chIAnlit

Il y a quelques jours, j’ai lu ce touchant texte d’Agnès [via son compte Mastodon] où elle explique avec sincèrité ce qu’elle aime dans son boulot (de développeuse informatique) et en quoi les LLM sont en train de ravager tout cela. Je ne pense pas qu’elle noircisse le tableau, et elle décrit plutôt fidèlement les changements de paradigmes en œuvre, même si les générations de développeurs séniors actuels sont en train de plutôt maîtriser l’outil actuel et d’en faire un redoutable allié (avec plutôt une facette de burn-out en vue). En réalité, on voit également dans le même temps, les plus jeunes (au sens « verts » ce n’est pas une question d’âge) développeurs l’avoir comme une béquille, et puis rapidement comme un indispensable outil de travail, au même titre qu’un ordinateur ou un logiciel de bureautique1.

Mais bon rien de nouveau… Il suffit que je me retrouve à faire une opération d’arithmétique niveau CE2 de tête pour le constater. Je finis toujours par vérifier ça sur mon téléphone… Et quand je dois écrire deux phrases avec un stylo sur un papier, je m’attends presque à voir des trucs soulignés en rouge, et je ne suis pas à l’aise de ne plus avoir ma propre béquille. Donc je suis partagé entre la grande résilience humaine qui nous permettra encore de surmonter cette révolution (mais je pense toujours que c’est une hérésie sociale, sociétale, écologique, morale et éthique, mais une de plus…), et je lis ce scénario catastrophe qui est en ce moment pas mal pris au sérieux. Car il s’agit bien d’une vision anticipatrice mais pas de la science-fiction, le papier décrit juste ce qu’il pourrait bien se passer vers 2028.

Ce qui m’interpelle, et que j’ai déjà évoqué, c’est tout de même ce deux poids deux mesures entre la digitalisation et l’automatisation des tâches manuelles et celles des tâches intellectuelles (au-delà de certaines considérations philosophiques2 bien sûr, nous ne sommes pas des bêtes), et donc cette différence entre finalement la remise en cause des activités prolétaires de celles des cadres et professions intellectuelles. Car il me semble qu’on en a juste pas grand chose à branler quand on ferme des usines et que des gens se retrouvent sur le carreau, ou que des professions entières disparaissent car elles ont été automatisées ou passées d’artisanat à industrie, quitte à s’asseoir sur la qualité des produits ou leur diversité intrinsèque.

Et le papier que je citais l’évoque bien à travers l’économie, puisque c’est non seulement une question de tâches intellectuelles, mais donc de cadres et professions les mieux rémunérées aujourd’hui, et donc les gros consommateurs qui achètent tous ces trucs, qui ruinent la planète, mais qui nous font aussi bosser dans un des maillons de cette grande chaîne merveilleusement capitaliste. Pour une fois, le risque qui est cité est bien celui de détruire la capacité d’achat de ces consommateurs avec des moyens, et d’enclencher une spirale de destruction de l’économie mondiale (rien que ça).

Et donc comme ça touche les gens avec du pouvoir, du pognon et les Maîtres de l’Univers actuels, forcément ça émeut un peu plus que des prolos en reconversion (Ils ont qu’à être agiles !). Et j’en fais largement partie, puisque vous voyez comme j’en parle con Emoción y Pasión alors que je tiens depuis 23 années un blog de pédé qui parle de truc de pédé normalement. ^^

Et donc cyniquement je me dis : Mais est-ce que c’est pas bien fait pour notre gueule ce bordel ? Est-ce que cela ne va pas briser une sorte de domination pseudo-intellectuelle capitaliste mal embouchée, et remettre les professions non automatisables (y en a t-il encore ?) sur le devant de la scène ?

Après je vois évidemment tout un tas d’autres raisons pour lesquelles ce n’est pas souhaitable. D’abord parce que, comme tout le monde, je n’aime pas changer, mais aussi pour un certain idéal de l’intellect humain et de sa créativité. Néanmoins, on a bien renoncé à l’artisanat de qualité pour quelques uns afin d’arriver à l’industriel de pacotille pour presque tous, donc ne fera donc t-on pas la même démarche sur le front des idées et des productions intellectuelles ? Il semble que cela soit déjà bien parti…

Ploum évoque des changements de paradigmes en parlant de manière anecdotique des Internets, il se demande le prochain changement. Je me demande comment il n’a pas pu au moins conjecturer l’IA. Est-ce que c’est une méthode Coué pour conjurer le sort ?

  1. Et c’est exactement le but des vendeurs de LLM : avant qu’on ne puisse les rejeter en masse pour des raisons éthiques, il faut qu’on en devienne accros. ↩︎
  2. Et notamment l’abêtissement du monde entier qui m’inquiète un chouïa. ↩︎

6 réflexions au sujet de « chIAnlit »

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