Il n’y a malheureusement pas de date de sortie en France pour ce film, et je ne comprends pas pourquoi. Il a eu un prix à Sundance, il est bien réalisé et avec deux têtes d’affiche pas anodines : Russell *j’aime tant tes oreilles* Tovey et Tom Blyth. Et c’est un bon petit film indé G.A.Y. bien assumé, il devrait avoir une date de sortie, et j’aurais dû en entendre parler. Mais non, si ça n’avait été un pouët sur Mastodon, j’aurais complètement zappé1.
Nous sommes en 1997, et Tom Blyth est un tout jeune policier en banlieue de New York (upstate) dont le rôle est d’être un appât à pédés dans les toilettes d’un centre commercial. Il repère les homos qui cherchent, il fait une œillade et obtient le retour pour ensuite signaler le délit à un autre collègue qui vient coffrer le gars en question. Il s’agit d’un harcèlement pur qui est une démonstration simple et nette d’homophobie systémique, et qui a existé un peu partout. On sent que Tom Blyth ne vit pas cela très bien, et qu’il y a sans doute un « truc » avec sa sexualité. Et puis, un beau jour c’est Russell Tovey qui entre dans ces toilettes, et là c’est un tel émoi pour le jeune flic en civil qu’il en perd ses moyens, et ne parvient qu’à faire échouer l’arrestation. Russell Tovery arrive à lui glisser son numéro, et les deux hommes finissent par se revoir, et devenir amants.
Le film est assez simple dans son histoire, mais il déploie une narration non linéaire assez intéressante, et il sème des indices pas faciles à repérer. Mais à la fin, on se dit « aaaah c’était donc cela », et ces stratagèmes donnent un côté habile et une petite patte de cinéaste bienvenu. On sent vraiment le réalisateur qui est très jeune, et il y a un petit côté « je sors de la Fémis ». Et je dis cela dans le bon sens du terme, même si cela peut se voir avec un brin de maniérisme (un peu comme les premiers films de Xavier Dolan et les formats utilisés) car on a pas mal d’usages de vidéos avec grains genre VHS (pour faire 1997) et des plans un peu alambiqués. J’y ai retrouvé un peu aussi de la caméra d’Andrew Haigh, notamment dans les plans sur les jolis messieurs et leurs intéractions, mais pas avec exactement le même talent. Mais au final, entre ça et le montage, cela donne une qualité formelle au film qui, malgré sa jeunesse, gagne des points.
Il faut surtout saluer le jeu magnifique des deux comédiens qui se donnent à fond, et sont très crédibles. J’ai bien aimé Russell Tovey qui sort de ses rôles de beaux gosses et assument plutôt bien son rôle de daddy, ayant même (sans doute) gagné des kilos pour le rôle et un embonpoint crédible avec les révélations qui viennent à la fin (enfin au début, mais au début on ne sait pas que c’est la fin, et à la fin on comprend mieux le début, qui était la fin). On est aussi plutôt bien dans cette fin des années 90 que je connais si bien, même si cette chasse aux pédés par les policiers m’est vraiment étrangère (à Paris en 1997 en tout cas). Il y a bien quelques dissonances, mais globalement on y croit, et cela sert correctement le propos du film.
Dans l’ensemble, c’est une belle œuvre qui embarque, et finit par fournir une intrigue prenante et touchante. La relation entre les deux n’a pas la puissance d’un Weekend, mais on n’est pas si loin, et ce n’est pas peu de le dire, et d’oser cette comparaison.

- Bon, du coup c’est un Tipiak assumé, mais j’irais le voir au cinéma s’il sort évidemment. ↩︎

Ne passera-t-il pas dans les cinémas d’art et d’essai ? Les Utopia pourraient le programmer.
Quelle belle affiche !
Il serait au moins prévu à la distribution. Il est sorti le 4/11/2025 aux USA.
Mais oui je l’aurais très bien vu dans un Utopia.