Le nom de la rose (Jean-Jacques Annaud)

Après Terminator 2, une autre ressortie au cinéma qu’il fallait voir sur grand écran, même si c’est vraiment dans un autre registre ! Visage stylisé en trois traits pour un sourire ironique et narquois Le nom de la rose est sorti en 1986, mais c’est fou comme il n’a pas pris une seule ride. Tout est excellent ! Le talent de cinéaste de Jean-Jacques Annaud évidemment, mais surtout l’écriture merveilleuse d’Umberto Ecco pour imaginer un tel polar médiéval.

Je ne pensais pas d’ailleurs, que le voir au cinéma me procurerait autant de plaisir, mais le film est tellement bien, et avec un chouette remastering 4K, et simplement les ingrédients de l’époque, ça fait parfaitement l’affaire. On se rend compte aussi 40 ans plus tard que le film était particulièrement bien travaillé, quand on cherche tout ce qui pourrait faire « années 80 », et en général on remarque toujours un élément qui cloche en marquant son époque : stylisme, maquillage, coiffure, image… Mais là, à part peut-être la manière dont la fille est filmée et l’obligatoire scène de cul avec son male gaze, c’est une réussite. Et c’est surtout parce que les décors sont simples et dépouillés, on est dans une abbaye moyenâgeuse reculée en Italie, et tu as une galerie des tronches les plus improbables pour imager le tout.

Tout est clairement dans le casting pour avoir trouvé en Europe les têtes les plus incroyables, sans maquillage ni prothèse, et ça suffit à encore aujourd’hui mettre parfaitement mal à l’aise tout un chacun devant ces moines ou les habitants des alentours de l’abbaye.

Guillaume de Baskerville (mix entre Bernard Délicieux et Guillaume d’Ockham, et bien sûr Sherlock Holmes via le chien des Baskerville), avec Sean Connery dans un de ses meilleurs rôles, arrive dans ce lieu en 1327 pour participer à une dispute sur un sujet de discorde entre l’ordre des franciscains et la papauté (« la pauvreté du Christ »). Mais il est accueilli par un abbé très inquiet (génial Michael Lonsdale) par la mort récente d’un de ses moines dans des circonstances étranges. Guillaume prouve rapidement par un habile jeu de déductions que cette mort est explicable, mais d’autres morts arrivent, et un faisceau d’indices montre que c’est un mystère bien plus insondable, et macabre, qui est en œuvre.

Le film reste top car on a l’impression d’un Agatha Christie avec une peinture médiévale, très très caricaturale, haute en couleur et sombre comme la nuit. Sur le coup en le revoyant là, j’ai encore plus été impressionné par le jeu et le talent de Ron Perlman. Son célèbre Salvatore, moine hérétique bossu et difforme, qui parle toutes les langues et aucune est incroyable. Il est aussi drôle qu’inquiétant, et je me suis rendu compte qu’il n’avait même pas eu besoin d’être doublé en français, c’est bien sa voix et ses dialogues originaux (vu qu’il mélange italien, espagnol, anglais et français grosso modo). Il méritait vraiment un prix de second rôle !!!

Et sinon c’est évidemment savoureux car la plupart des personnages représentés sont des moines qui ont existé comme Ubertin de Casale ou Michel de Césène, et on peut faire confiance à Eco pour contexte fictif d’une belle érudition. J’avais oublié que c’était F. Murray Abraham qui faisait l’horrible inquisiteur Bernard Gui, et vraiment il collectionne les rôles de méchants. Je pense toujours à lui dans le film de série B Last Action Hero quand le gamin le voit et s’exclame mais c’est lui qui a tué Mozart !!

Bref, si ça repasse près de chez vous, il ne faut pas hésiter !

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