Iwak c’est Inktober with a keyboard, donc tout le mois d’octobre : un article par jour avec un thème précis.
Vous savez on dit souvent c’était une Grande Dame… Eh bien Hélène Hazera est une de ces Grandes Dames, et c’est son enterrement aujourd’hui alors je profite du mot du jour, qui lui sied si bien, pour lui rendre un petit hommage. Si vous voulez la connaître un peu mieux, vous pouvez lire sa page Wikipédia, mais surtout écouter les émissions que France Culture lui a consacré il y a presque dix ans. On y parle alors d’une femme de combats, et c’est assez juste quand on se rend compte de tout ce qu’elle a accompli, dans une discrétion, une humilité et un naturel assez singulier, et en tout cas unique en son genre.
Je ne sais pas à quel point c’est le fait qu’elle soit une femme (et trans) justement qui l’ait autant invisibilisé, mais je crois surtout qu’elle s’en foutait complètement, ni de son héritage, sa renommée ou sa postérité. C’était sans doute une personne parfaitement altruiste et humble, et qui ne cherchait qu’à vivre simplement en jouissant de l’existence, en se cultivant aussi, tout en essayant par ses luttes à accompagner l’émancipation de ses adelphes. Passionnée de chansons francophones, elle était également devenue une grande spécialiste du domaine.
Je vous parle d’elle, car je la connaissais, mais ce n’était pas du tout réciproque. Nous ne nous sommes jamais parlés, et nous ne sommes pourtant qu’à 1 degré de séparation via des dizaines de personnes. Mais surtout, elle est l’une des personnes que j’ai le plus croisé dans ma vie parisienne. Dès que j’ai mis les pieds dans le Marais, ponctuellement en 1994, et quotidiennement depuis 1995, je l’ai croisée. Et donc, et je ne sais pas pourquoi, ce visage m’a marqué depuis une trentaine d’années mais uniquement parce que par le plus grand des hasards, elle était dans les mêmes soirées, bars, rue du Marais, rue du onzième, manifestations et parades… C’est quelqu’un que je connaissais de vue depuis des années quand j’ai enfin appris de qui il s’agissait.
Ce n’était pas si fréquent que cela d’avoir des femmes trans, surtout un peu plus âgées que la moyenne, dans les lieux gays, et donc je l’avais remarquée. Au bout d’un moment, on se saluait de loin, et c’était un sourire de connivence. Mais rien de plus. Et en réalité, il y a plusieurs personnes comme cela, que j’ai croisé pendant mes plus 25 ans de vie parisienne, et que je ne connais que de vue (et qui ne me connaissent sans doute pas, car je suis vraiment du genre à reconnaître et « imprimer » tout un chacun).
J’ai vite appris qu’Hélène Hazera (pour l’avoir vu faire quelques discours et dans la presse LGBT) avait été au FHAR dans les années 70, puis dans les Gazolines, elle a milité à Act Up-Paris, elle a été travailleuse du sexe, journaliste à Libé et animatrice de radio sur France Culture. Bref, vous l’aurez compris une héroïne de tous les fronts, de toutes les luttes, et sa perte est une grande tragédie pour beaucoup de gens.
Il y a quelques temps un documentaire à son propos est sorti au cinéma, mais malheureusement il n’y a eu qu’une seule projection à Rennes, et je n’y étais pas. J’ai même écrit au cinéma pour savoir s’il serait rediffusé tant j’étais triste de rater ça. Et là sur Facebook, qui est décidément aussi le réseau social des vieux pédés
, j’ai vu fleurir des dizaines de posts la concernant. Cela m’a d’ailleurs bien confirmé que par transitivité, je n’étais vraiment pas loin d’elle.
Occasion manquée, mais admiration sans faille. Mes pensées sont pour toi aujourd’hui, Hélène.
*** Bite !! ***1
- C’était le cri de ralliement des Gazolines.
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J’adorais cette nana. Intelligente, cultivée, drôle, fan de musique arabo-andalouse et émouvante.
Ah mais oui, sa passion pour Oum Kalthoum !! ❤️❤️❤️
Le film « Hélène Trésore Transnationale » de Judith Abitbol est disponible en VOD sur Sooner 🤓
Oh mais, merci beaucoup, je vais pouvoir regarder ça ! ❤️
Vous lui rendez un bel hommage.
Je me souviens d’elle à la radio. Dans Libé quand le journal était encore intéressant. Et ça commence à bien faire ces gens chouettes qui meurent. 🙁
On a discuté 3 ou 4, trop courtes, fois, elle et moi quand j’étais militant associatif. Elle adorait la Bretagne, baragouinait un brin en breton et connaissait le Bro Gozh (l’hymne breton) mieux que moi.
On a même fait une courte bataille de bidous* entre 2 ateliers, à un raout militant national, le lendemain des attentats du Bataclan. Je me rappelle de la tête consternée de certains.e.s en nous voyant jouer comme des gosses de quatre ans.
Un peu de lègèreté dans un moment chargé en émotion. Je trouve que ça la résume assez bien. Une culture de dingue, un caractère fort, no bullshit, mais la simplicité et la bienveillance de celleux qui en ont bavé et en sont revenu•e•s.
*si vous avez du bidou, vous l’entrechoquez avec celui de l’autre personne qui a aussi du bidou, façon sumotori mais sans les mains, jusqu’à la faire reculer. Je ne me rappelle plus qui a gagné, mais on a rit comme des mômes.