Suite au décès de Fidel Castro, on a entendu les habituels discours anti/pro aux antipodes de l’échiquier politique. C’est stupéfiant de lire et relire avec une certaine lassitude (putain je suis vieux, ça y est) les mêmes poncifs. A (l’extrème) gauche, on salue le libérateur, à (l’extrême) droite on conspue le dictateur. En bon (vrai) gauchiste, je tiens vraiment à nuancer ce qu’on dit de Castro. Comme je le disais récemment, on doit à la fois reconnaître son rôle libérateur et révolutionnaire, son apport à l’éducation et la santé des cubains, mais aussi décrier sans frilosité un régime totalitaire et oppressif. Dans tous les cas, on peut pas être Président des Conseils d’État et des ministres de la République de Cuba du 2 décembre 1976 à aujourd’hui sans être reconnu comme un dictateur digne de ce nom.

Et voilà Ségolène Royal qui représente le gouvernement français et qui nous sort :

Ségolène Royal, a salué, samedi 3 décembre, « un monument de l’histoire ». « Grâce à Fidel Castro, les Cubains ont récupéré leur territoire, leur vie, leur destin. Ils se sont inspirés de la Révolution française sans pour autant connaître la terreur », a-t-elle estimé.

Bon… ok… pourquoi pas, même si justement on pourrait décrire certaines exactions du régime comme un vrai déni de démocratie et de liberté. Mais le pire est à venir :

« Il y a toujours du positif et du négatif dans les histoires, mais certains ne vont pas se rhabiller à bon compte au nom des droits de l’homme alors qu’on sait qu’ici, quand on demande des listes de prisonniers politiques, on n’en a pas », a précisé la numéro trois du gouvernement, qui ajoute : « Fournissez-moi des listes de prisonniers politiques, à ce moment-là on pourra faire quelque chose. »

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Whââââaaaat? Pas de liste de prisonniers politiques donc pas de prisonniers politiques ? Et du coup, elle décrédibilise le début de son intervention qui avait quelques accents de vérités salutaires. Pffff. Dire qu’il y a dix ans j’en parlais comme d’une Princesse Léia. MOuahahahaha.

Beaucoup de bruits et de polémiques à propos de la mort de Fidel Castro. Des hommages en forme de panégyriques qui choquent, des diatribes et libelles qui éludent aussi les avancées sociales ou le révolutionnaire. Je comprends tout cela, et c’est bien ce qui est complexe chez cet homme du 20ème siècle. Il est à la fois un dictateur qui a oppressé, mais aussi un révolutionnaire qui a essayé, un homophobe qui a fait du mal à ses minorités, un dirigeant opiniâtre qui a lutté contre la domination américaine alors que tous les pays communistes tombaient un par un, un président qui a autant déçu et réprimé ses citoyens qu’ils leur a fait bénéficier d’une éducation et une santé comme jamais ils n’auraient connu sans lui.

Mais c’est bien ce mème qui m’a fait sourire, et a rappelé à quel point ce monde sans Fidel Castro est décidément passé à autre chose. Il ne reste plus que la reine Elisabeth II, et le 20ème siècle sera bien officiellement terminé.