Ogre

Iwak c’est Inktober with a keyboard, donc tout le mois d’octobre : un article par jour avec un thème précis.

L’année dernière par le plus grand des hasards, je suis retombé devant cet album dans une bibliothèque, il s’agit de Le Géant de Zéralda de Tomi Ungerer. Cela m’avait tout de suite grandement ému, car je me rappelle avoir eu cette BD lors d’un « noël du boulot » de mon père, ce sont ces cadeaux qui à l’époque n’était pas toujours choisis ou désirés, mais ça arrivait comme cela au petit bonheur la chance. Et c’était souvent des livres, dont pas mal n’ont pas été lus ou dont je n’ai aucun souvenir, mais parfois ça faisait mouche. Et Le Géant de Zéralda a fait mouche, je l’ai lu et relu pendant des années et des années.

C’était l’histoire d’un ogre parfaitement monstrueux qui mangeait les petits enfants et tout et tout. Mais un jour, il tombe sur la petite Zéralda, et elle se montre gentille avec lui, et elle arrive vraiment à le changer. Il finit par tomber amoureux d’elle, et il rase sa barbe, laisse tomber sa carrière d’ogre et ils se marient. Passons le fait que la différence d’âge ne se pose pas, et qu’elle n’est pas un sujet pour un conte. Icône d'un chat qui montre son trou du cul tout en te regardant dans les yeux Je me rappelle que ce rôle de gamine forte et à la puissance rédemptrice m’avait marqué. Parce que dès le début elle le remet à sa place, et lui explique la vie. Et lui n’avait besoin que de ça pour trouver le bonheur, une petite meuf qui le cadre. Hu hu hu.

Quand j’avais revu le nom de son auteur, j’avais vaguement imaginé un auteur teuton des années 80 et basta. Mais avec un peu d’opiniâtreté, et une addiction malsaine à Wikipédia, j’ai découvert que Tomi Ungerer (1931-2019) est bel et bien un petit français strasbourgeois, et que Le Géant de Zéralda date en réalité de 1967. On découvre sur sa page Wikipédia tout une histoire personnelle qui donne le vertige, juste à partir d’une simple BD de mon enfance ! Il y a même un musée Tomi-Ungerer – Centre international de l’illustration à Strasbourg.

A Strasbourg pendant l’occupation, il est alors à l’école primaire et doit apprendre fissa l’allemand, désapprendre le français (mais que sa mère a continué à lui parler pendant toute la guerre), et surtout chanter des chants nazis à la gloire d’Hitler. Il dira même que ces chants lui sont restés en mémoire toute sa vie.

Sa mère continue toutefois à lui parler en français malgré l’interdiction. Et quand elle est dénoncée aux autorités nazies, elle trouve un stratagème pour continuer : à l’officier de la Gestapo qui la reçoit, elle confirme parler en français avec son fils, et indique qu’elle continuera. Elle ajoute avec une feinte conviction : « Il faudra bien trouver des gens pour diriger ces Français après la victoire finale. » Convaincu, l’officiel admet : « Ainsi parle une vraie fille du Führer. » Et ainsi l’enseignement en français du jeune Tomi put continuer.

Il se dit alors « Français à la maison, Alsacien dans la rue, et Allemand à l’école. » C’est là qu’il commence à dessiner son environnement, comme pour exorciser son quotidien.

Tiré de la page Wikipédia de Tomi Ungerer

C’est après la guerre qu’on lui interdit alors de parler alsacien, et cela ne lui convient évidemment pas non plus. Visage stylisé en trois traits pour un sourire ironique et narquois

Il est marqué par l’autodafé organisé par les Français des livres de littérature allemande, brûlés devant lui, et le moindre mot d’alsacien à l’école valait sanction immédiate sous forme d’heures de colle ou d’une violente « paire de baffes ».

Tiré de la page Wikipédia de Tomi Ungerer

Tomi débarque en 1956 à New York, et il a un succès fou en tant qu’illustrateur pour des magazines ou même affichiste (il a réalisé l’affiche de Docteur Folamour en 1964). Il a vécu ensuite au Canada puis en Irlande. Il a produit des milliers de dessins, d’œuvres graphiques, de BD pour enfants, et de contributions diverses et variées (tout en œuvrant pour le rapprochement franco-allemand, et pour la sauvegarde de l’alsacien) mais il a aussi été architecte.

Bon bah voilà, mais pour moi ce n’était que le Géant de Zéralda. Icône d'une tête de chat qui a une attitude neutre mais donc narquoise

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