C’est grâce à Sacripanne si j’ai eu vent de ce film, et je me doutais que ça pouvait me plaire car j’aime vraiment énormément Carmen Maura, et on devait aussi à la réalisatrice marocaine Maryam Touzani le très bon film « le Bleu du Caftan ». Et là c’est donc encore carton plein, car ce film est un régal pour les yeux et le cœur.
On suit María-Ángeles (Carmen Maura) qui est une femme âgée espagnole de Tanger (ville marocaine qui a une histoire très ténue avec la France évidemment, mais surtout l’Espagne1). Elle est née là, et elle y vit depuis toujours dans son appartement de la Rue Málaga. Sa fille vient lui rendre visite de Madrid, mais elle lui annonce qu’elle est dans l’obligation de vendre l’appartement de Tanger (elle a besoin d’argent, on comprend qu’elle vit un divorce très difficile). María-Ángeles accepte d’abord cette décision et commence même à emménager dans un hospice tangérois, mais rapidement elle se rebelle, elle retourne chez elle (appartement qui a été vidé en attendant d’être vendu), et elle rachète petit à petit ses meubles qui avaient été vendus à un antiquaire-brocanteur revèche (Ahmed Boulane). Mais l’appartement va être cédé, et elle n’a pas d’argent donc elle est dans une situation très précaire et angoissante.
C’est sans compter sur l’imagination débordante du personnage incarné par Carmen maura, et sur les petits bonheurs que le film distribue allègrement. Parce que c’est résolument un film « feel good », mais alors sans les clichés habituels des productions stéréotypées ou markétées pour de l’efficacité lacrymale. Là c’est juste que j’avais un sourire attendri pendant tout le film, parce que c’est doux, c’est chaleureux et malgré l’intrigue qui est pleine de tensions, la réalisation est tenue de main de maître avec des comédiens impeccables.
Carmen Maura est stupéfiante, vraiment elle a une aura extraordinaire dans ce film, et on peut vraiment lui faire jouer ce que l’on veut. Mais surtout Maryam Touzani expose une prouesse multiple en faisant de son héroïne une non-marocaine, une femme donc, et une femme âgée. Elle évacue toutes les problématiques de néocolonialisme qui ne sont même pas en filigrane tant c’est hors sujet, alors qu’on pouvait en avoir l’intuition (on a tendance à coller des réflexes de relations franco-algériennes qui ne s’appliquent pas ici en réalité). C’est juste la vie d’une tangéroise farouche qui a passé toute son existence ici, et qui compte bien y mourir et y être enterrée avec ses ancêtres, et c’est cet ancrage avec ses racines profondes qui est reflété.
Le film a donc des accents un peu graves, mais cela reste plutôt sur le ton d’une comédie un peu acide, avec des moments carrément drôles. Et la cerise pour moi, c’est d’avoir fait de la confidente de María-Ángeles une de ses amies d’enfance qui est bonne sœur dans un couvent de Tanger. Elle vient régulièrement pour lui parler, mais la sœur en question a fait vœu de silence, et donc il y a de nombreux dialogues « à une seule voix » où Carmen Maura se confie, et son interlocutrice ne peut que « réagir » de manière mutique.
Or le personnage de Carmen Maura est assez haut en couleur, et de manière assez inattendue2, elle rencontre l’amour aussi dans le déroulé de l’histoire. Et au-delà d’une péripétie platonique qui ajoute une facette romanesque, Maryam Touzani nous montre des scènes tout à fait érotiques entre Carmen Maura et son amant. Et c’est absolument magnifique et diablement bien filmé. Les images de Tanger sont également superbes, et cette lumière méditerranéenne donne envie de se rendre immédiatement là-bas !!
C’est un excellent film qui, je l’espère, fera des émules. Je l’ai vu dans une salle pleine (mais c’était le « printemps du cinéma ») et j’espère que ça augure un bon parcours pour lui car il ne sera sans doute pas beaucoup distribué.

- Beaucoup d’espagnols ayant notamment fuit Franco dans les années 30 s’étant installé là, et une communauté importante est restée ancrée même après l’indépendance du Maroc. Il y a une histoire complexe de cette zone, au-delà du protectorat français ou espagnol, avec une présence internationale et la proximité géographique de l’Espagne. ↩︎
- Bah oui, les vieux ça n’aime pas ou plus.
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Vu hier …
Tellement fort ce film …
La fille est excellente aussi dans le film…
C’est un film que j’ai trouvé à la fois terrifiant et sublime !
A voir en effet
La fille est bien aussi, et notamment parce que ce n’est pas un personnage manichéen en mode « grosse méchante ». C’est beaucoup plus subtil et réaliste.
Bon. Ca nous en fait un en commun, pas si mal !
À mon avis, y’a moyen qu’on en ait plus que ça.
Merci pour l’info !
Bleck
De rien ! Tiens, je ne t’ai pas dit mais dès que je vois ton pseudo je pense à Blek Le Roc (et ses acolytes : le professeur Occultis et le jeune Roddy !).