Ce documentaire suit avant tout Benoît qui est donc la « pédale rurale », mais au-delà d’un portait on y suit surtout la trajectoire d’émancipation d’un petit groupe du même coin qui va aller organiser sa première marche des fiertés chez eux. Et autant, j’ai pu penser à des précédents, lorsqu’on voit les Prides rurales existantes et qui se multiplient, comme celle de Clisson où j’ai pu me rendre, ou bien il y a maintenant plus de 15 ans celles de Gourin en plein centre Bretagne, autant là j’avoue que l’on est en Dordogne, dans le Périgord, avec comme grandes villes (mais à 50 bornes minimum) : Brive, Angoulême, Périgueux ou Limoges. Ok, c’est vraiment paumé comme coin, joli défi !!
Mais cela m’a aussi fait penser à la Pride des Banlieues et le chouette documentaire qui avait aussi raconté cette aventure. Après on n’est pas non plus sur un film qui a le brio et la production d’un Sébastien Lifshitz et ses Invisibles… Mais là où Antoine Vasquez fait ses premières armes et a, selon moi, quelques défauts formels, il compense par la tendresse et la générosité qu’il déploie pour ses protagonistes. On suit avec bonheur les interstices d’une vie queer à la campagne, avec en figure de proue Benoît qui reste très intègre et parfaitement en phase avec sa personnalité en marge et haute en couleur, pour ce coin de son enfance, qui ne lui remet pas que des bons souvenirs en tête. Et les rencontres avec les autres personnages qui vont nourrir cette idée de Pride sont autant de petites pépites qui font sourire et chaud au cœur.
Mais là encore, je ne peux pas m’empêcher d’être très étonné, voire critique, de l’isolation ressentie et vécue, tout en assumant parfaitement de vivre là et de ne pas vouloir en bouger. J’étais étonné en réalité aussi d’entendre les mêmes discours sur la campagne depuis toujours. Mais force est de constater que, même si des évolutions ont indéniablement eu lieu, les paradigmes de la vie en campagne sont à peu près toujours les mêmes. Et je le mesure bien ayant vécu au milieu des vaches dans un village de 200 âmes (même si l’Île de France propose un tout autre contexte rural, toujours très relatif) où tout monde se connaît, se regarde et se jauge à l’aune d’un faisceau de valeurs très circonscrit.
On voit bien cela dans la scène qui est la plus intéressante pour moi, il s’agit d’une rencontre entre les organisateurs et la mairie. Et là c’est passionnante car celui qui parle pour les organisateurs est diablement perspicace est doué, et il a en face de lui une maire qui exprime des doutes ou plutôt des appréhensions quant à une manifestation qui serait une provocation, et dont elle voudrait que ce soit une fête qui rassemble plutôt qu’opposer (on ne peut pas lui en vouloir). Mais l’habileté du garçon qui répond est assez géniale alors qu’il met en exergue le parallèle entre son émancipation de gay à la campagne et une femme qui en tant qu’édile a dû aussi lutter de son côté. Et quand on voit les micro-expressions des élus1, on comprend que cette Pride ne fait pas que des émules et des soutiens.
Et même dans un endroit pareil où les LGBT sont une minorité très peu visible et peu importante dans l’absolu, les préparations de leur marche ont été vandalisées par des homophobes… C’est assez troublant de voir tout cela, et on est encore plus avec eux !!!
Je crois que ce qui m’a vraiment le plus interpelé c’est de constater qu’on se sent tous isolé en tant que queer à un moment, et que malgré toutes les avancées, bah ça ne change pas complètement les mœurs et la manière dont on vit. On avance vraiment millimètre par millimètre, mais celui accompli par cette marche, il est drôlement cool et important. Et donc même si ce documentaire n’est pas une œuvre parfaite (le militant en moi voudrait toujours que la France entière ne soit faite que de petites Louise Michel en germe), il pose sa petite pierre précieuse à notre histoire, et c’est doux, c’est tendre et chaud comme on en a besoin.

- Qui m’ont d’ailleurs fait penser aux photos que j’avais prises des personnes qui regardaient la Pride de Gourin avec des tas d’expressions et de sentiments très visibles et « contrastés ». ↩︎

Vu dans un contexte très proche de celui du film, celui-ci a été ovationné par de vrais cris de joie à l’occasion d’une projection débat certes « ciblée » mais j’avais tellement l’impression que la salle était à l’image des gens du film que ça créait une étrange sensation… comme si le film s’était « incarné » dans ses spectateurs… et c’est un très joli film qui mérite le détour… https://vincentbreton.fr/pedale-rurale-a-villefranche-de-rouergue/
Je suis admiratif de ceux et celles qui restent, attaché.e.s à leur territoire, et tentent ou arrivent à s’épanouir.