Remember Me à la Bourse de Commerce — Pinault Collection

Quelle chance j’ai eu de pouvoir me rendre à cette exposition alors que c’était le lendemain de son démarrage à Paris. J’imagine qu’elle va faire salle comble pendant toute son ouverture, parce que c’est selon moi une énorme réussite. Il s’agit d’une exposition de photographies qui célèbre vraiment ce medium en tant que tel, et ses deux cents ans, à travers son éminent pouvoir mnémonique. Mais à part quelques minces allusions, c’est surtout une réjouissante rétrospective du savoir-faire des humain·e·s en matière de photo.

Il faut dire en plus qu’il s’agissait aussi de ma découverte de la Bourse de Commerce en tant que lieux d’exposition des collections des Pinault (père et fils), et mazette ce que j’ai aimé le lieu !! Cette rotonde incroyable, ce dôme de verre, les espaces d’exposition, waouuuuh. Et en plus, les scénographies des espaces étaient particulièrement soignées et réussies. Carton plein pour moi !

Barbara Kruger à qui nous devons l’affiche de l’exposition et son titre est aussi l’artiste qui occupe la place centrale dans la rotonde, et cet immense cylindre où elle a pu s’exprimer. Bon c’est immense, c’est impressionnant et son œuvre en jette, c’est le moins qu’on puisse en dire (ce n’est pas le Léviathan d’Anish Kapoor mais ça ne passe pas inaperçu). Le lien global avec l’exposition m’échappe un peu, mais pourquoi pas ???

Et là Barbara, mais qu’est-ce que tu veux me dire ? Visage stylisé en trois traits pour un sourire ironique et narquois

Les collections sont ensuite réparties par grands ensembles dédiés à deux photographes dans deux galeries, où on peut vraiment profiter des œuvres de deux géants du domaine : Raymond Depardon et Irving Penn. Et les deux sont présentés avec une maestria assez folle en jouant sur un sens de la profusion et l’immersion dans des univers. Pour Raymond Depardon, on a des photos de ses paysages français qui sont comme suspendus dans l’air, et ont l’air de flotter (il y a des photos des deux côtés). On est immergé dans ces visions protéiformes de notre pays, dont il a si bien su saisir les curiosités, les failles temporelles et la beauté de la banalité.

Pour Irving Penn, c’est encore plus frappant avec un accrochage hors norme qui dépasse l’entendement. Son œuvre est ainsi affichée dans cette immense salle qui suit les courbes de la rotonde, avec une dynamique fantastique. Et quelle collection !!!

La kyrielle de photographies rassemblées pour l’occasion brosse donc l’histoire de cet art depuis ses balbutiements à aujourd’hui, et propose quelques thèmes. On a aussi bien des démarches de documentations, de captures d’un environnement, mais rapidement des utilisations artistiques qui sont géniales. Et en cela, on voit beaucoup de clichés de Man Ray. Et à chaque fois que je suis confronté à ses photos des années 1920, je me dis qu’il avait vraiment tout compris, et qu’il a exploité à peu près tout le potentiel du truc.

Mais on a aussi des curiosités comme ce sourire de Duchenne où ce médecin neurologue (fondateur de la pratique) a documenté en photos ses usages de l’électricité, pour expérimenter et prouver le fonctionnement des nerfs dans l’expression faciale.

Il y a aussi une thématique que j’ai trouvé curieuse mais au final très intéressante qui se focalise sur la manière dont les mains sont photographiées, ou bien la manière dont la posture des mains donne une importance particulière à une scène. Et cette photogravure (de Danh Vō – 2010) m’a fait sourire et m’a interpellé.

Il y a une place non négligeable aux nus et surtout les nus féminins, mais comme un pied de nez, il y a aussi en exergue quelques photos de nus masculins qui insistent bien sur leur rareté et souvent la démarche délibérée/militante des photographes ou modèles en ce sens. Donc voilà des bites, et j’aime beaucoup celle de Keith Haring qui se camoufle habilement, alors qu’il est bien nu.

On a aussi des séries de portraits qui sont des merveilles. J’ai adoré cette série d’un photographe allemand (August Sander) qui avait pris de magnifiques clichés d’ouvriers d’usines ou de prolétaires. Et les tirages ont été repris en grande dimension avec quelques portraits qui sont criants de beauté et d’une surprenante esthétique.

J’ai revu avec émotion ce cliché de Lee Miller qui m’a tout de suite replongé dans le film éponyme que j’ai tant aimé. Cette photo d’une femme tondue à la libération est incroyable, et c’est tout l’esprit de Miller qui témoigne sans condamner la scène en question.

Et enfin ce portrait emblématique de William Casby par Richard Avedon de 1963 m’a scotché. Cet homme était né esclave aux USA en 1857, émancipé en décembre 1865, il était là photographié à 106 ans. Un portrait qui a l’air de traverser les temps, les époques, les mœurs, et qui ne laisse pas insensible.

Et donc bien sûr, vous trouverez des œuvres des indispensables Annie Leibovitz, Nan Goldin, Cindy Sherman et tant d’autres. Bon sans déconner, ça vaut le coup !! Icône d'une tête de chat qui a une attitude neutre mais donc narquoise

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