L’adoration des mages de J. Bizien (1635) de Quimperlé

Dans notre bonne vieille ville de Quimperlé, vous avez comme souvent la « haute ville », sur les hauteurs donc, et la « basse ville » près de la confluence entre Isole et Ellé qui résulte en la Laïta. La haute ville a son église gothique un peu plus tardive, et la basse ville est centrée autour de son église qui était le cœur battant d’une ancienne abbaye cistercienne très puissance fondée au 11ème siècle.

L’église abbatiale (bien romane, mais « roman breton ») est à la fois plus discrète, car elle se fond dans les toits quimperlois, mais c’est un édifice exceptionnel à bien des titres. C’est un gigantesque plan circulaire avec un dôme, et un plan en croix (en mode Saint-Sépulcre de Jérusalem1, rien que ça ! Visage stylisé en trois traits pour un sourire ironique et narquois). Et ce qui est maintenant un campanile (reconstruction du 19ème siècle) comme un clocher déporté était un clocher monumental qui trônait au sommet de la coupole (tout s’est pété la gueule en 1862). Quand on est en basse-ville, elle en impose même si elle est engoncée dans la bourgade médiévale avec ses entrelacs de rues et de maisons à pans de bois. J’adore le fait qu’avec certains angles (comme la quatrième photo de la galerie qui date de 2017), on arrive à en avoir une image qui transcende les époques. Icône d'une tête de chat qui a une attitude neutre mais donc narquoise

L’intérieur est tout aussi surprenant et impressionnant avec ce plan cruciforme qui déploie des chapelles, et une abside surélevée qu’on appelle le chœur des moines. La crypte qui est comme souvent l’espace intact le plus ancien du bâtiment abrite le tombeau et gisant de Saint Gurloës.

Après c’est une église assez sobre et dépouillée, et ce n’était pas la raison de mon épanchement de base. Mais comme je n’avais jamais vraiment parlé de cette magnifique église, je voulais tout de même placer un peu le cadre de mon intervention. Hu hu hu. Icône d'un chat qui montre son trou du cul tout en te regardant dans les yeux

Donc cet été, alors que nous la visitions pour la millième fois avec des amis qui découvraient la région, je suis tombé en pâmoison devant ce tableau. Une adoration des mages donc, un sujet assez classique, mais c’est la qualité du tableau en contraste avec son état très vétuste qui a attiré mon attention. Il y a une signature assez visible : J. Bizien pinxit (1635).

Mais ce J. Bizien est absolument inconnu au bataillon, et la notice des monuments historiques sur laquelle on tombe rapidement est tout aussi énigmatique. Le gars n’est connu que pour ça, un tableau de style flamand mais breton, qui date de 1635 (en plein Louis XIII), avec peut-être le peintre en autoportrait, ou le potentiel commanditaire dont on voit les armoiries (Auffret). Je ne l’avais jamais remarqué pour autant, mais cette fois il y avait de jolis rais de lumière sur lui, et il m’a sauté aux yeux.

On voit que c’est un très beau tableau, vraiment un truc à voir dans un musée (et pas dans une église à l’hygrométrie tropicale Icône d'un chat qui montre son trou du cul tout en te regardant dans les yeux), mais on voit aussi des retouches dégueulasses, des restaurations peut-être un peu bancales (heureusement sans aller jusqu’à la mode aragonaise) et surtout des pans entiers qui ne sont pas en bon état. Mais malgré tout, il y a un truc qui se dégage qui me plaît énormément. Et le mystère qui auréole son auteur contribue sans doute à me le faire aimer davantage.

  1. Eh oui, votre serviteur est allé à Jérusalem !! ↩︎

3 réflexions au sujet de « L’adoration des mages de J. Bizien (1635) de Quimperlé »

  1. Je ne suis jamais rentré dans l’église de basse ville… (alors que je suis rentré au moins deux fois dans l’église St Michel). Merci pour les photos et la découverte du tableau de J. Bizien ! 😄

  2. Magnifique, je note pour mon voyage de Bretagne un de ces jours.
    Par contre, non pas « la mode aragonaise »… Ce pays est trop beau, ses églises sont trop belles pour les réduire à cette catastrophique restauration 😀. J’espère que tu as vu, par exemple, le vieux monastère de San Juan de la Peña (qui a failli brûler une deuxième fois cet été)…

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