4.48 Psychose (Sarah Kane) avec Sandrine Bonnaire au théâtre de l’Atelier

C’était un sacré défi d’aller voir 4.48 quand c’est le texte préféré de chérichou de son autrice « icône » Sarah Kane. Et donc moi je suis clairement beaucoup beaucoup moins connaisseur de l’univers, mais tout de même étant le mari de mon mari, j’ai lu le texte une poignée de fois, et j’ai assisté à maintes tentatives de mise en scène et même de répétitions pendant un an. Donc j’ai entendu le texte pas mal de fois, et on l’avait vu il y a une dizaine d’années dans une représentation catastrophique.

Posons le décor, Sarah Kane (1971-1999) est une dramaturge britannique dont les pièces ont provoqué pas mal de scandales et d’incompréhension, et elle-même a lutté des années avec une santé mentale compliquée. Elle écrit 4.48 Psychose à propos1 de son expérience avec la psychiatrie, les docteurs, les médicaments et l’institution au global, y compris dans sa dimension sociétale, et quelques semaines après l’avoir terminée, elle se suicide. J’ai toujours en tête une des premières répliques de la pièce :

Je suis tellement déprimée à l’idée d’être mortelle, que j’ai décidé de me suicider.

La pièce est vraiment complexe à appréhender, car c’est un texte de théâtre sans vraiment de personnage ou d’intrigue, et pourtant ça raconte des tas de choses avec une sorte de fil conducteur. On comprend bien que c’est une jeune femme, on peut penser à l’autrice, qui est hospitalisée, et qui a des échanges réguliers avec son médecin. Le spectacle est avant tout un long monologue avec à la fois des stances très « assertives », des réflexions plus de fond sur son statut dans la société, et des moments plus « performatifs » pour incarner l’aliénation de la prise de médicaments (les noms des molécules, les grammages et posologies), ou les échanges itératifs et abscons avec un psychiatre incarnant la source même de la maladie mentale.

La mise en scène de Jacques Osinski, avec la traduction de Vanasay Khamphommala (2024), permet d’avoir une pièce qui facilite un peu la compréhension, et c’est pour moi la grande qualité du spectacle. En effet, on a sur scène la seule Sandrine Bonnaire2, mais le médecin est incarnée par le comédien Frédéric Leidgens (qui est particulièrement bon) qui apparaît en vidéo sur un grand écran derrière la comédienne. Il y a aussi des moments où le texte est diffusé sur l’écran qui est derrière, et qui échappe donc à l’oralisation pour prendre une position un peu plus « contextuelle », et d’autres moments où Sandrine Bonnaire énonce des répliques à l’aide d’un microphone.

Ces différentes manière de séparer le texte pour former des couches narratives distinctes aident beaucoup à appréhender la pièce, sans toutefois en faire un truc parfaitement lisible (c’est impossible Visage stylisé en trois traits pour un sourire ironique et narquois). On arrive bien à percevoir ses échanges avec le psy, et à comprendre ses états plus ou moins enfoncés dans la maladie, dans des crises, mais aussi dans l’abrutissement des médicaments. On reconnaît des dialogues, qu’ils soient avec le psy ou intérieurs, des déclarations plus ou moins sensées, et cette gangue de déprime qui lui tombe trop régulièrement dessus, avec également ses va-et-vient au sein de l’institution psychiatrique.

Ce que j’ai regretté, mais qui est sans doute lié à des interprétations qui étaient différentes par mon chérichou, ce sont certains moments forts de la pièce et des répliques qui sont un peu trop effacés et qui manquaient d’énergie et de puissance, voire d’hystérie. La colère est un peu trop gommée, alors qu’elle paraît évidente dans le texte et la progression de son expression. Malgré tout Sandrine Bonnaire est excellente, et elle délivre une performance parfaitement au niveau du texte.

La mise en scène permet de bien entrer dans l’univers de Sarah Kane, et même si ça reste abrupte et aride par moment, je ne me suis pas ennuyé une seconde, et j’ai trouvé la pièce vraiment efficace. C’est une bonne occasion de découvrir cette dramaturge qui est considérée aujourd’hui comme une voix théâtrale majeure du 20ème siècle.

  1. Ou bien en tout cas elle nourrit sa pièce de son expérience. ↩︎
  2. Elle est née un 31 mai, ce qui fait d’elle quelqu’un qui a déjà une sacrée qualité !!! ↩︎

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