Il y a un an je vous parlais de ce film qui était en plein lancement de sa campagne participative, et voilà qu’il sort dans quelques temps, et que j’ai eu l’opportunité de le voir en avant-première à Rennes hier soir. C’est vraiment délicat ce genre de film d’animation avec une thématique ultra gay, car ça peut évidemment être complètement casse-gueule à trop trop de sujets. Mais là, franchement ils ont bien assuré. Bien sûr, la question de la représentation, des clichés ou de l’humour sont des chausse-trappes évidentes, mais le film s’en tire bien par une sorte de grâce indéfinissable associée à une délicieuse absurdité, et quelques personnages bien campés.
Déjà côté formel, on est sur un film d’animation d’une très bonne qualité, je trouve que le design est cool, les couleurs bien pétantes, et les décors font la part belle au Paris gay que je connais si bien avec beaucoup d’acuité et de clins d’œil. Le style est aussi très réussi, et on est selon moi dans un animé qui serait un mix entre Tarzoon pour la tonalité cul débridée, Rick & Morty pour l’absurdité, l’humour et l’inventivité et Steven Universe pour le ton inclusif et un certain côté mignon et loufoque à la fois.
Jim Queen est vraiment à la recherche de la Choloqueer du Docteur Ragoult, après avoir été exposé et infecté par une nouvelle IST : l’hétérose. Bon donc, vous comprendrez que le film est une avalanche de jeux de mots et de calembours et ça part vraiment dans tous les sens avec certaines blagues vraiment excellentes. On est dans un très chouette niveau d’écriture, et c’est déjà assez notable pour s’en féliciter, mais en plus pour une fois l’aspect « culture gay » est « on point » à un niveau vraiment top moumoute. Sincèrement, je suis assez épaté de la somme de références qui émaillent le film, et clairement c’est de la documentation de pédés de compétition (et je m’y connais) ! Il y a d’ailleurs des tas de clins d’œil tellement « niches » qu’ils échapperont à pas mal de gens je pense, mais grosso modo les blagues sont assez graveleuses pour que ça passe de manière très universelle, car c’est souvent très largement en dessous de la ceinture, et ça se saisit toujours plutôt intuitivement.
Jim est donc une gym queen et on nous explique rapidement les différentes sortes de (clichés) gays qu’on va rencontrer pendant tout le film. On comprend aussi qu’on va surtout être dans un contexte « pédé », donc exit les lesbiennes ou les trans du spectre LGBTQIAA+… C’est expliqué de manière assez ouverte et rapidement pour qu’on puisse l’accepter, même si c’est une déception pour moi. Mais toutes les œuvres ne peuvent pas suivre un cahier des charges du militantisme bon teint inclusif, donc il faut aussi accepter ça.
Jim chope donc l’hétérose. Et en parallèle on a aussi le twink Lucien, qui est le fils d’une ministre notoirement homophobe, qui décide de partir à la recherche de son idole qui n’est autre que Jim. Malgré Jim qui est un gros con de gym queen, influenceur de mes deux et follement détestable, les deux vont joindre leurs ressources pour partir à la recherche du remède. Ils vont pendant cette quête initiatique rencontrer la fine fleur de la gaieté parisienne, depuis un kiffeur du Carrousel du Louvre, jusqu’aux sœurs de la Perpétuelle Indulgence en passant par le Bear’s Den, le Rosa Bonheur, les puppies ou des soirées chemsex. Bon vraiment, tout le bestiaire est de sortie, et c’est souvent très très drôle.
Evidemment il y a aussi des maladresses évidentes, notamment en demi-teinte pour le pratiquants du chemsex, et une étonnante réduction de la notion de drag queen pour qualifier les sœurs. Mais grosso modo, c’est super super marrant, et souvent empreint d’une certaine tendresse envers ces communautés et franges plus ou moins exotiques.
Là où j’ai été très étonné, c’est que le film est presque un chouïa anachronique pour moi. Vraiment ce qui est dépeint dans cette classification des castes de pédés, la culture du clubbing, les lieux de retrouvailles queer, les pratiques de cruising me paraît moins une description actuelle de celle de mon univers à moi : le vieux pédé (et une peinture sociale de la gayttitude plutôt du début des années 2000). Et donc j’ai étrangement l’impression que cela va plus parler à des pédés boomers qu’à la génération actuelle ? Et il reste vraiment dommage, et également un peu anachronique, ce manque de représentation de toute la nation queer.
Je pense que le film a de grande chance de bien fonctionner aussi à l’international, mais de nouveau, selon moi, avec des références de vieux pédés de Paris, de Mykonos ou de SF. Et donc malgré quelques maladresses ou regrets pour moi, le film ne se casse pas du tout la gueule là où on pouvait l’attendre.
Mais il n’y a pas à dire, c’est très très drôle, et les répliques font mouche la plupart du temps (le public était mort de rire à maintes reprises), avec un Alex Ramirès qui s’amuse beaucoup et qui prouve un nouveau talent très cool. Et il faut noter aussi François Sagat qui fait montre d’une sacrée autodérision dans ce rôle sur mesure pour lui. Le film enchaîne scènes sur scènes avec une super dynamique, et on ne s’ennuie jamais une seconde, et vraiment les gags fusent tout autant avec cette écriture hyper déliée et généreuse, et une plume pédée sacrément aiguisée.
La scène de combat final notamment est une apothéose de nawak et de queerness qui fera anthologie. Cela vaut vraiment le coup d’aller se faire sa petite idée, et je suis certain que ça fera rire beaucoup de monde.

