Partir ou pisser dans un violon ?

Il y a tout juste un an, en réaction à l’arrivée de Trump aux USA, mais surtout suite aux attitudes serviles, inféodées et parfois carrément en soutien à des politiques aux relents fétides1 des grands services « tech » mondiaux2, j’ai voulu m’éloigner des plus toxiques. J’ai évoqué cela dans un article précédent. Cela signifiait d’abord Twitter, mais aussi Meta, et donc Facebook, Instagram et Whatsapp pour citer les plus connus et usités. J’avais aussi en ligne de mire Google, Amazon et Apple évidemment. Et d’ailleurs depuis ces entreprises ont complètement confirmé leur infléchissement vers ces politiques réactionnaires, et ont arrêté tout progrès en termes de responsabilité sociale et sociétale, voire renoncé à des programmes visant à établir une meilleure inclusion (quelle qu’en soit la nature).

Il n’a pas été très difficile de passer de Whatsapp à Signal sauf pour les quelques irréductibles (Maman ^^ ) qu’il faut continuer à travailler au corps, mais je crois qu’on arrivera bien à bout de cette messagerie. Il s’agit tout de même d’une commodité dont même des solutions open-source sont à notre portée, un peu comme les emails.

Facebook j’y allais vraiment pas réflexe pour y coller les mêmes choses qu’ailleurs, avec déjà une politique de « d’abord le blog, et on fait des liens » (sauf les photos que je postais en n exemplaires). J’aimais bien y mettre quelques nouvelles pour des personnes de ma famille et d’anciennes connaissances. Et il y a tout de même des gens (une poignée) que j’aime beaucoup et qui postent régulièrement sur ce site de boomers (ça m’épate). C’est dingue car Facebook est vraiment blindé de pub et il faut chercher les articles des proches, mais au lieu d’ouvrir un blog, ils postent là-dessus. Et souvent ce sont des militants queer ou des gens paraissant éveillés3, mais c’est tellement plus simple de poster au sein d’une communauté en ligne déjà établie, et avec des outils super évidents. Je ne peux pas leur jeter la pierre, c’est en effet plus simple et plus facile, et gratuit en apparence… Mais la morale alors ?

Comme sur les autres services, Twitter et Instagram notamment, j’ai arrêté de contribuer ou commenter, et j’ai simplement mis en profil que le compte était « en sommeil depuis janvier 2025 » (ce qui est assez explicite selon moi). Loin de moi l’idée d’influencer qui que ce soit, de partir en claquant la porte et en faisant ma Sarah Bernhardt4, ou d’avoir une attitude jugeante ou critique de « ceux qui restent ».

Pour Twitter, ça a été à la fois salutaire et difficile. Salutaire, car je ne pouvais plus faire tourner la machine d’un facho patenté, et vraiment cette polarisation érigée en fonctionnement nominal était éreintante, mais difficile car j’avais un statut qui était important pour mon petit orgueil mal placé, et j’ai laissé des gens que j’aimais bien fréquenter là-bas. Malgré tout le bilan est bon, car je me sens beaucoup moins oppressé par les discours de la plateforme et son algorithme infernal, et finalement une partie non négligeable est allée grossir les rangs de Bluesky.

Comme pour Facebook, je me connecte tous les dix jours à peu près, quand j’y pense, pour prendre la température, et « liker » deux trois trucs. Comme j’ai désintallé les apps en question, j’oublie vraiment régulièrement que cela existe. Il n’y a bien que quelques tantes et cousins qui m’ont fait la remarque d’un regret sur le flux tari de photos. (Et donc c’est dommage pour eux !)

C’est pour Instagram que je me doutais que ce serait beaucoup plus difficile, et j’ai dans un premier temps surtout voulu arrêter de contribuer et poster des choses. Etonnamment, ça s’est fait comme une lettre à la poste. Car comme pour tous les autres services, devinez quoi ? Si on arrête de contribuer : tout le monde s’en branle !! Mouahahahahaha. Bah oui, mais ça je le savais déjà, c’était la même chose sur Caramail en 1998, sur les blogs en 2006 etc. A part quelques personnes qui comptent, sinon c’est un flot tellement intense que personne ne vous entend (crier dans l’espace). Donc on arrête, et on n’est plus. RIP. ^^

Je suis donc devenu un pur laudateur d’autrui. Je like, je fav, je plussoie. Et je commente en privé ou je DM (messagerie privée), donc je ne suis qu’en réaction des contributions « des autres ». Cela remet un peu l’égo en place5, et puis je me suis rendu compte que mon activité ici-bas ou sur Mastodon et Bluesky me suffit largement. C’est au moins ça de pris.

En revanche, la consommation d’Instagram reste trop intense. Mais c’est que j’y prends encore beaucoup plus de plaisir, que cela n’engendre de désagréments. Ce qui m’ennuie c’est que, même si je n’entretiens plus activement la machine, je contribue encore trop par ma consommation à cette entreprise que je honnis de tout mon être. Et moralement, moi je me sens piteux et coupable, et je n’aime pas cela.

