Maspalomas

4.0 out of 5.0 stars

Je n’avais rien lu sur le film, mais on m’avait dit que c’était bien, c’est espagnol et LGBT et il a eu des prix l’année dernière, allez hop ! D’ailleurs, c’est fou qu’on se retrouve encore avec des films qui sortent en septembre 2025, et se retrouvent distribués chez nous en juin 2026. Mais bien m’en a pris, car c’est un excellent petit film, et qui est assurément à voir.

J’ai été surpris par la langue, car je m’attendais à entendre du castillan (que je ne baragouine pas si mal), mais rien à voir car le film est majoritairement en langue Basque. Ce qui était troublant c’est que la musique de la langue, et pas mal d’intonations sont très « espagnoles », mais les mots sont juste incompréhensibles pour moi !! Hu hu hu.

Le film raconte l’histoire de Vicente, qui est brillamment joué par José Ramón Soroiz, qui est un de ces gay retraités (76 ans, le jeunot) qui profite de la vie à Maspalomas avec ses potes, et menant une vie de patachon à oilpé dans les dunes. Le début du film est d’une absolue crudité, et au bout de quelques minutes je me suis demandé où cela allait bien pouvoir nous mener ? Car c’est un déluge de bites, de culs et de scènes très explicites dans la nature ou dans les backrooms de la ville. Mais en même temps, bah y’a pas à dire, c’est plutôt naturaliste et pas surjoué ! Là où la rupture arrive, et il fallait bien cette vision crue et un peu éprouvante pour le spectateur, c’est quand Vicente fait un AVC en plein plan cul dans une cabine d’un bordel1.

Et on passe, des potes, de la vie de célibataire qui profite de sa retraite au soleil à un retour à San Sebastián (d’où le Pays Basque espagnol) avec une attaque qui a laissé Vicente hémiplégique et dans une difficile convalescence. C’est sa fille (également excellente Nagore Aranburu) qui l’a récupérée, mais qui le place dans un EHPAD. On comprend rapidement qu’il avait à un moment de sa vie abandonné fille et épouse pour se mettre en couple avec un gars, et qu’il a géré cela (et peut-être un peu réciproquement) en coupant les ponts et dans le mutisme le plus complet sur sa situation personnelle.

On suit alors petit à petit l’acclimatation de Vicente dans cette maison de retraite, évidemment dénuée de coreligionnaires homos, et dans lequel il tait son orientation sexuelle, et subit dans un premier temps le partage de sa chambre avec un hidalgo haut en couleur façon masculinité toxique de boomer. Mais un aide-soignant très explicitement gay entre aussi dans la danse, et il est choisi pour accompagner Vicente.

Le film traite de mille sujets, car il y a cette intrigue passionnante entre la fille et son père « devenu homo », avec une relation tacite qui se reconstruit peu à peu. On comprend aussi la triple détresse de se retrouver diminué physiquement, d’atterrir dans un EPHAD dans le Pays Basque (où il flotte ^^ ), et d’être dans un milieu totalement hétéro qui nie complètement son mode de vie et ses envies à lui. Et puis contre toute attente, il y a aussi cette curieuse amitié avec son voisin de chambre, la relation ambiguë avec l’infirmier, ou encore le cheminement de Vicente vis-à-vis de son coming-out et de la reconquête de sa fin de vie.

Le film qui avait commencé par une crudité très prosaïque est finalement un ensemble narratif très subtil et qui fait du bien. Et malgré tout, il continue à montrer de la sexualité quand c’est ce qui arrive. Il y a un côté émancipé et libéré qui fait également beaucoup de bien, y compris d’ailleurs lorsqu’est évoquée la sexualité des hétéros en maisons de retraite.

Vraiment je le conseille ardemment, on ne s’ennuie pas du tout, et le film interpelle intelligemment du début à la fin.

  1. Pour mes chères lecteurices béotiennes, le « bordel » n’est pas une maison close d’antan, mais une manière assez détendue du slibard de dire « un lieu de fornication et de débauche homosexuelles à la libre fréquentation d’adultes consentants ». ↩︎

Une réflexion sur « Maspalomas »

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