Source : Jean-Félix Fayolle (Nantes, le 17/10/2026)

Confus

Iwak c’est Inktober with a keyboard, donc tout le mois d’octobre : un article par jour avec un thème précis.

C’est bien plus de l’ébahissement, ou de l’hébétement ou encore de l’ahurissement, que de la confusion, mais ça fonctionne aussi. Et comme c’est le mot du jour, j’en profite. Nous y aurons gagner une maxime qui défraie la chronique en ce moment, et qui est reprise par tout un chacune, et que j’aime beaucoup : Bismillah, c’est les ténèbres ! (Que je traduirais par nom de dieu, c’est la chienlit pour faire un parallèle douteux et ironique avec les propos du général en 68.)

Oui j’ai vu le soulèvement des lycéens, oui j’ai suivi la mise en marche d’autres revendications se rajouter, sur d’autres populations, oui il y a parfois un amalgame douteux, oui j’ai vu les manifestations, j’ai vu les exactions. J’ai vu les exactions de notre gouvernement, de par les actions absolument insupportables des forces de l’ordre, celles des casseurs, pilleurs et incendiaires bien sûr, et celle en avant propos exercées la violence institutionnelle. Et j’hallucine que cette violence là ne soit jamais reconnue comme telle par les médias, quels qu’ils soient maintenant. France Info ne tient plus du tout la route, c’est vraiment terminé. Les journalistes sont des présentateurs de plateau qui articulent des discours extrêmes, et en essayant le plus possible d’attiser le feu, et de nous faire entrer en guerre civile.

Les choses paraissent pourtant assez lisibles, nous avons des manifestants qui s’expriment et c’est leur droit. Et comme souvent, des franges d’extrême-gauche révolutionnaires et/ou anarchistes, libertaires, anticapitalistes qui sont là pour foutre en l’air la société (c’est aussi leur prérogative). LFI n’est pas de ces derniers, il s’agit d’un parti réformiste qui prône un changement de l’intérieur et par les urnes, et ils ne sont pas anticapitalistes (mais antilibéraux oui). On trouve aussi dans des journées comme celles de samedi dernier des casseurs et des pilleurs. Ces derniers sont juste là pour se défouler et pour piquer des biens de consommation. Ce n’est même pas une pleine conscience des choses, on voit bien sur les messages postés sur les réseaux sociaux que c’est presque un jeu, et cela dénote juste d’une société qui a complètement perdu ses repères. On est *juste* dans un épisode de Black mirror.

Quand le rôle unique de la police selon moi est de protéger les personnes et les biens, et surtout dans ce cadre de pratiquer la désescalade, il semblerait que cette dernière notion ait complètement disparu de la stratégie du gouvernement. Et donc on est dans les techniques classiques de nasses, de provocations réciproques, et il y a tous les ingrédients pour que ça pète. Et ça pétarade dans tous les sens, avec une violence exponentielle, et des tas de victimes des deux côtés.

Il y a eu une époque où l’on voyait toutes ces entités de force de l’ordre justement qui avait un rôle pour contenir et faire diminuer la violence, pour ne pas répondre aux insultes et rester stoïques face aux provocations. Et c’est exactement leur rôle et une immense responsabilité qui est extrêmement respectable. Ce ne sont pas, normalement, une bande de gars du RN qui tombent sur des gauchistes avec des lance-grenades et des matraques. Et donc là, tout se mélange, tout s’alimente et une étincelle devient flammèches, qu’on attise jusqu’à ce que ça crame une mairie !

Et je demande juste que dans le traitement médiatique les choses soient équilibrées, raisonnables et raisonnées. On doit parler de la violence, mais toutes les violences, on doit aussi parler du bien-fondé des mouvements lycéens et populaires, de la manière dont ça a pu très bien se passer, et même aussi de certains policiers qui font leur boulot1, et subissent aussi cette politique de répression (je ne peux pas croire qu’ils prennent tous leur pied à faire ça !). Enfin, on doit avoir un recul politique mais aussi sociologique sur le sujet, il faut arrêter avec les éditorialistes et leurs opinions de merde. Je veux des faits purée !!!

Et il faut arrêter avec la violence et le fait de monter en épingle les événements dès qu’on brûle une poubelle. Bien sûr que les gouvernants ne répondront qu’à des mouvements massifs et qui iront foutre le bordel, et que sinon c’est pisser dans un violon !

