Nuremberg (James Vanderbilt)

3.0 out of 5.0 stars

Je suis vraiment circonspect vis à vis de ce film qui a beaucoup de qualités, mais aussi une sacrée dose de défauts et maladresses. Mais déjà c’est une bonne chose que de faire un film sur le tribunal de Nuremberg qui, au sortir de la seconde guerre mondiale, a jugé les dignitaires nazis encore en vie (et qui ne s’étaient pas suicidés), et parmi eux le numéro 2 du régime : Hermann Göring. Et évidemment quand on a en tête « De Nuremberg à Nuremberg » de Frédéric Rossif qui est certes un chef d’œuvre en la matière, mais qu’on essaie, à mon avis, trop souvent d’inculquer à des pauvres ados désœuvrés (dont je faisais partie, qu’est-ce que j’ai trouvé ça chiant !!). Il y a aussi « Nuit et Brouillard » qui est certes un indispensable film, malgré sa dureté, mais encore une fois ce n’est pas la manière la plus évidente de rentrer dans ce pan de notre histoire.

Donc bravo pour ce film qui a le mérite d’exister, et de simplifier les enjeux, et en se focalisant sur une intrigue « cinématographique » qui permet de prendre conscience des tenants et aboutissants de ce procès historique clef. Mais c’est aussi là où le bât blesse, car il s’agit d’un film très très hollywoodien, trop ? Peut-être, je suis vraiment hésitant… En tout cas, je l’ai ressenti très fortement dans un jeu qui me paraissait trop moderne ou trop remis au goût du jour. J’ai l’impression qu’on n’échangeait pas comme cela avant, ou alors je suis trop influencé par les films des années 40 et 50 qui étaient écrits de manière très artificielle par rapport à la réalité ? Ou alors c’est une chose qu’il faut accepter d’une œuvre de cinéma, qu’elle se mette au goût du jour et que la forme ne fasse que singer son époque ? Je le comprends bien lorsque je vois un film sur Shakespeare et qu’il n’est pas en moyen-anglais et que les comédiens n’aient pas les dents pourris de l’époque. ^^

Mais un film qui se passe en 1945-46 ?

On a une très belle reconstitution, mais encore une fois la lumière sépia à la Jeunet ou la photo désaturée, c’est obligé pour qu’on comprenne qu’on est « dans » la guerre ? Mais si on passe ces choses là, les comédiens sont remarquables et vraiment à la hauteur. Russel Crowe est fascinant en Göring, et flippant à souhait (je ne peux pas juger la crédibilité de son allemand en revanche), Rami Malek est impeccable également, et j’adore Michael Shannon qui a un charisme assez fou. Il faut noter aussi Leo Woodall parce qu’il est absolument canon, et que c’est terrible à quel point ça distrait pendant le film !!! ^^

Et ensuite, l’histoire en tant que telle est tellement géniale, que ça fait un excellent scénario. On suit (un peu trop rapidement) les pours et contres du procès, et notamment une intéressante visite auprès du Pape pour essayer de le convaincre du bien-fondé de la démarche (le monde entier voulait qu’on élimine ces personnes sans aucune forme de procès). Mais l’intrigue majeure du film c’est Rami Malek qui joue le psychiatre (Douglas Kelley) qui à l’aide d’un traducteur, Leo Woodall (qui joue Howie Triest, dont l’histoire est aussi fascinante per se), est missionné pour analyser les psychés de ces officiers, et les empêcher de se suicider avant l’issue du procès. Ses entretiens avec Hermann Göring vont faire se rapprocher les deux hommes dans un chassé-croisé assez improbable où on se demande sans arrêt qui se joue de qui.

Mais voilà, il y avait une matière excellente, donc ce n’était pas nécessaire d’en faire des tonnes, et ils en font un peu trop des tonnes à mon goût. C’est juste que c’est terriblement hollywoodien et que ça sent à plein nez l’Actors Studio. Le truc est emphatique, et la mise en scène participe aussi à ajouter des twists et des effets de manche à Oscars qui décrédibilisent, selon moi, le film.

Alors qu’il y a des moments qui ne suffisent, lorsque sont diffusées par exemple les images des camps qui horrifient tout le monde, ou par quelques joutes de tribunal qui sont plutôt bien senties. Mais donc le formatage hollywoodien est passé par là, et il est assez regrettable. Malgré tout, il ne gâche pas le film, et ça reste un objet cinématographique de bonne tenue.

On est en effet tenu en haleine du début à la fin, et la tension entre les comédiens a le mérite de nous couper le souffle à plusieurs reprises. Et encore une fois, cela en fait un film extrêmement accessible, et qui est assez « divertissant » pour tout le monde tout en restant assez sérieux pour ne pas faire tomber d’inanition les historiens. Donc je me dis que c’est déjà ça, même s’il est légitime de s’interroger sur le bien-fondé d’avoir *hollywoodisé* une telle histoire ? Si je repense par exemple à un film comme Lee Miller qui se passe exactement sur la même période mais avec un traitement beaucoup plus sobre, et qui se nourrit assez simplement de l’historicité des faits « anecdotiques » qui sont à la source du scénario, on est sur une réussite bien plus emblématique selon moi.

Donc p’têt bin qu’oui, p’têt bin qu’non ! (Rhaaa mais les comédiens assurent vraiment le job… et il y a de bons moments… et des moins bons. ^^ )

4 réflexions au sujet de « Nuremberg (James Vanderbilt) »

  1. Ah, mais si ça cause un peu allemand, je vais peut-être aller le voir. Si j’ai le temps. S’il ne pleut pas trop (non mais avec les inondations, le parking du cinéma commercial était fermé, et je doute que ce film passe dans le cinéma plus culturel)…

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