L’opiniâtreté déclinante des pratiquants de l’Informatique

Cet article (en angliche) [via SebSauvage] est absolument passionnant parce qu’il explique bien le lent et irrémédiable passage des utilisateurs geek et passionnés qui maîtrisaient leurs outils, à des consommateurs beaucoup plus passifs et effleurant la surface des choses, forcément plus assujettis aux institutions. Alors ça n’a rien de fou si l’on considère les courbes d’adoption des technologies, mais c’est tout de même, au-delà de la proportion, c’est à dire qu’on voit bien une réduction concrète des projets et afficionados qui vont essayer de débloquer leur téléphone ou comprendre les arcanes de leurs applications. Evidemment l’auteur pointe cette renonciation comme un asservissement volontaire aux corporations qui ne cherchent que cela.

“I don’t want to root my phone, that sounds scary.” Cool. You’ve successfully trained yourself to be afraid of ownership. The platform vendors are proud of you.

Et cette conviction va loin puisque les gens ne se plaignent plus qu’on collecte leurs données, ils le comprennent et en sont parfaitement complices et « volontaires ».

The problem is not, primarily, that services collect data. The problem is that users have been convinced to treat pervasive surveillance infrastructure as benign or beneficial, and to respond to any criticism of it as paranoia, technical elitism, or failure to appreciate convenience. The learned helplessness is the crisis. The data collection is the symptom.

Et on revient sur l’usage de ces données qui nourrissent les algorithmes qui vont lentement mais surement modeler les utilisateurs vers plus de consommation (plus de scrolling, plus de temps d’écran puisque c’est la mesure de performance des plateformes basées sur la publicité).

The algorithm situation is the one that most directly affects daily life and receives the least serious scrutiny. Every major platform uses recommendation systems that are, in the most literal sense, making decisions about what information you encounter. What news exists in your world. Which of your friends’ thoughts reach you. Which ideas get surfaced and which get buried. These systems are explicitly not neutral — they’re optimized for engagement, which empirically correlates with outrage, anxiety, conflict, and tribal reinforcement, because those emotional states produce the behavioral signals the engagement metrics reward. The platforms are making your information diet worse on purpose, because worse converts to engagement, and engagement converts to revenue.

Les utilisateurs ne sont alors que des consommateurs de services clef en main, et ils ont renoncé à « hacker » le système pour le tester, se libérer de ses aspects viciés ou simplement en avoir conscience. Mais bon, le texte me fait sourire aussi, car c’est vrai d’absolument tout temps et sur tous les sujets, donc il y a aussi une sacrée dose d’élitisme geek dans ces réflexions.

The technology industry’s current consolidation into a small number of platform monopolies is only possible because the adversarial capacity to break platform lock-in has atrophied. There are still people doing it — the open-source community is still building, the security research community is still finding vulnerabilities, the right-to-repair movement is still fighting — but the cultural mass behind those efforts has collapsed. They’re fighting a rearguard action against an industry that has successfully convinced most of its users that platform control is a feature, not a bug.

Et pour finir les conseils d’émancipation et de libération du joug des plateformes… Mais qui sont vraiment de bon conseils hein !!

Learn how your tools actually work. Not just how to operate them. Use the command line. Set up a home server and break it and fix it. Root a phone or, if you’re on a platform where that’s been made impossibly difficult, buy something where it isn’t. Run a Linux install on bare metal and deal with the driver problems. Learn to read a network capture. Understand what your browser is sending with every request — the dev tools have been there the whole time. Host something yourself instead of using the managed service. Use open protocols where they exist: XMPP, ActivityPub, RSS, SMTP — these are old and unglamorous and they work and you own your data when you use them. Feed the federated alternatives even when they’re worse than the centralized ones, because they’re worse partly due to network effects and network effects respond to participation.

Il finit sur une note encore très pessimiste et on en connaît aussi les raisons avec l’arrivée des LLM qui renforce encore ce mouvement.

The obituary for the power user is being written right now. The people writing it are the same ones who sold you the phone, designed the app store, wrote the terms of service you didn’t read, and built the algorithm that decided you didn’t need to see this.

They are probably right about the timeline. They’ve been right about most things. The market has validated them at every step.

That is not an argument for giving up. It is an argument for being considerably angrier about it than most people currently are.

Donc je pense que c’est aussi le texte d’un jeune vieux con de ma génération, un de ces Xennials, qui, le cul entre deux chaises, voit le truc se casser la gueule, et soupire en se disant que pourtant le salut n’est pas si loin et difficile. Néanmoins son texte est fort sagace et conforme à ce qui se passe. Mais c’est un constat d’une génération à l’autre, sans voir ses propres défaillances vis à vis des générations et technologies précédentes, et c’est sans compter sur une population qui n’est pas faite de geeks curieux et perspicaces, mais de beaucoup de gens basiquement utilitaristes et à la recherche de la simplicité et de l’effort minimum (même si ça coûte son âme au passage).

Bon ça n’empêche que plus grand monde ne root son téléphone, installe des OS exotiques ou traque les données sortantes de son PC, mais je crois que le mouvement de prise de conscience, et les soubresauts de départ de grandes plateformes, d’installation de Linux ou de développement du FOSS (Free/Libre Open Source Software) démontrent que la messe n’est pas encore complètement dite.

7 réflexions au sujet de « L’opiniâtreté déclinante des pratiquants de l’Informatique »

  1. Ma moitié vient d’installer Linux sur son PC. Il explore la chose avant de renouveler l’opération sur ses autres appareils puis les miens. Mais pour le moment en support au cas où…

  2. Mais évidemment que l’immense majorité des gens est utilitariste. Dans tous domaines. Combien de conducteurs savent comment fonctionne leur voiture ? Pourquoi ça serait différent pour l’usage informatique ?

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