Et cela ne date pas d’hier, on en disait la même chose dans toutes les manifestations en France depuis toujours, et surtout en 1968. Regardez en 1967, on mettait Martin Luther King Jr en boîte en lui reprochant ironiquement la violence de ses manifestations.

Et cela ne m’empêche pas de regretter ces destructions, surtout des biens publics ou même des boutiques de personnes qui n’ont pas mérité cela. Mais au final, on sait surtout à quoi vont mener ces analyses manichéennes qu’on entend depuis quelques jours. C’est comme si le monde entier s’abêtissait en temps réel, et mois après mois, et en s’enfonçant dans cette polarisation délétère, cette polarisation tout juste bonne à faire des clics et à réaliser une rétention d’attention de quelques secondes.

Et c’est fou mais c’est le dernier article d’Authueil qui me parle le plus. C’est réfléchi, équilibré, même si je ne suis pas d’accord avec toutes les positions, mais l’honnêté intellectuelle est assez visible pour cela lui donne une vraie crédibilité. Mais donc ce n’est plus de la confusion à ce niveau là, c’est du désespoir que j’ai.

Depuis 2024, le pays en état de paralysie politique et législative, aucune réforme d’ampleur n’a la moindre chance de passer. A chaque gouvernement qui tombe, il faut tout reconstruire, sans espoir que ça fasse avancer les choses. Enfin, depuis le début de l’année, la hausse des prix du carburant a durement touché plusieurs centaines de milliers de Français. A chaque fois, on se dit que ça ne va pas s’arranger dans un avenir proche.

A un moment, quand une cocotte minute chauffe trop, le couvercle saute. C’est ce qui vient d’arriver (et ça ne fait peut-être que commencer). Il faut voir les évènements de ce week-end comme un immense défouloir, un peu comme mai 68, en inversé. En mai 68, il s’agissait de faire sauter des carcans sociétaux, et donc aller de l’avant. En octobre 2026, il s’agit surtout d’exprimer une angoisse face à une situation difficile et un horizon bouché, sans projet d’avenir. C’est beaucoup plus dangereux, car cela met le pays à la merci de démagogues.

Le mouvement lycéen tient de cela, sans réelles revendications autres qu’une amélioration des conditions matérielles et l’expression d’un sentiment d’anxiété face à leur avenir proche, cristallisé sur ParcoursSup. Cela a donné un mouvement finalement assez festif, que l’on a retrouvé par moment, ce week-end, avec par exemple un orchestre qui joue Place de la République.

Mais à cette atmosphère bon enfant, s’est rajoutée une couche de violence, qui est aussi une manière d’exprimer l’angoisse, avec deux composantes. Il y a d’abord l’ultra-gauche (qui est au delà de LFI) qui rêve de révolution violente et de Grand Soir. C’est eux qui se sont attaqués aux mairies et au lieu de pouvoir, et ont cherché la confrontation directe avec les forces de l’ordre. Il y a aussi les casseurs et les pillards, des gangs très bien organisés, qui ont profité du désordre pour voler, ajoutant une couche de chaos. Là encore, cela dit quelque chose du délitement de notre pays, où des groupuscules politiques et des gangs peuvent s’organiser et prospérer, sans que les forces de l’ordre de ne soient en mesure de gérer la situation.

En effet, face à cette « convergence des luttes », les pouvoirs publics et singulièrement l’Etat, ont montré des faiblesses inquiétantes. Il y a un problème évident de doctrine du maintien de l’ordre. On ne lance pas des grenades de désencerclement sur des lycéens, on ne répond pas à un défoulement collectif, à une sorte de carnaval, par des gardes à vue, des violences de rue, et des condamnations. Ce traitement est à réserver aux violents de l’ultra-gauche et aux pillards. Il semble que depuis le début du mouvement lycéen, les policiers aient eu du mal à faire preuve de discernement.
[…]
Nous avons, ce week-end, matérialisé la situation du pays : une population inquiète et à cran, une classe politique impuissante et des ferments de violence bien organisés, prêts à déstabiliser le pays (pour des motifs différents).

Citation extraite de L’explosion par Authueil

Je vous recommande les émissions d’il y a trois semaines d’Avec Philosophie à propos de Marx avant « Le Capital ». Ils choisissent toujours bien leurs thématiques ces bougres là, et le dernier épisode qui nous remet dans la révolution de 1848 et surtout l’échec que cela a représenté pour Marx est passionnant. Comment a-t-on fini avec un second empire alors que l’on avait le droit de vote ?

  1. Je n’ai jamais été ACAB, et ça ne va pas commencer. ↩︎

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