Notre salut

Voilà un film vraiment intéressant, et qui vaut le coup tant c’est bien écrit et bien joué. Malgré sa longueur un petit trop importante pour moi, et quelques éléments dont je n’ai pas compris l’intérêt, mais pas vraiment des maladresses, peut-être un truc de cinéma trop intello ou précieux, c’est vraiment par son angle original, et son fondement sur des documents réels qui font tout son intérêt.

« Notre salut » c’est le nom de l’ouvrage que Henri Marre, pétainiste fier et convaincu, a écrit suite à la défaite de la France, et en 1940 il tente, coûte que coûte, de le promouvoir dans les sphères du pouvoir. Pour cela il se rend à Vichy pour tenter de se trouver un poste, et de profiter de la moindre opportunité dans un régime aux valeurs qui sont parfaitement consubstantielles au siennes. On va ainsi suivre pendant toute la guerre la destinée de ce type. Mais ce type c’est une vraie personne, et son arrière-petit-fils, Emmanuel Marre, n’est autre que le réalisateur et auteur du film.

Ce qui est vraiment singulier et captivant dans ce film c’est qu’on a une histoire qui est centrée sur un collabo, et en plus un bon fervent d’extrême droite versé dans le « management » et le « business ». Mais ce n’est pas non plus une peinture complètement manichéenne, on le voit galérer, et on suit son ascension dans des postes de fonctionnaires de la France Libre. Il va finir par être le responsable du CLC (Commissariat à la Lutte contre le Chômage pour la zone sud) à Limoges sous les ordres d’Henri Maux (dont je découvre du coup l’intéressant personnage).

Henri Marre est vraiment un homme sans foi ni loi, et qui va toujours trouver les moyens de saisir son intérêt, tout en ayant sa famille qu’il finit (plus ou moins à regret) par faire venir aussi dans le Limousin. Le lien avec son épouse est passionnant, et aussi plus ou moins documenté puisque ce sont leurs échanges épistolaires qui sont la source documentaire pour le long-métrage. J’ai bien aimé la forme du film qui se veut très épurée et simple, on est vraiment sur un récit qui paraît fidèle à une réalité presque documentaire, et beaucoup moins qu’une narration fictive. Cela donne parfois des passages un peu longs ou fastidieux, mais cela sert bien le côté réel de ces péripéties d’un (haut) fonctionnaire moyen dans les engrenages de ce gouvernement assujetti aux allemands.

C’est assez ironique d’ailleurs de voir comme le sujet est d’abord du « travail au français », et rapidement de la nécessité de mettre en place des camps de travail pour recruter des portugais, des espagnols et des polonais… On suit aussi en filigrane le rôle de ces fonctionnaires intermédiaires d’un ministère du travail dont le rôle a aussi consisté à fournir des informations sur les origines des travailleurs, ou même de contribuer à la logistique de « ramassage » des « israélites » dans des camions ou des trains.

C’est évidemment impossible de ne pas faire le lien avec les films de Gaulle, mais là on est dans un traitement beaucoup plus terre à terre et naturaliste. Tout en ayant ce prisme de la collaboration qui est vraiment un truc super original et particulièrement bien traité par ce petit bout de la lorgnette de ce Henri Marre, le film développe avec une belle acuité la relation de couple avec son épouse (très bien jouée par Sandrine Blancke). Mais c’est aussi Swann Arlaud qui est absolument bluffant, et qui tient vraiment le film de bout en bout.

Je regrette juste un film globalement trop long. Mais je ne sais pas si ce n’est pas aussi le revers de ce traitement « réel », donc ce n’est peut-être pas un défaut que cela. Mon autre bémol, ce sont des traitements que je n’ai pas bien compris. Par exemple, la caméra est beaucoup à l’épaule, ce qui ne m’a pas choqué et donne un côté très « réel » encore une fois. Mais pour des gros plans dans des scènes sombres, c’est une vraie torche de lumière qui est projetée sur les visages comme un caméscope en 1985. Et ça ne peut pas être une maladresse du réalisateur, c’est un truc voulu. Mais je n’ai pas compris pourquoi ? De même, deux scènes sont doublées par des tubes des années 80, avec un vrai décalage anachronique, voulu encore sans aucun doute, et un effet presque comique. Mais idem, je ne vois pas ce que ça dit, ce que ça apporte ou l’effet cinématographique. Cela m’a un peu fait penser aux procédés que j’avais déjà trouvé un peu étranges dans la Zone d’intérêt, mais là je comprends encore moins ce que ça peut signifier. Après c’est peut-être moi qui suis un peu bas de plafond, je le reconnais.

Donc le film est vraiment très bien. Mais avec un petit peu plus de « liant » et d’un narratif « cinéma », ça m’aurait sans doute paru mieux. Et encore une fois, je vois malgré tout la qualité et les avantages de l’aspect réaliste du traitement, donc je ne boude pas mon plaisir.

2 réflexions au sujet de « Notre salut »

  1. Moi aussi j’ai vraiment apprécié ce film. C’est, je crois, le premier que je vois qui nous entraîne de façon austère dans cet univers inconnu. Tous les films glorifient avec plus ou moins de rigueur les résistants, insistant parfois sur le côté « romantique ».
    Ici, c’est presqu’un documentaire sur la vie d’Henri Marre, assez rude sans fioritures.
    La relation du couple évolue et l’épouse se construit en apprenant à se débrouiller.

    J’ai aimé la lenteur et la longueur du film, on perçoit l’évolution de la situation et d’Henri Marre.
    Un critique disait que la fadeur des couleurs l’avait gêné, moi pas.
    L’intermède musical allège avec humour le film, pourquoi pas !
    Merci pour ton billet, je l’aime aussi !
    Anita

  2. Merci d’avoir signalé qu’il était beaucoup caméra à l’épaule, ça m’évitera d’aller le voir au cinéma et de devoir sortir de la salle parce que j’ai le mal de mer.
    (Il y a des précédents dont un film mexicain que je trouvais formidable mais je n’ai pas tenu le coup).

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