nippones avec des choses qui apparaissent très très étranges dans leurs comportements. Mais cela va au-delà de ça, car c’est aussi le sujet « universel » du deuil qui est évoqué, et d’une certaine manière du pardon à accorder à des personnes décédées, et d’une manière différente de les voir, avec un prisme un peu plus positif que négatif. Et on le comprend bien, car le grand frère est bien présenté comme un type impossible : menteur, arnaqueur, fainéant, affabulateur et globalement tout le contraire des « vertus japonaises ». Et l’appartement où il vivait avec son gamin est un taudis dégueulasse, l’enfant n’a même pas de sous-vêtements à sa taille, et le frère a passé son temps à jongler entre les jobs, et à taper de l’argent à sa sœur.

Cette dernière a fini par couper les ponts, et ne plus répondre à ses sollicitations. Et donc elle se sent aussi coupable de son décès, malgré tout le négatif. Et on découvre en touches impressionnistes des preuves que le frère avait quelques circonstances atténuantes, et malgré tout quelques qualités dans cette personnalité si singulière et haute en couleur.

Ce qui est super surprenant pour un « occidental » c’est sans doute la froideur avec laquelle les japonais se parlent et interagissent, avec toujours une grande distance, une politesse qui atténue tant qu’elle vide de sens, et au final une incommunicabilité douloureuse. Pas une bise, pas une accolade entre eux… Et le petit garçon est confié à l’équivalent de la DDASS, alors que sa mère et sa grande sœur sont bien là et disponibles. On comprend aussi que lors de la séparation le père a demandé à garder Ryoichi, et que la mère est restée avec leur fille. Et tout est tellement contenu que même lorsque la mère retrouve son fils, il ne l’appelle pas « maman » et ne l’embrasse pas. Cela fait tellement bizarre de comprendre que la séparation a impliqué que les enfants n’ont pas revu leur parents, et que la fratrie elle-même était divisée.

Tout est en non-dit, en retenu et en mutisme, avec une gêne de tout le monde, une colère envers le grand frère décédé, et quelques scènes de comédie malgré tout avec certaines situations ubuesques. Malgré tout le film montre l’évolution des sentiments et l’ouverture progressive des émotions des protagonistes, et on arrive à des moments très touchants, parce qu’on sait bien qu’ils représentent une certaine apothéose dans la capacité des japonais à s’épancher. Hu hu hu.

Et donc c’est difficile de dire si le film équivalent en France serait « chiant » avec des comportements plus proches des nôtres, car même pour les japonais je pense que toute cette construction itérative très délicate a du sens, et se lit de bien des manières. De même je pense qu’il y a un intérêt dans la personnalité du grand frère dont l’image évolue avec le film, et qui même s’il n’est pas réhabilité complètement, en ressort avec une certaine tendresse de chacun et chacune.

En revanche, le film est un peu trop long, j’ai trouvé que certaines scènes étaient carrément étirées sans grand intérêt, et on aurait gagné à un montage un peu plus resserré. Néanmoins, cela donne aussi le temps et l’opportunité de bien comprendre les personnages, et d’avoir une narration posée et « méditative ». Bon malgré tout, c’était trop long !!

Je repense toujours à the taste of tea quand je vois ce genre de film japonais qui mélange une forme très classique, mais qui arrive tout de même avec tout un tas d’artifices à nous faire rentrer dans des valeurs auxquelles on s’identifie parfaitement au final. On pense qu’on est des gens très différents, mais non, mais oui, mais non. J’ai en tout cas été très touché par le film, et la réflexion sur le deuil est vraiment intéressante et plutôt belle.

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