Puant

Iwak c’est Inktober with a keyboard, donc tout le mois d’octobre : un article par jour avec un thème précis.

D’abord ce fut une odeur subtile, vraiment une fragrance discrète sous forme d’un léger fumet difficile à décrire. Je dirais de l’encens avec un je ne sais quoi de salé qui faisait déjà aussi poindre une pointe d’umami (うま味). Odeur et goût sont décidément des éléments sensoriels pour lesquels je subis le plus de synesthésie, je trouve qu’ils sont la plupart du temps parfaitement métaphoriquement substituables.

L’odeur s’est vite intensifiée, la même chose en plus fort, et cette puissance a commencé à devenir vaguement incommodante. Il se passait quelque chose dans cet immeuble ! C’était lorsque nous habitions boulevard de Ménilmontant dans le 11ème arrondissement de Paris. Bientôt l’odeur se répandit telle une pestilence équivalente à la progression de la fumée infanticide qui allait éliminer tous les premiers nés d’Égypte. Car étage par étage, l’infection gagnait les hauteurs, et personne ne fut épargné. C’était comme la main de Dieu qui venait infliger son dernier fléau, mais c’était dans un immeuble du 11ème. Visage stylisé en trois traits pour un sourire ironique et narquois

Alors que nous nous sentions de plus en plus prisonnier de notre appartement, et victime de ce geôlier invisible, l’odeur devint puanteur, puis infecte putréfaction dont les molécules tapissaient l’ensemble de notre atmosphère. Nous entendîmes les autres appartements s’agiter, étage par étage, étape par étape, certaines portes se risquaient à une ouverture, puis un claquement rapide.

Mon mari, tel Josué, prit son courage à deux mains, et ouvrit la porte pour s’assurer de la réalité de l’engeance olfactive qui avait pris possession des lieux. Il me présenta l’invisible monstre qui errait dans nos murs pour nous empoisonner. Il referma aussitôt la porte s’exclamant « Putain, sa mère, c’est insupportable, on va crever !!! ».

Et moi de lui rétorquer amusé : « Tu fais encore ta chochotte, ça va hein, c’est horrible mais supportable. » Alors pour tester, et me mesurer à la pestilence toxique en suspension dans nos pénates, j’ouvris la porte d’entrée à mon tour. Et là tel le premier-né garçon d’un général égyptien, je tombai raide mort dès lors que j’osai reprendre ma respiration, et avant de succomber (j’ai eu une subite envie de gerber, un truc qui ne m’est jamais arrivé depuis) je suppliai Pharaon de laisser partir les esclaves car nous ne pourrions jamais nous remettre d’un tel Béhémot empestant notre air.

Et puis, nous eûmes le fin mot grâce à un voisin courageux. C’était la voisine du premier étage (en dessous de chez nous), une vielle dame thaïlandaise, qui avait tenté de nous empoissonner littéralement. Elle préparait elle-même son nuoc mam en faisant macérer dans la saumure du poisson. Cette vile fermentation, ce pourrissement incontrôlé, avait tellement empuanti son appartement, qu’elle avait voulu évacuer ses remugles tueurs en ouvrant sa porte et en faisant un courant d’air dans les parties communes.

Encore aujourd’hui, même après avoir visité les tanneries de Fès (qui sont aussi une expérience olfactive qui vaut le détour, ou le contournement), le souvenir de cette puanteur hante mes jours et mes nuits. Icône d'une tête de chat qui a une attitude neutre mais donc narquoise

PS : Vous aurez reconnu les illustrations des Dix Commandements (1956) de Cecil B. DeMille évidemment. Icône de space invader

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Emoji : sous Windows ⊞ Win + . , sur Mac ⌃ Ctrl + ⌘ Cmd + Espace , sur Linux Ctrl + ; , sur mobile utilisez la touche emoji de votre clavier.


Quelle est la couleur du cheval blanc d'Henri IV ? Répondez soit blanc, rose, gris, rouge ou 42 (ou Arya ou Sookie)