Le corset

Cela fait toujours du bien de voir un chouette film d’animation français (et belge) qui sort des sentiers battus. Et là c’est vraiment le cas ! Dans le fond comme dans la forme, c’est aussi inattendu que beau, prenant et intéressant. Et comme souvent avec une histoire assez simple et touchante qui vous prend doucement dans son rythme et sa narration. L’histoire de passe dans la Beauce, donc déjà ce n’est pas tous les jours. Et nous sommes dans les années 1980, en plein boum Stéphanie de Monaco et « Comme un ouragan » dont la chanson émaille le film.

Et le style mazette, le style !! Un vrai parti pris fort et artistique avec de l’aquarelle et de l’animation traditionnelle, et le charme qui s’en dégage est sans commune mesure avec les productions industrielles actuelles. Là c’est enlevé, éthéré, avec ces touches floues et diluées, ces couleurs lumineuses et acidulées, puis délicatement embuées pour donner des effets d’un dynamique et d’un rythme parfois syncopé et tourbillonnant. C’est vraiment très très beau !

Je me suis forcément un peu identifié car le héros Christophe a 10 ans et on est en 1986, hu hu hu. (Bon après l’auteur, Louis Clichy, est de 77, et c’est aussi inspiré de lui, mais à un an près hein….). Il vit avec ses parents, son grand frère JB et sa petite sœur Sophie dans l’exploitation agricole familiale. Le père n’est pas un drôle, un agriculteur bourru qui a du mal à s’en sortir, et dont la profession n’est pas du tout un sacerdoce, contrairement à JB qui veut aller au lycée agricole. Christophe est à part, et il penche beaucoup trop d’un côté, ce qui lui fait voir le monde un peu différemment, mais qui lui fait faire aussi des tas de maladresses. A force de pencher, on lui découvre une scoliose de compétition, et il doit porter un corset. Le corset immense et qui lui prend tout le haut du corps jusque sous le menton, un vrai handicap du quotidien, en plus d’une marque qui va lui rendre la vie dure à l’école.

On suit donc la vie du minot dans cette campagne aux cultures qui s’industrialisent, dans ces années 80 où on était élevé un peu plus « à la dure », et où la cruauté des enfants comme des adultes n’était pas une sinécure pour qui se démarque un peu trop. Et puis Christophe se fait une copine à la piscine, il se découvre une passion pour jouer de l’orgue à l’église avec l’aide d’un organiste, et il navigue tant bien que mal entre son corset, ses parents, et son adolescence poignant.

Ayant bien connu ces années là, à cet âge là, j’ai été super touché à quel point le film fait mouche sur la « reconstitution », et c’est une question de sensation, de bruits, d’impression, car c’est autant sur la télé, la radio que le cadre de l’enfance et son carcan parfois justement très « corseté ». Mais ce que j’ai aussi aimé c’est que l’histoire n’est pas cousue de fil blanc, et ce n’est pas non plus une happy end hollywoodienne, c’est beaucoup plus beau et banal, et finalement touchant.

Et on essaie de nous faire croire que Christophe, un organiste donc, est hétérosexuel, mais bon comme 99,8% des organistes hein… Icône d'un chat qui montre son trou du cul tout en te regardant dans les yeux Hu hu hu.

2 réflexions au sujet de « Le corset »

  1. Très bonne critique, je retrouve ce que j’ai éprouvé hier en le voyant et que tu as fort bien formulé.

    Pour le personnage de l’organiste, je ne sais pas s’il sont à 99% homos, de mon côté, sans doute sous l’emprise d’un préjugé ou de l’actualité, j’ai craint un moment qu’il ne soit un peu pédophile sur les bords…

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