Cette dame, nous lui devons beaucoup

Je me permets de recopier les quelques skeets de Gilda qui n’a plus de blog (pffff) mais je voulais que ces quelques lignes soient postées de manière plus pérenne que sur un réseau social. ^^

J’ai dû aller loin au fond de leur site pour retrouver cet article et ça me peine. Cette dame, nous lui devons beaucoup.
Au passage, c’est grâce à la loi qui portait son nom que je tiens un des meilleurs exemples de comment on peut manipuler les chiffres pour leur faire dire ce que l’on veut. Au titre de la loi Roudy toute entreprise d’une certaine taille est tenue de publier un rapport sur l’égalité hommes femmes.

Il se trouve que jadis une de mes tâches consistait à extraire des bases de données de la grosse entreprise qui m’employait, les chiffres nécessaires à ce rapport. L’inégalité se jouait à tous les étages : moindres progressions à formations et reconnaissance dans le poste actuelle égales ; retards dans les salaires qui se creusaient lors des maternités ; primes « au mérite » toujours inférieures. Bref, l’un dans l’autre à âge et formations égales à l’entrée, les femmes gagnaient 20 à 25 % de moins que les hommes, plus ou moins comme partout.

Alors on a décidé de publier les chiffres en les répartissant par niveaux hiérarchiques et en y faisant figurer des % au lieu de nombres de personnes concernées. Cette dernière astuce permettait de gommer totalement le fait qu’au dessus de certains niveaux hiérarchiques, les femmes étaient extrêmement peu nombreuses. Par exemple si sur l’ensemble du territoire il y avait 18 directeurs régionaux dont seulement 2 femmes. Si ces deux exceptions avaient de bons niveaux de salaire, ce qui était souvent le cas car si elles étaient arrivées là, c’était soit qu’elles étaient vraiment si fortes qu’il avait été impossible de ne pas les rémunérer décemment, soit qu’elles étaient « personnel protégé » en très haut lieu, on pouvait publier sans que ça soit numériquement faux qu’en pourcentage pour les fonctions de directeurs de régions les femmes étaient presque en fourchette haute par rapport aux hommes.

L’autre effet cosmétique était dû à une part à l’époque (années 80) de rémunération à l’ancienneté. Au bout de 5 ans, bim un petit pourcentage d’augmentation mécanique, au bout de 10 ans également. Or les femmes ayant des progressions de carrières moindre, restaient plus longtemps au même échelon. Ce qui faisait que pour un échelon donné, non seulement les femmes n’avaient pas un salaire inférieur à celui de leurs homologues masculin, mais parfois, par exemple pour les échelons hiérarchiques juste avant un passage « cadres », les femmes étaient mieux payées que les hommes. La réalité que ne révélait pas ce tableau par échelon hiérarchique était que comme bien des femmes effectuaient des boulots de cadres sans en avoir le statut, elles restaient des années bloquées à l’échelon inférieur et comme leurs salaires augmentaient un peu à l’ancienneté, elles étaient mieux payées que des hommes qui ne faisaient qu’un bref passage au même échelon avant d’être validés cadres.

C’était ma rubrique : comment la loi Roudy permettait de mettre en lumière la façon dont des chiffres peuvent être présentés pour faire croire ce qu’on veut.

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