J’ai conscience de tenir là des propos d’une personne qui explique ses dépendances et la manière dont elle essaie de se désintoxiquer, et de trouver des palliatifs ou d’autres occupations plus saines, voire des excuses pour continuer à prendre une taf à droite ou une ligne à gauche, mais uniquement le vendredi soir pour fêter le ouikène. ^^

En revanche, quand je vois tous mes coreligionnaires, parfois militants officiels d’associations, qui continuent à vivre au grand jour leur assuétude en faisant vivre ces béhémots qu’ils décrient, c’est incompréhensible pour moi. D’autant plus avec de fausses excuses comme celles de « on ne peut pas faire autrement, les gens sont là » ou « tous mes potes y sont » ou pire « je combats le mal de l’intérieur ». LAULE !

Pour Google c’est contrasté mais encourageant, j’avais expliqué en décembre mais j’ai bien dégooglisé 80% de mes usages, y compris pour le mail ou le stockage en ligne. Après ce n’est pas fini, et avec tout ce retour d’expérience, je comprends que ce n’est pas évident du tout de faire tout ce que j’ai fait. Ce sont des heures et des heures de geekage qui ne sont pas à portée de tous (ni le savoir-faire, ni l’envie, ni les moyens), et les services en question sont d’une attractivité qui fausse la concurrence des options open-source et libres : c’est simple, gratuit en apparence, et « tout le monde » y est déjà.

Donc partir ou pisser dans un violon ? Bah j’ai fait les deux je crois. Je suis parti, je ne manque à personne (laule), mais pour quel effet ? Bon déjà mon amour-propre hein, c’est pas rien. ^^

Peut-être que nos relations étatsuniennes pulvérulentes du moment vont un peu changer la donne ? Naaaaan je n’y crois pas. On est fichu !!

  1. On ne se doutait pas à quel point à l’époque… Finalement on a eu encore plus que ce que l’on pouvait redouter ! ↩︎
  2. Y compris Spotify qui est un service suédois. J’ai récemment d’ailleurs souitché sur Deezer. ↩︎
  3. Oui des queerislamogauchistes, comme moi citoyens actifs du Wokistan !!! ↩︎
  4. Surtout que ça me laissait la possibilité de revenir en catimini après un échec flagrant. ↩︎
  5. J’ai perdu une audience considérable, mais c’était d’une telle futilité. Et malgré tout c’est un certain regret, car je ne suis plus « en tête » de mes suiveurs avec ces images ou ces posts. Et ce blog est invisible en proportion. Humilité, je vous dis. ^^ ↩︎

2 réflexions au sujet de « Partir ou pisser dans un violon ? »

  1. Je me pose ces questions depuis un an tous les soirs et certains week-ends. La journée je suis trop prise par le taf.

    Pour moi c’est plus compliqué. Je suis là où sont celles et ceux que je suis. J’ai cru parvenir à quitter Twitter en désuivant celles et ceux que je pouvais suivre ailleurs (dont Bluesky), mais depuis quelques temps les comptes amis semblent y faire de la résistance alors je RT et like à nouveau certains posts.

    Je cherche toujours une alternative à Instagram mais là vraiment trop de personnes y sont que j’aime à suivre pour que je quitte vraiment et je n’ai toujours pas trouvé où publier facilement mes photos (tenté Pixelfeld mais pour l’instant ça ne prend pas, j’ai vraiment besoin d’un truc où je peux poster sans avoir à réfléchir).

    Je suis dans plein de groupes WhatsApp, il n’y en a guère que deux (ma petite famille) que je pourrais pousser vers une autre solution, les autres c’est comme FB ou Google devenus trop des outils de tous les jours pour bouger les autres personnes. Pareil sur FB je poste à l’intention des personnes qui y m’y suivent les infos qui peuvent les intéresser. J’échappe à la pub (ordi + bloqueur de pubs).
    C’est sans doute de YouTube dont je suis la plus dépendante, j’ai ouvert des strapontins sur les alternatives, mais pour l’instant je n’accroche pas.
    Ma vraie présence est sur Masto, clairement. C’est le seul endroit où je suis parce que j’y suis et pas parce que celles et ceux que je souhaite lire y sont (qu’iels y soient est un grand plaisir, mais comme chez framasphere en son temps ou posterous ou fotolog, je suis contente d’y être parce que l’environnement me convient).

    Enfin, rien ne remplace nos bons vieux blogs.

    D’ailleurs, ma priorité est de réactiver Traces et trajets. J’ai besoin d’un jour calme avec du cerveau disponible. Ce week-end ? (Je me dis ça depuis tous les week-ends depuis mi-décembre #PetitAirFatigué )

  2. Twitter j’y reste parce que je me dis qu’un jour il redeviendra Twitter. Je ne vais pas fermer un compte de 2006, quand même :-)
    C’est devenu si anxiogène, avec tout le monde qui se tape dessus et raconte n’importe quelle contre-vérité, que je n’y vais plus pour ménager ma santé.

    Facebook… j’ai quelques personnes que je ne connais que là, notamment trois Américains que je compte aller voir dès la fin de Trump (pourvu qu’ils tiennent jusque là). Tu as raison, la pub est infernale. Je l’ai désinstallé de mon téléphone depuis que je sais que l’espionnage des conversations est avéré (les pubs qui reprennent justement ce dont tu parlais il y a six heures: eh bien ce n’est pas une impression).

    Ouiiiii, Traces et trajets !!!!

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